(Paris) Lady Gaga sublimée en « veuve noire » de l’une des maisons iconiques de la mode italienne : dans House of Gucci, en salles mercredi au Canada et aux États-Unis, Ridley Scott s’offre une distribution de luxe pour tourner un fait divers en tragédie antique alliant amour, gloire et trahison.

Francois BECKER Agence France-Presse

Machine à créer des œuvres cultes (Blade Runner, Alien, Gladiator, Thelma et Louise…), Ridley Scott livre son dernier opus un mois après le précédent, The Last Duel.

Il se saisit de l’un des faits divers les plus retentissants de l’Italie des années 1990 : l’assassinat de Maurizio Gucci, héritier de la maison italienne, commandité par son ex-épouse, Patrizia Reggiani.

Une vengeance froide après des années de mariage et d’ascension dans le monde du luxe, parallèlement à la chute d’une grande maison familiale, vendue à un groupe financier.

Si le film s’est fait sans consulter celle que l’on a appelée la « veuve noire », sortie de prison il y a huit ans, il semble avoir recueilli l’assentiment de Gucci qui appartient désormais au groupe Kering, dirigé par François-Henri Pinault. Les sacs et accessoires de la marque apparaissent un nombre incalculable de fois à l’écran. L’actrice Salma Hayek, Mme Pinault à la ville, joue dans le film le rôle d’une voyante, complice du crime.

D’Al Pacino à Camille Cottin

Ridley Scott, qui a débuté dans la publicité, place dans ses décors et costumes opulents ce que l’on fait de plus séduisant à Hollywood : Adam Driver joue Maurizio Gucci, Al Pacino insuffle un peu de l’esprit du « Parrain », interprétant la génération qui va passer la main aux côtés de Jeremy Irons, et Jared Leto se métamorphose (moyennant plusieurs heures de maquillage quotidien) en Paolo Gucci, le mal-aimé de la famille, qui finira ruiné.

La Française Camille Cottin est également au rendez-vous dans la peau de Paola Franchi, qui séduira Maurizio Gucci et déclenchera la fureur et la chute de Patrizia.

Pas forcément le rôle le plus bavard de sa carrière (elle n’apparaît que dans la dernière partie du film), mais de loin le plus glamour — « c’était très amusant d’être propulsée dans le milieu de la jet-set italienne des années 1980 ! », a expliqué à l’AFP celle que la série Dix pour cent (Call my agent en anglais) a fait connaître aux États-Unis.

Surtout, la vedette mondiale de la pop Lady Gaga conforte son statut d’actrice à part entière, deux ans après avoir été nommée aux Oscars pour A star is Born. Elle avait remporté la statuette… de la meilleure chanson.

Le chat, le renard et la panthère

Brune dans le film, elle teinte son anglais d’un fort accent italien pour jouer une insaisissable Patrizia Reggiani, fille d’un petit patron probablement lié à la mafia, manipulatrice à l’extrême.

Depuis leur rencontre jusqu’à la trahison et la chute, en passant par les années au sommet du luxe italien, Lady Gaga explique avoir voulu « créer (son) propre personnage », sans a priori sur la véritable Patrizia Reggiani.

« J’ai travaillé avec trois animaux différents » au fil de cette histoire tragique d’ascension sociale, a-t-elle expliqué en conférence de presse.

Au début, lorsque Patrizia rencontre Maurizio, « j’étais un chat domestique ». Puis, au milieu du film, lorsque Patrizia devient toute puissante, « j’étais un renard. J’ai étudié comme les renards chassent, ils sont très joueurs. Et enfin j’ai étudié les panthères […] en regardant beaucoup de vidéos. Pour chasser, les panthères séduisent, en quelque sorte. Puis elles bondissent ».

Dans le rôle de la proie, Adam Driver (aussi à l’aise cette année chez Leos Carax dans Annette que déjà chez Ridley Scott en chevalier coupable de viol dans The Last Duel), n’a d’autre choix que de subir.

Car pour Patrizia, issu d’un milieu modeste, « Gucci était une façon de survivre. C’était une opportunité pour compter, d’une façon dont elle n’avait jamais compté dans sa vie », analyse Lady Gaga.