Publié le 25 avr. 2012
Philippe Renaud LA PRESSE

Vendredi prochain, le 28e festival du cinéma africain et caribéen Vues d'Afrique démarrera en grande pompe avec la projection inaugurale, au Cinéma Impérial, de la comédie 30° Couleurs des cinéastes et acteurs français Lucien Jean-Baptiste et de Philippe Larue. Mais parmi la centaine de courts et longs métrages de fiction et la riche sélection de documentaires proposés par l'équipe de programmation du festival, un téléfilm français fera l'événement: Toussaint Louverture, biopic sur l'histoire du héros de l'indépendance haïtienne.

Plusieurs biographies et documentaires ont été réalisés autour du personnage plus grand que nature de Toussaint Louverture, esclave affranchi qui a ouvert la voie à son peuple vers l'indépendance - qu'il n'aura pas vraiment vécue, étant mort dans une prison française moins d'un an avant l'autonomie du pays, le 1er janvier 1804.

Un court métrage intitulé Les Derniers jours de Toussaint Louverture a vu le jour en 2009, mais une grande oeuvre romanesque autour du héros? C'est une première. Télédiffusé outre-Atlantique en février dernier, le téléfilm de deux épisodes signés Philippe Niang sera présenté en première, dans son intégralité de trois heures. La diffusion sur France 2 de ces deux épisodes a soulevé quelques controverses relatives à la réalité historique de la révolution haïtienne.

Si l'on admet que l'adaptation puisse tourner les coins ronds pour mieux servir le récit, certains partis pris ont choqué les historiens... à qui l'on doit donner raison. Le sort réservé au père et au secrétaire de Toussaint n'est pas conforme à l'histoire. La description du chef des esclaves Georges Biassou est presque loufoque pour qui connaît un peu l'histoire de la révolution haïtienne.

Ceci dit, Niang a fait honneur au héros en racontant son histoire dans une fresque captivante en dépit du fait qu'elle n'ait pas bénéficié d'un budget faramineux. L'acteur d'origine haïtienne Jimmy Jean-Louis porte avec panache la responsabilité d'incarner le révolutionnaire; la magnifique Aïssa Maïga incarne plus difficilement son épouse Suzanne.

À propos des libertés historiques qu'il a prises, le réalisateur s'est justifié en entrevue à Libre Belgique en évoquant l'Amadeus de Milos Forman, aussi contesté par les historiens. Il n'y a rien de fortuit dans cette comparaison, puisque Niang semble même avoir copié la structure narrative d'Amadeus. Le téléfilm commence avec Toussaint enfermé dans la prison du château de Joux, où il reçoit la visite du représentant de Napoléon, chargé de recueillir ses confidences pour trouver le «trésor» qu'aurait accumulé le héros au fil de ses aventures.

On passe d'un Toussaint agonisant dans sa cellule trop froide à ses souvenirs, découvrant le riche récit du révolutionnaire, de ses années d'esclave jusqu'aux premières révoltes de 1791, puis aux alliances stratégiques avec les Espagnols et les Français. Malgré ses maladresses, il s'agit d'une oeuvre utile et instructive.

L'autre événement de ce premier week-end des Vues d'Afrique est 18 Jours, film constitué de 10 courts métrages réalisés par autant de réalisateurs égyptiens différents, et tous campés pendant les 18 derniers jours du régime Moubarak, tombé en février 2011.

Tous les détails sur le site officiel: vuesdafrique.org