Nous la verrons sur grand écran dans la nouvelle adaptation de Maria Chapdelaine, signée Sébastien Pilote, puis, moins d’un mois plus tard, dans Les oiseaux ivres, le plus récent film d’Ivan Grbovic. À la faveur d’une actualité essentiellement cinématographique, rencontre avec une actrice dont la carrière est maintenant riche de 20 ans.

Marc-André Lussier
Marc-André Lussier La Presse

À l’adolescence, Hélène Florent était animée par le doute. Le théâtre était pour elle à cette époque une activité parascolaire qu’elle pratiquait comme un loisir, une espèce de motivation qui rendait enfin l’école plus attrayante à ses yeux. Même si, à la sortie, elle a fait partie d’une troupe d’« anciens » pour poursuivre l’activité, la future actrice n’entrevoyait pas vraiment encore une carrière en ce sens, encore moins l’idée de devenir un jour une vedette populaire.

« Je me dirigeais plutôt dans le domaine du loisir, raconte-t-elle au cours d’un entretien accordé à La Presse. J’avais même entrepris des démarches pour poursuivre des études en récréologie. J’ai quand même un peu suivi le groupe et j’ai commencé à passer des auditions pour m’inscrire dans des écoles de théâtre. Puis, je me suis questionnée et j’ai tout arrêté. Est-ce que je le fais pour suivre mes amis ou est-ce vraiment ce que je veux faire dans la vie ? »

Pendant deux ans, Hélène Florent s’est éloignée du jeu pour occuper toutes sortes de fonctions de soutien sur des plateaux de tournage. De préposée au café jusqu’à assistante de production, en passant par conductrice, ces diverses expériences de travail lui ont fait prendre conscience que, finalement, elle devait emprunter la voie de l’art dramatique pour accomplir son destin.

« J’ai eu la chance d’être reprise au Conservatoire de Québec. Dès ma sortie, j’ai pu faire les auditions du Quat’Sous et j’ai été approchée par une agente — heille, une agente ! — avec qui je travaille d’ailleurs encore aujourd’hui. Mais j’ai douté longtemps. »

Après ma première année de Conservatoire, je me suis encore remise en question, même si tout se passait bien. Je me rendais un peu la tâche difficile et il a fallu que je me raisonne. Ensuite, j’ai réalisé que cet art pouvait me faire vivre, car tout s’est enchaîné.

Hélène Florent

L’affection du public

Il y a d’abord eu la série Deux frères, réalisée par Louis Choquette. Puis, un rôle principal dans Yellowknife, deuxième long métrage de Rodrigue Jean. Pour une actrice qui osait à peine rêver d’une participation dans un film, cette initiation dépassait déjà toute espérance. Plusieurs projets ont suivi, tant au cinéma qu’à la télévision. C’est d’ailleurs grâce au petit écran que Hélène Florent gagne l’affection du public. La galère, série créée par Renée-Claude Brazeau, fait de l’actrice une véritable vedette.

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Anne Casabonne, Hélène Florent, Brigitte Lafleur et Geneviève Rochette dans une scène de La Galère, en 2007

« Quand j’ai commencé dans ce métier, mon unique ambition était de gagner ma vie en faisant ce que j’aimais. Un petit show de théâtre, faire une voix, quelques journées de tournage, un projet personnel, peut-être. Mais devenir une vedette n’a jamais été un but. Vraiment pas. Ça n’est pas arrivé du jour au lendemain non plus. Tout s’est assez bien placé, finalement. »

Avec la notoriété vient également un apprentissage. Des séries comme La galère et Toute la vérité lui ont notamment valu quelques trophées Artis, et d’être même citée dans la catégorie Personnalité féminine de l’année. Autrement dit, la présence régulière dans une série diffusée à la télévision engendre un lien intime avec le public, d’une tout autre nature que celui qu’un rôle dans un film peut produire.

