Pour Cha Cha Real Smooth, deuxième long métrage de Cooper Raiff, Dakota Johnson porte la casquette de productrice pour la première fois, en plus d’y tenir un rôle à titre d’actrice. Elle n’a, de sa vie, jamais été aussi fière d’un film. Entretien.

Publié le 17 juin
Marc-André Lussier
Marc-André Lussier La Presse

Dakota Johnson a toujours baigné dans le monde du cinéma et de la télévision. Normal, direz-vous, quand votre mère a pour nom Melanie Griffith (Working Girl, Something Wild), que votre père, Don Johnson, fut l’une des figures les plus cool de la télévision américaine au cours des années 1980, grâce à Miami Vice, et que votre grand-mère, Tippi Hedren, est l’héroïne hitchcockienne des Oiseaux.

À l’âge de 10 ans, Dakota tenait d’ailleurs déjà un petit rôle dans Crazy in Alabama, un long métrage dont la tête d’affiche était sa mère, réalisé par son beau-père d’alors, Antonio Banderas.

« D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être actrice et jouer dans des films, confie-t-elle au cours d’un entretien en visioconférence accordé à La Presse. J’ai eu de très beaux modèles. »

En observant mes parents, je me suis rendu compte qu’à un certain niveau, il était possible de s’impliquer davantage dans les projets, d’avoir aussi un apport créatif. D’où mon envie de fonder une société de production.

Dakota Johnson

Une complicité immédiate

Cha Cha Real Smooth est le tout premier titre du catalogue de TeaTime Pictures, une maison que dirige l’actrice avec Ro Donnelly. C’est d’ailleurs cette dernière qui, séduite par l’idée que lui a soumise le cinéaste et acteur Cooper Raiff (Shithouse), alors qu’un scénario n’était même pas encore écrit, a tenu à mettre sa complice tout de suite dans le coup.

« J’étais alors en Grèce pour le tournage de The Lost Daughter [Maggie Gyllenhaal], se rappelle Dakota Johnson. J’ai rencontré Cooper pour la première fois sur Zoom et je l’ai tout de suite aimé. Il a quelque chose de vraiment spécial, un point de vue unique. J’ai été séduite dès qu’il m’a donné le titre de son film, que je trouve génial. Quand nous avons commencé à travailler ensemble, la complicité s’est immédiatement installée. »

Dans cette histoire d’un jeune homme de 22 ans qui s’attache à une femme 10 ans plus âgée, mère d’une préadolescente atteinte d’un trouble du spectre de l’autisme, Dakota Johnson a pu collaborer au scénario de façon concrète. À l’étape de l’écriture, Cooper Raiff (qui tient le rôle principal) a en effet transcrit le fruit des discussions qu’il a eues avec l’actrice à propos des personnages.

PHOTO FOURNIE PAR APPLE TV+

Cooper Raiff et Evan Assante dans Cha Cha Real Smooth

« Cooper était très ouvert à l’idée, explique-t-elle. Dans notre entreprise, nous tenons à travailler en étroite collaboration avec les scénaristes et à les soutenir sur le plan créatif. »

Il était en outre important à mes yeux que les personnages féminins soient bien écrits, que Domino, la femme que j’incarne, soit dépeinte de façon complexe, comme elle le mérite. La dynamique entre tous les personnages a été mûrement réfléchie.

Dakota Johnson

Une nouvelle étape

Le rôle d’Anastasia Steele dans la trilogie des Cinquante nuances de Grey l’ayant propulsée dans les plus hautes sphères du vedettariat, Dakota Johnson estime qu’il est maintenant temps pour elle de franchir une nouvelle étape en prenant aussi sa destinée en main.

« Il y avait quand même un moment que j’avais envie de produire, mais rien n’est évident. Les gens ont du mal à croire en toi à ce titre, parce qu’ils ont l’impression que cette envie ressemble à un rêve vaniteux. Je croise encore des gens qui ne me prennent pas au sérieux, mais j’y arriverai ! »

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Dakota Johnson avec Vanessa Burghardt, qui joue sa fille, dans Cha Cha Real Smooth

N’ayant pratiquement jamais arrêté de tourner depuis The Social Network [David Fincher], qui a marqué le passage de l’actrice à l’âge adulte, Dakota Johnson a visiblement vécu toutes sortes d’expériences sur les plateaux, souvent exaltantes, parfois moins. On sent chez elle une vraie préoccupation d’offrir un endroit de travail stimulant aux artisans œuvrant sur ses projets.

Il m’est souvent arrivé de participer à des films en tant qu’actrice qui, à l’arrivée, étaient complètement différents de ceux dont nous avions pourtant discuté. C’est une expérience tellement étrange. Parfois, c’est décevant et d’autres fois, c’est cool, mais, maintenant, j’aime être impliquée dans un projet du début à la fin.

Dakota Johnson

« Je voulais aussi, poursuit-elle, fonder une société dont la règle d’or est de favoriser un environnement sain, véritablement consacré à l’art du cinéma. Sur plusieurs plateaux, où la hiérarchie était très importante, je me suis sentie seule, exclue. On ne me disait rien. Je veux au contraire un espace où tous les artisans se sentent égaux, où la valeur du travail de chacun d’entre eux est reconnue. On devrait s’amuser à tourner un film, d’autant que nous sommes follement privilégiés de pouvoir exercer ce métier. »

Un premier succès

L’expérience de cette toute première production semble convaincante. En plus d’obtenir le prix du public au festival de Sundance, qui s’est déroulé virtuellement au mois de janvier, Cha Cha Real Smooth a été acheté par Apple TV+. Plus tôt cette année, ce diffuseur s’est distingué en allant décrocher l’Oscar du meilleur film grâce à CODA (Sian Heder).

PHOTO ANDY KROPA, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Dakota Johnson à la première de Cha Cha Real Smooth, présenté au Festival du film de Tribeca, à New York, lundi dernier

« J’avais évidemment déjà vu le film plusieurs fois, mais ce n’est que lorsque j’ai pu voir Cha Cha Real Smooth avec du public — c’était au festival South by Southwest – que j’ai pu en mesurer l’impact », indique celle qui tiendra la vedette de Madame Web, un long métrage des studios Marvel.

« J’ai alors été plus fière, je crois, que je ne l’ai jamais été dans ma vie. Voir la réaction si positive des gens, leur émotion, leur cœur s’allumer. C’est vraiment la plus belle sensation du monde ! »

Cha Cha Real Smooth est offert en exclusivité sur Apple TV+.