Publié le 20 oct. 2011
Acil TABBARA AGENCE FRANCE-PRESSE

Le vent de liberté qui souffle sur le monde arabe pourrait annoncer un nouveau cinéma, libéré de la censure et peu à peu des tabous, ont estimé des cinéastes en marge du festival du film d’Abou Dhabi.

Et les soulèvements qui secouent les pays arabes ont déjà donné une profusion de documentaires et de courts métrages, ont souligné les participants à une table ronde sur «les effets du printemps arabe sur le cinéma».

Deux films égyptiens sur le soulèvement qui a abouti à la chute du président Hosni Moubarak sont projetés dans le cadre du festival qui se poursuit jusqu’au 23 octobre.
18 jours, présenté à Cannes hors compétition en mai, est composé de dix courts métrages de fiction inspirés des événements de la place Tahrir.

«Le bon, le mauvais et le politicien», également un film collectif de trois réalisateurs, raconte le soulèvement égyptien à travers l’histoire d’un manifestant ordinaire, de quatre officiers de la sécurité chargés de la répression, et d’une satire sur un dictateur.

«Il s’agit d’un genre nouveau. Les films indépendants vont commencer à s’imposer», a affirmé lors de cette table ronde l’acteur égyptien Amr Waked, qui a ouvertement soutenu le soulèvement dans son pays, soulignant que les cinéastes devaient se libérer des contraintes des grands producteurs.

«En tant que cinéastes, nous ne pouvons pas être impartiaux», a renchéri l’acteur égyptien Khaled Abol Naga, qui a lui aussi pris le parti des manifestants sur la place Tahrir.

Tous les participants ont souligné la nécessité de mettre un terme à la censure imposée par des régimes totalitaires.

La Tunisie et l’Égypte, où les soulèvements populaires ont abouti à la chute des dirigeants, commencent d’ailleurs à mettre en place de nouvelles législations dans ce sens, selon eux.
Mais cette nouvelle liberté peut conduire à des abus, ont estimé des intervenants, citant le cas de la Tunisie où des salafistes ont manifesté pour dénoncer la diffusion par la chaîne privée Nessma du film franco-iranien Persepolis, le jugeant contraire à l’islam.

S’il est encore trop tôt pour voir des longs métrages produits après ces soulèvements, les sujets des films présentés au cours du festival montrent que le poids de la censure et de l’auto-censure s’est atténué, comme Asmaa, de l’Égyptien Amro Salama, l’histoire d’une femme atteinte du Sida.

«Avec le printemps arabe, nous ramenons le cinéma vers nous et l’éloignons des dirigeants», a souligné le producteur tunisien Habib Atiya.

Une autre conséquence des bouleversements dans le monde arabe est «le changement dans la relation entre le public et les stars», désormais jugées selon leur position politique, souligne le critique de cinéma marocain Mostafa Messnaoui.

En témoignent les «listes de la honte» qui ont circulé sur internet, établissant les noms des acteurs jugés hostiles au soulèvement en Égypte et actuellement en Syrie, boycottés par le public, alors que ceux qui ont soutenu le mouvement de contestation ont vu leur popularité augmenter.

En Syrie, où la répression a fait plus de 3000 tués depuis la mi-mars selon l’ONU, «la censure, la corruption et la bureaucratie» ont jusqu’à présent paralysé la production cinématographique, souligne pour sa part la cinéaste syrienne Hala Abdallah. «Avec la chute du régime, un cinéma nouveau pourra voir le jour», ajoute-t-elle.

Mais elle souligne qu’entretemps, «ce sont des cinéastes en herbe qui, au prix de leur vie, transmettent au monde les images des manifestations en Syrie, en filmant les manifestants avec leurs téléphones portables et en postant les images sur internet».