« Ce fut difficile à apprivoiser pour moi, confie-t-elle. Je ne sais pourquoi, mais le cinéma fait en sorte qu’un bras de distance est quand même maintenu. La télé, non. Les gens venaient me parler et j’avoue qu’au début, ça m’intimidait beaucoup. Je ne savais pas trop quoi faire avec ça. On ne nous apprend rien de ça dans les écoles. Au fil du temps, j’ai su comment recevoir cet amour, si généreux, tout en me gardant aussi un espace. Il faut trouver l’équilibre. Et c’est grâce à La galère que j’ai pu apprendre à placer les affaires. »

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En 2013, Hélène Florent a remporté le prix Artis dans la catégorie Rôle féminin : téléséries.

En fait, Hélène Florent trouvait injuste le déséquilibre entre l’affection qu’on lui vouait et le fait qu’elle ne pouvait évidemment pas la rendre aux inconnus qui l’abordaient. Et qui, pensait-elle, travaillaient peut-être deux fois plus fort qu’elle sans jamais avoir la moindre reconnaissance.

« J’avais toujours envie de leur répondre : oui, mais bravo à vous aussi, même si je ne sais pas ce que vous faites dans la vie ! Ça me semblait important de retourner le compliment, mais je ne savais pas comment, à part dire merci. »

Une pause salutaire

En 2016, alors au sommet de sa carrière et de sa popularité, Hélène Florent a causé un certain émoi en s’offrant une pause après avoir donné naissance à un fils, annulant même ses participations à la version théâtrale de La galère et à la série District 31. Le geste fut à la fois risqué et courageux. Aux yeux de l’actrice, il n’y avait pourtant pas d’autre option.

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Hélène Florent

« Je n’étais tout simplement pas apte à aller travailler, dit-elle. J’avais besoin d’être avec mon enfant, de me reposer. Je savais que c’était la bonne chose à faire, même si j’ignorais quelles seraient les conséquences sur mon travail de comédienne.

Même si cette pause avait mis un terme à ma carrière, j’estime que ce choix aurait quand même été le bon. J’étais prête à faire le sacrifice, à faire face à l’inconnu.

Hélène Florent

« Je suis vraiment fière de la décision que j’ai prise, d’autant plus que tout s’est finalement bien replacé. J’ai pris le rôle que j’ai eu dans Unité 9 comme un cadeau du ciel. Je me suis dit : “Ah, je peux encore jouer, avec un rôle exigeant comme celui-là, mon Dieu, ce n’est pas fini !” Je suis vraiment très reconnaissante. »

La concrétisation d’un rêve

Quatre ans plus tard, Hélène Florent a eu l’occasion de concrétiser un rêve : jouer dans un film d’époque. Dans Maria Chapdelaine, elle incarne avec une force tranquille la mère de l’héroïne (Sara Montpetit), une femme de terre qui, malgré les difficultés et l’isolement, est douée pour le bonheur auprès de son homme (Sébastien Ricard) et de sa famille.

« J’adore le cinéma de Sébastien Pilote et j’ai vu tous ses films sur grand écran, indique l’actrice. Je trouvais quand même un peu étonnant qu’il se lance dans une adaptation de Maria Chapdelaine. En lisant son scénario, j’ai cependant bien vu que Laura est un beau personnage. Puis, en parlant avec Sébastien, je me suis rendu compte à quel point il avait sa vision, que ce film était bien son film.

« J’ai décroché le rôle et j’ai ensuite pu donner la réplique à d’autres comédiens lors des auditions que Sébastien a menées pour d’autres personnages. J’ai beaucoup aimé ce processus parce que ça me permettait d’être au plus près de la création, de l’entendre diriger ses acteurs. J’avais l’impression d’avoir une petite place de choix. »

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Dans Maria Chapdelaine, Hélène Florent incarne avec une force tranquille la mère de l’héroïne, une femme de terre qui, malgré les difficultés et l’isolement, est douée pour le bonheur.

Le tournage de Maria Chapdelaine a été à la hauteur du rêve de l’actrice. L’endroit, les décors naturels, les animaux, les costumes, l’isolement, les saisons. Tout faisait en sorte que les comédiens pouvaient facilement se téléporter en 1910, sur une terre difficile à défricher, près de la rivière Péribonka.

