Le film Roma, d'Alfonso Cuaron, distribué par Netflix, a reçu samedi sans surprise le Lion d'or de la 75e Mostra de Venise, qui récompense le film le plus personnel du réalisateur mexicain.

Mis à jour le 8 sept. 2018
Franck IOVENE AGENCE FRANCE-PRESSE

Récit aux accents autobiographiques, Roma, qui raconte l'histoire de deux femmes de conditions sociales différentes dans le Mexico des années 70, a eu les faveurs des critiques tout au long de la Mostra.

« Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de Liba, la femme qui a inspiré le rôle de Cleo [l'héroïne du film], ce sera un cadeau d'anniversaire », a déclaré Alfonso Cuaron en recevant son prix pour ce film intime et émouvant tiré de ses souvenirs d'enfance.

« Ce prix est le témoignage de mon amour pour toi, Liba, et pour mon pays », a ajouté le cinéaste oscarisé en 2013 pour son épopée spatiale Gravity.

Compatriote d'Alfonso Cuaron, le président du jury, Guillermo del Toro, a assuré que la décision d'attribuer le Lion d'Or à Roma avait été « unanime par neuf à zéro ».

« Le film de Cuaron dit que, pour comprendre le présent, il faut appréhender le passé », a ajouté en conférence de presse le cinéaste, qui a lui-même reçu la récompense suprême à Venise l'an passé avec The Shape of Water. Dans la foulée, le film lui avait valu les Oscars du meilleur film et du meilleur réalisateur.

« Poursuite d'un processus »

De l'avis des professionnels, l'attribution d'un Lion d'Or à un film diffusé par Netflix marque une étape importante dans l'histoire des festivals (deux autres films en compétition étaient produits par le géant américain de la diffusion en continu).

« Neflix n'est pas la fin du cinéma, c'est la poursuite d'un processus qui a commencé il y a un siècle », a déclaré Guillermo del Toro.

La Mostra a attribué les prix d'interprétation masculine à Willem Dafoe, qui campe un Vincent Van Gogh troublant de ressemblance dans At Eternity's Gate, de Julian Schnabel.

Son équivalent féminin est allé à la Britannique Olivia Coleman, reine Anne d'Angleterre entre humour et hystérie dans The Favourite, du Grec Yorgos Lanthimos.

« Je suis tombée amoureuse de votre ville et je suis honorée qu'elle soit tombée amoureuse de notre film. Grazie mille ! » a lancé l'actrice.

Le Lion d'Argent de la meilleure mise en scène va à Jacques Audiard pour son premier western, The Sisters Brothers, tandis que le Prix du meilleur scénario revient à Joel et Ethan Coen pour un autre western, plein d'humour et d'ironie, The Ballad of Buster Scruggs.

Seule réalisatrice en compétition, l'Australienne Jennifer Kent a reçu le Prix spécial du jury pour The Nightingale, qui suit le parcours d'une femme vengeresse dans la Tasmanie colonisée par les Britanniques au XIXe siècle.

Appel aux femmes

« Je veux dire à toutes les femmes là dehors qui veulent faire des films de les faire, parce qu'on a besoin de vous », a déclaré la cinéaste.

Riche en portraits de fortes femmes, en films de genre (historiques, westerns, horreur) et en nouvelles versions, cette 75e Mostra a aussi proposé des récits consacrés aux fléaux de notre époque, comme le terrorisme et le fanatisme.

De l'avis de nombreux professionnels, la Mostra a retrouvé le lustre et le prestige qu'elle avait perdus pour se positionner comme le premier concurrent de Cannes, et la voie royale vers les Oscars.

Une nouvelle vitalité due aux organisateurs (et à son directeur, Alberto Barbera), qui ont su trouver le juste équilibre entre grosses productions américaines grand public, film de genre et oeuvres à tonalité plus personnelle.

Mais, cette année, le plus vieux festival de cinéma du monde n'a pas été épargné par les polémiques, celle concernant la faible représentation féminine dans la sélection (une seule réalisatrice contre 21 cinéastes) étant la plus récurrente.

La critique la plus dure est venue de Jacques Audiard, qui s'est « surpris » de ce déséquilibre et a dénoncé l'absence de femmes à la tête des festivals de cinéma, de même que « l'opacité » au sein des comités de sélection.

Les dirigeants de la Mostra, comme d'autres patrons de festivals avant eux, ont signé une charte les engageant à plus d'égalité hommes-femmes et de transparence dans l'organisation.

Les vedettes n'ont pas manqué sur le tapis rouge vénitien, qu'ont notamment foulé la vedette pop Lady Gaga (venue présenter hors compétition la nouvelle version de A Star Is Born), Natalie Portman, Emma Stone, Dakota Johnson et Ryan Gosling.

Cette 75e édition a décerné un Lion d'Or pour l'ensemble de leur carrière à l'actrice britannique Vanessa Redgrave, 81 ans, et au réalisateur canadien David Cronenberg, 75 ans.

Le palmarès

Lion d'Or du meilleur film : Roma d'Alfonso Cuaron

Lion d'Argent Grand Prix du jury : The Favourite de Yorgos Lanthimos

Lion d'Argent de la meilleure mise en scène : The Sisters Brothers de Jacques Audiard

Prix du meilleur scénario : The Ballad of Buster Scruggs de Joel et Ethan Coen

Prix spécial du jury : The Nightingale de Jennifer Kent

Coupe Volpi de la meilleure interprète féminine : Olivia Coleman, The Favourite

Coupe Volpi du meilleur interprète masculin : Willem Dafoe, At Eternity's Gate

Prix Marcello-Mastroianni du meilleur espoir : Baykali Ganambarr, The Nightingale

Lion d'Or pour l'ensemble de la carrière:

• l'actrice Vanessa Redgrave

• le réalisateur David Cronenberg