Publié le 12 févr. 2010
AGENCE FRANCE-PRESSE

Evénement de la 60e Berlinale, qui a démarré jeudi, Metropolis, le chef-d'oeuvre de Fritz Lang a enfin été projeté vendredi dans sa version d'origine, tel que les Berlinois l'avaient découvert il y a 83 ans.
   
Cette renaissance est due à la découverte de vingt-six minutes de film que l'on croyait disparues, des scènes-clés rendues à ce classique du cinéma muet, précurseur de la science-fiction, réalisé en 1927.
    
«Je ne fais pas de films mais (Fritz Lang) pouvait voir quelque chose que même encore maintenant la plupart d'entre nous ne voient pas», a souligné Sandra Smith, une Britannique vivant à Berlin et qui avait bravé la neige comme plusieurs centaines d'autres spectateurs.
   
La vision de Fritz Lang d'une ville futuriste ultramoderne, où des  gratte-ciel agressifs abritent les puissants qui exploitent des bataillons d'ouvriers contraints, eux, de trimer dans les sous-sols, a été projetée sur un écran géant devant la porte de Brandebourg vendredi soir.
   
Cet événement marque le 60e anniversaire du Festival international du Film de Berlin, qui se déroule dans la capitale allemande jusqu'au 21 février.
   
Parallèlement, une projection de Metropolis était organisée dans un théâtre de la ville, accompagnée par l'orchestre symphonique de la Radio de Berlin, qui interprétera la partition originale composée par Gottfried Huppertz, recréant les conditions de la première mondiale du film, le 10 janvier 1927 à Berlin.
   
Une représentation similaire était prévue à l'opéra de Francfort (Alte Oper).
   
«Aucun autre film allemand n'a autant inspiré et influencé l'histoire du cinéma que celui-là», a souligné le directeur de la Berlinale Dieter Kosslick.
   
«Nous sommes particulièrement heureux et honorés de pouvoir présenter la version originale restaurée de ce film légendaire et majeur à l'occasion du 60e anniversaire du festival», a-t-il dit.
   
«C'est un jour d'allégresse», a déclaré Eberhard Junkersdorf qui dirige la  fondation Friedrich Wilhelm Murnau, à l'origine de la restauration.
   
Dans le film, Freder, le fils du despote qui règne sur Metropolis, tombe amoureux de Maria qui prêche la bonne parole aux travailleurs exploités et lui fait découvrir la misère qui règne dans la ville basse.
   
Il demande alors à un scientifique nommé Rotwang de créer un robot à l'image de Maria, qui sèmera la terreur dans la métropole.
   
L'auteur de science fiction H. G. Wells qui détestait Metropolis, l'éreinta à sa sortie en salles, où il fit un flop.
   
Mais dans les décennies qui ont suivi, Metropolis a acquis un statut de film culte, inspirant de nombreux réalisateurs parmi lesquels le créateur de Star Wars, George Lucas, ou celui de Blade Runner, Ridley Scott.
   
Il a été le premier film à avoir été inscrit sur le Registre de la Mémoire du monde de l'UNESCO.
   
Après son échec commercial, le film a été amputé d'un quart de sa durée par un nouveau montage qui en obscurcissait l'intrigue.
   
Les scènes disparues ont longtemps été considérées comme définitivement perdues, et en 2002 une version numériquement remastérisée a été réalisée, accompagnée de fiches résumant aux spectateurs les scènes manquantes.
   
Mais par miracle, un distributeur argentin avait rapporté une copie du film à Buenos Aires à l'issue de sa présentation berlinoise de 1927. Retrouvé il y a deux ans, ce matériau a permis de réaliser une version restaurée du film original.