« À cause des mesures sanitaires, Sébastien a transposé beaucoup de scènes à l’extérieur, explique Hélène Florent. Dans le fond, ça correspondait encore mieux à la réalité, car les gens restaient beaucoup à l’intérieur l’hiver et vivaient beaucoup à l’extérieur l’été. Aussi, j’ai beaucoup aimé le défi de la fin. Je suis contente de ce qu’on a fait. »

Quand on demande à Hélène Florent ce que représentent à ses yeux ses 20 ans de carrière, elle s’émeut d’abord de ce « beau gros chiffre rond ».

« Je regarde derrière et je m’aperçois que j’ai été vraiment gâtée. J’aime aussi beaucoup l’esprit de troupe qui se crée pour chaque projet. Ma famille passe en premier, bien sûr, mais je suis vraiment heureuse quand je travaille et je m’y donne entièrement. J’aime les rencontres, les discussions. J’ai toujours aimé les moments d’attente sur un plateau parce qu’ils me permettent d’observer ce qui se passe dans tous les aspects d’un tournage. Je ne m’ennuie jamais ! »

Maria Chapdelaine, de Sébastien Pilote, prendra l’affiche en salle le 24 septembre.

Hélène Florent en 10 rôles

Depuis le rôle qu’elle a décroché dans la série télévisée Deux frères, tout juste après avoir obtenu son diplôme du Conservatoire d’art dramatique de Québec, Hélène Florent a enchaîné les projets, tant au cinéma qu’à la télévision. Retour sur quelques-uns de ses personnages les plus marquants.

Yellowknife (2002)

Scénario et réalisation : Rodrigue Jean

« Je suis encore un peu étonnée d’avoir été choisie par Rodrigue Jean pour jouer dans ce film et d’être allée où il m’a emmenée, car le personnage ne pourrait être plus loin de moi. Je garde aussi le souvenir d’un tournage à l’extérieur, dans un état de disponibilité totale. Et puis, il y a eu cette rencontre formidable avec Patsy Gallant. Je ne tiens pas un palmarès de mes meilleurs rôles, mais celui-là est l’un des très importants dans ma carrière. Tomber sur un film comme celui-là pour un premier rôle au cinéma, c’est comme une aventure incroyable. »

Mémoires affectives (2004)

Scénario : Marcel Beaulieu et Francis Leclerc
Réalisation : Francis Leclerc

« Francis Leclerc est un très bon ami. Il m’a offert un petit rôle — l’un des rares pour lesquels je n’ai pas eu à passer d’audition — en me disant que je n’aurais qu’une seule scène à jouer, mais qu’elle était cruciale dans l’histoire. Avoir un gros travail d’actrice à faire, même dans une seule scène, est totalement stimulant. Au cinéma, on a vraiment l’impression de faire partie de l’œuvre, même avec une seule séquence. J’ai pris cette participation comme un cadeau. Et puis, il y a eu le plaisir de travailler avec un ami ! »

Familia (2005)

Scénario et réalisation : Louise Archambault

« Un autre rôle de soutien. J’ai eu deux scènes à jouer. J’étais heureuse de travailler avec Louise Archambault, dans un film comportant beaucoup de personnages féminins. J’y jouais la marraine de la jeune fille qu’interprétait Mylène St-Sauveur, adolescente à l’époque. Même si elle mène aujourd’hui une carrière formidable et qu’on la voit dans plein de choses, elle reste toujours à mes yeux la “petite” Mylène. Moi qui aime l’esprit de troupe, j’ai adoré me retrouver dans cette bande de filles, même si les scènes dans lesquelles je joue ont été tournées à la toute fin. »

Lance et compte (2006-2015)

Scénario : Réjean Tremblay
Réalisation : Jean-Claude Lord et Frédérik D’Amours

Son personnage de Cathou St-Laurent est arrivé en 2006 dans Lance et compte – La revanche et a été présent dans les quatre séries suivantes, en passant par le long métrage. « Ce plateau, c’était aller rire avec Marc Messier. Cathou est probablement le personnage qui me ressemble le plus, donc, je n’ai pas eu à chercher très loin, comparativement à ce que je dois faire pour un rôle qui exige une vraie composition. Et puis, vivre ça à Québec, au Colisée, et faire partie de cette série légendaire. Juste porter le logo du National m’a procuré une émotion ! »

Dans les villes (2006)

