Richard Hétu LA PRESSE

Ce ne sera pas la première fois que George W. Bush aura l'air fou au cinéma à la veille d'une élection présidentielle américaine. En 2004, Michel Moore l'avait montré pétrifié dans une école élémentaire de Floride au moment des attentats contre le World Trade Center.

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Quatre ans plus tard, le président républicain, incarné par l'acteur Josh Brolin, revient au grand écran dans W, un film signé par Oliver Stone, réalisateur aussi controversé que celui de Fahrenheit 9/11. D'un film à l'autre, la question est la même: l'oeuvre cinématographique aura-t-elle un impact sur le scrutin présidentiel?

En 2004, les électeurs américains avaient répondu par la négative. Ils avaient certes permis à Moore de briser les records du box-office pour un documentaire. Mais ils n'avaient pas réalisé le voeu le plus cher du documentariste, à savoir la défaite de président sortant.

«Il ne semble pas que Fahrenheit 9/11 ait changé l'opinion de qui que ce soit: ceux qui sont allés le voir étaient déjà enclins à détester George Bush», rappelle Donald Rieck, du Center for Media and Public Affairs, un groupe de recherche à Washington.

En sera-t-il de même en 2008?

«Si Barack Obama parvient à associer John McCain à George Bush dans l'esprit des gens, il se peut que le film d'Oliver Stone ait un impact marginal, répond Donald Rieck au cours d'une entrevue téléphonique. Mais nous croyons que le film recyclera une matière déjà connue. Cela dit, je salue Stone pour son culot. Sortir un film biographique sur un président en fonction, cela ne s'est jamais fait. Je pense que son film intéressera les gens.»

Mais Oliver Stone aura de la concurrence. Comme en 2004, plusieurs films à saveur politique prendront l'affiche autour de l'élection présidentielle. Le premier de la liste sortira dès vendredi aux États-Unis et au Canada. Il s'agit de Swing Vote, une comédie mettant en vedette Kevin Costner dans le rôle d'un col bleu dont le vote sera déterminant dans l'élection du président américain.

Réalisé par Joshua Michael Stern et produit par Costner lui-même, Swing Vote n'a rien d'un pamphlet politique. Son scénario rejoint toutefois les préoccupations politiques de l'heure. Comme le font les candidats présidentiels du film (Kelsey Grammer et Dennis Hopper), Barack Obama et John McCain courtisent assidûment les Blancs de la classe ouvrière, qui pourraient détenir la clé de la Maison-Blanche.

Oliver Stone ne sera pas le seul réalisateur de renom à s'intéresser à un président républicain d'ici la fin du deuxième mandat de George W. Bush. Le prochain film de Ron Howard, qui sortira le 5 décembre, portera sur Richard Nixon. Intitulée Frost/Nixon, l'oeuvre est une adaptation de la pièce de théâtre du même nom sur la fameuse interview du journaliste britannique David Frost avec l'homme par lequel le scandale du Watergate est arrivé.

Howard et Stone font face au même défi: intéresser le public à un film à saveur politique au moment où la politique américaine pond des scénarios non seulement inédits mais également dignes de Hollywood. Après être entré dans l'histoire en battant Hillary Clinton au terme d'une course à l'investiture démocrate épique, Barack Obama vient de compléter une tournée internationale sans précédent dont la portion européenne a commencé par un discours devant plus de 200 000 personnes à Berlin. Le 28 août, il acceptera l'investiture du Parti démocrate devant 75 000 personnes à Denver. L'événement coïncidera avec le célèbre discours de Martin Luther King sur le thème «J'ai un rêve».

«La politique a été si divertissante tout au long de l'année que ces films devront être très bons pour ne pas souffrir de la comparaison», a expliqué Gregg Kilday, du Hollywood Reporter, au quotidien The USA Today.

Jusqu'à aujourd'hui, Oliver Stone a certainement réussi à intéresser les médias à son W. Il a d'abord annoncé les membres de la distribution l'un après l'autre, de Brolin à Elizabeth Banks (Laura Bush) en passant par James Cromwell (George Bush père). Il a ensuite donné le scénario du film à quelques journalistes, une tactique qui lui a valu une autre vague de publicité gratuite.

Et voilà maintenant que coule la première bande-annonce de W, un clip qui a fait le tour de l'internet en un rien de temps. Ce plan de marketing ne garantit pas la qualité d'un film, mais il confirme qu'Oliver Stone n'a rien perdu de son culot. Qui sait? Il pourrait même finir par réaliser un bon film sur un président.

Oliver stone aux Oscars?

Selon le Los Angeles Times, le film W pourrait bien valoir à Oliver Stone de faire un retour à la prochaine cérémonie des Oscars. Le réalisateur n'a pas été dans la course depuis 1995, l'année où son film Nixon était en nomination dans cinq catégories. Stone était reparti les mains vides cette année-là. Il faudra toutefois attendre les premières critiques pour voir si le dernier Stone est à la hauteur des attentes...