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Berlinale: le «buffet ouvert» de Denis Côté

Avant la projection de Répertoire des viles disparues,... (Photo Tobias SCHWARZ, Agence France-Presse)

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Avant la projection de Répertoire des viles disparues, en compétition officielle à Berlin, le réalisateur Denis Côté s'est prêté au jeu de la conférence de presse.

Photo Tobias SCHWARZ, Agence France-Presse

(Berlin) On ne parlera pas ici d'un triomphe, mais Répertoire des villes disparues a quand même été relativement bien accueilli lors de sa projection officielle, tenue hier à la Berlinale. Face à ce film aussi personnel qu'atypique, qui ne fera assurément pas l'unanimité, comment réagira le jury?

Hier matin, Denis Côté affirmait que son nouveau long métrage, son 11e, était un «buffet ouvert». Entendez par là que son adaptation très libre du roman de Laurence Olivier, Répertoire des villes disparues, peut se prêter à de multiples interprétations. Tout est en effet un peu flottant dans ce film fantomatique particulier et intrigant, où des thèmes sociaux très actuels sont abordés par des voies de contournement.

Quand il est monté sur la scène du Berlinale Palast après la projection pour présenter son équipe, Denis Côté a d'abord tenu à remercier le public pour sa patience. «Il y a des films plus lents que d'autres!», a-t-il dit.

Il est vrai que le rythme de Répertoire des villes disparues épouse la triste ambiance de l'histoire qu'on raconte, mais il reste que Côté, qui propose ici un film très pur, sait comment maintenir l'intérêt en composant des plans souvent surprenants. Le réalisateur de Curling utilise le prétexte d'un accident - et de la mort d'un jeune homme - pour dresser le portrait d'Irénée-les-Neiges, un petit village de 215 habitants... situé quelque part au Québec. Le drame, avec lequel composent de façon différente les trois membres de la famille atteinte (Josée Deschênes, Jean-Michel Anctil et Robert Naylor), vient complètement déstabiliser le fragile équilibre sur lequel reposait la vie collective du village jusque-là.

Un microcosme du Québec

Ce faisant, le cinéaste évoque le réflexe du repli sur soi, la quête identitaire, la résistance aux changements, la peur de l'autre. Ce microcosme du Québec «des régions» est filmé dans une atmosphère de grisaille hivernale un peu trash, laquelle se répercute jusque dans le grain de l'image de ce film tourné sur pellicule Super 16. À cet égard, il convient de souligner le travail de François Messier-Rheault, qui avait aussi signé les images de Ta peau si lisse, l'opus précédent de Denis Côté.

La réussite tient en outre à cette capacité d'évoquer la profonde nature d'un peuple à travers une dizaine de personnages, sans que jamais la métaphore ne soit trop lourde ou le trait trop grossier. Et puis, toujours, de petites touches d'humour noir viennent ici prendre le revers du drame. «Elles sont présentes dans tous mes films», remarque le cinéaste.

«Je n'ai jamais été capable d'aborder les choses archi frontalement et de mordre très fort dans le film social. Il y a toujours des petits trucs de côté, et souvent des chemins de traverse.»

Denis Côté entouré des acteurs Robert Naylor et Larissa Corriveau... (Photo Tobias SCHWARZ, Agence France-Presse) - image 2.0

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Denis Côté entouré des acteurs Robert Naylor et Larissa Corriveau

Photo Tobias SCHWARZ, Agence France-Presse

À ce chapitre, Diane Lavallée se distingue dans le personnage de la mairesse du village en empruntant une attitude passive-agressive du plus bel effet. Le récit parvient aussi à décoller de la réalité de belle façon, grâce à ces créatures mystérieuses qui «envahissent» le village, mais aussi grâce au personnage qu'incarne (magnifiquement) Larissa Corriveau, une jeune femme qui ressent les choses différemment de ses concitoyens. «Je ne voulais pas tomber dans la caricature ni dans une accusation des comportements en région, précise Denis Côté. Mais tout flotte. Les morts symbolisent le rapport aux nouveaux arrivants. Si on se tient ensemble, on peut arrêter d'avoir peur de tout dans un monde où le confort est partout.»

Même si des fantômes se promènent de plus en plus librement à la vue des habitants, Répertoire des villes disparues n'a rien du film de zombie ou du film d'horreur non plus. Les enfants fantômes portent des masques rudimentaires, comme s'il s'agissait d'un jeu, et les fantômes adultes se montrent à visage découvert.

En rivalité avec Vice!

Avant la projection de gala, l'équipe du film s'est prêtée au jeu de la conférence de presse. Dire qu'il y avait foule ne correspondrait pas à la vérité. Quelques dizaines de scribes se sont présentés au rendez-vous, la plupart des autres ayant préféré aller à la projection de Vice, qui avait lieu en même temps. La comédie politique d'Adam McKay étant ici présentée en primeur allemande, la séance fut évidemment très courue, d'autant que les gros morceaux hollywoodiens - et les vedettes à leur suite - se font plus rares dans la programmation berlinoise cette année.

À une question d'un journaliste de Francfort, qui semblait se demander si le film n'aurait pas été mieux servi par les sections Forum ou Panorama plutôt qu'en compétition officielle, le producteur Ziad Touma a fait valoir le lien historique qui lie le cinéma de Denis Côté à la Berlinale.

«Denis vient ici pour la cinquième fois et il s'agit de sa troisième présence en compétition. C'est un cinéaste rigoureux qui, cette fois, propose un film plus libre, plus mature.»

«Répertoire des villes disparues est résolument plus québécois que Vic + Flo ont vu un ours et Boris sans Béatrice, a par ailleurs déclaré Denis Côté lors d'une entrevue accordée à La Presse. Il parlera sans doute davantage aux gens de chez nous, mais j'ai la prétention de penser qu'il peut quand même être universel de toute façon. J'ai eu besoin de m'ancrer dans quelque chose de plus proche, en réaction à Boris sans doute, qui était un film plus glamour, plus "internationalisant". On dirait que c'était moins moi. Là, j'ai davantage voulu faire un cinéma de sensations plutôt que de compréhension.»

Répertoire des villes disparues prendra l'affiche vendredi au Québec.




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