Au rayon du contre-emploi, Pierrette Robitaille n'est désormais plus la seule actrice de la Berlinale égarée dans un univers qui n'est pas le sien. Louise Bourgoin est encore plus égarée qu'elle dans La religieuse de Guillaume Nicloux, un film tiré du roman de Diderot où la ravissante ex-Miss Météo de Canal Plus se promène en cornette et chasuble pour interpréter une carmélite sadique du nom de soeur Christine.

Nathalie Petrowski LA PRESSE

Comme le film qui met aussi en vedette Isabelle Huppert et une jeune révélation belge du nom de Pauline Étienne sortira au Québec, j'ai voulu en savoir davantage sur cette sadique soeur Christine et sur l'actrice qui, à ses risques et périls, a voulu l'incarner.

Ceux qui n'ont jamais vu Louise Bourgoin en tenues sexy sur le plateau du Grand Journal (où notre Charlotte Lebon nationale l'a remplacée) ou alors au cinéma dans Les Aventures d'Adèle Blanc-Sec ou dans L'amour dure trois ans, ne saisiront pas l'ampleur de son grand écart dans La religieuse.

Les autres se demanderont pourquoi diable la belle a accepté de se prêter au jeu et de tourner, sans maquillage et avec des fausses dents jaunes, dans un vieux couvent mal chauffé sous la direction d'un réalisateur stressant en quête permanente de vérité, et donc pas toujours sympa.

Élève polie

C'est la première question que j'ai posée à Louise Bourgoin lorsqu'elle est arrivée à l'entrevue en robe de tulle prune, juchée sur des talons de trois étages, fraîche comme une rose, même si elle avait fait la fête jusqu'à 8 h du matin avec ses amis berlinois.

«Je suis encore en train de me construire comme actrice. J'ai le même agent qu'Isabelle Huppert et la notoriété que m'a apportée la télé me permet, au cinéma, de ne pas être à la recherche des blockbusters qui cartonnent, mais plutôt de films d'auteur, de metteurs en scène qui ont de vrais points de vue et de personnages qui sont un défi à jouer. Voilà pourquoi j'ai voulu être cette religieuse qui croit faire le bien en étant odieuse et sadique.»

Autant Louise Bourgoin prenait de grandes libertés à la télé avec son personnage de Miss Météo caustique, autant au cinéma elle semble être une élève polie, appliquée, à la limite docile.

Dans La religieuse, son sadisme dopé à l'empathie est plus ou moins convaincant. On sent qu'elle se cherche encore comme actrice. En revanche, tous les producteurs en France semblent la voir dans leur soupe.

Depuis qu'elle a quitté la télé en 2008, à l'invitation de Fabrice Luchini qui lui avait promis un rôle dans son prochain film (La fille de Monaco), Louise Bourgoin a tourné dans une douzaine de films.

Cette année seulement, en plus de La religieuse, elle sera de trois autres films: Il est parti dimanche de Nicole Garcia, Tirez la langue, mademoiselle de Axelle Ropert et Love Punch, avec Pierce Brosnan et Emma Thompson.

«Ça, c'est parce que je suis une boulimique du travail et qu'à Canal Plus, j'ai joué un personnage différent chaque soir pendant deux ans. Luc Besson m'a déjà ditqu'il n'avait pas besoin de me voir en auditions; il m'avait vue en auditions tous les soirs à la télé.»

Les beaux-arts

Fille de bonne famille dont les deux parents sont professeurs, son père en philo, sa mère en lettres, Louise Bourgoin se destinait aux arts visuels. Elle a fait cinq ans aux beaux-arts de Rennes avec pour émules des figures de l'art contemporain comme Niki de Saint-Phalle, Marina Abramovic et son idole, Louise Bourgeois.

C'est d'ailleurs à cause de Louise Bourgeois si son nom de scène est Louise. Dans la vie de tous les jours, ses parents et ses proches continuent de l'appeler Ariane.

«En fin de compte, je n'ai pas eu le courage de devenir une artiste contemporaine, alors je compense avec mes rôles au cinéma. J'imagine que c'est une façon comme une autre d'occuper le champ visuel, de travailler l'espace et de créer des images.»

Outre le plaisir de travailler avec un réalisateur pince-sans-rire et exigeant qui lui interdisait de faire de la composition, il y a une autre raison pourquoi La religieuse l'a attirée.

«C'est un film féministe, au fond. Dans le roman de Diderot, la jeune religieuse était soumise et finissait par se suicider. Mais dans le film de Guillaume, elle est révoltée et éprise de liberté. et cette liberté, elle va finir par l'obtenir même si ce sont les hommes qui en détiennent la clé. J'ai trouvé très beau ce passage où l'avocat lui avoue qu'il aurait aimé avoir le courage de se tenir debout comme elle.»

Se tenir debout, Louise Bourgoin l'a fait à la télé en refusant de n'être qu'une jolie fille qui donne la météo. Et au cinéma, de plus en plus.