Scénario et réalisation : Catherine Martin

« Catherine Martin est une réalisatrice exceptionnelle, qui fait un travail d’orfèvre. Elle est parvenue à m’entraîner dans des zones où je connaissais moins bien le chemin pour m’y rendre. Je me suis laissé porter par sa direction, très précise. Son univers est délicat, minutieux, fragile. Ce qu’elle fait est de la dentelle. Et puis, jouer avec Robert Lepage, c’était formidable. Catherine m’a aussi fait le cadeau d’une scène à jouer dans Une jeune fille. J’aime sa façon d’explorer la condition humaine, de toujours insuffler un supplément d’âme dans ses films. Il faudrait qu’elle tourne davantage ! »

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Hélène Florent dans La galère, série créée par Renée-Claude Brazeau

La galère/Les invincibles (2007-2013)

La galère
Scénario : Renée-Claude Brazeau et Mimi Brazeau
Réalisation : Sophie Lorain, Alexis Durand-Brault, Louise Archambault et Charles-Olivier Michaud

Les invincibles
Scénario : François Létourneau et Jean-François Rivard
Réalisation : Jean-François Rivard

L’apparition de Stéphanie Valois dans La galère, l’une des quatre protagonistes de la populaire série, a coïncidé avec l’arrivée de Véronique dans la deuxième saison de la série Les invincibles. « C’est à ce moment que j’ai senti que les gens me reconnaissaient davantage dans la rue, je crois. Les invincibles marque les retrouvailles avec des amis de Québec. Là aussi, j’ai beaucoup ri. Dans la scène où le personnage que joue François Létourneau me quitte, j’ai eu du mal parce qu’il me faisait trop rire, même si je n’avais rien à faire d’autre que de l’écouter ! »

Café de Flore (2011)

Scénario et réalisation : Jean-Marc Vallée

« Un bonheur. Je me souviens d’ailleurs très bien de l’audition. Jean-Marc [Vallée] avait apporté de la musique. Je n’avais jamais vécu ça. À la lecture, j’ai adoré le scénario, mais je trouvais le personnage dangereux parce que la ligne était très mince pour la rendre crédible. J’en ai beaucoup discuté avec Jean-Marc. Quand tu revois ce film, tu t’aperçois à quel point il y a des choses qui t’ont peut-être échappé la première fois. Jean-Marc était entièrement dans la douceur sur ce projet et le tournage a été très agréable. J’ai d’ailleurs revu Café de Flore récemment. C’est super bon ! »

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Hélène Florent a été la vedette de la série Toute la vérité pendant cinq saisons.

Toute la vérité (2010-2014)

Scénario : Annie Piérard et Bernard Dansereau
Réalisation : Lyne Charlebois, Brigitte Couture et Jean Bourbonnais

Pendant quatre années consécutives, soit de 2011 à 2014, Hélène Florent a été la lauréate du prix Artis dans la catégorie Rôle féminin : téléséries. Cette marque d’affection du public correspond aux années où la série Toute la vérité a été diffusée au réseau TVA. « Un beau gros rôle corsé. C’est un cadeau de pouvoir embarquer dans une série sur la durée, où tu peux te permettre d’approfondir ton personnage, où tu connais ta gang. C’est comme un confort agréable, même si tu travailles ton personnage constamment. Et puis, Lyne [Charlebois, réalisatrice], c’est vraiment une rencontre de vie. »

PHOTO FOURNIE PAR ICI RADIO-CANADA TÉLÉ

Hélène Florent s’est glissée dans la peau d’une pédophile dans la série Unité 9.

Unité 9 (2017-2018)

Scénario : Danielle Trottier Réalisation : Jean-Philippe Duval

« Je ne regardais pas Unité 9 régulièrement, mais chaque fois que je tombais sur un épisode, je constatais que les filles avaient des rôles incroyables à jouer. Mon personnage de pédophile existait à travers l’imaginaire des autres. Je m’étais d’ailleurs informée avant l’audition : s’il y a des scènes à jouer en flash-back, je n’y vais pas. Mais je n’ai pas eu à jouer ça. Là aussi, je suis allée dans des zones inconnues. Jean-Philippe [Duval, le réalisateur] nous emmène loin, toujours dans la douceur. Je suis très fière de ce que j’ai fait avec ce personnage. »

Les oiseaux ivres (2021)

Scénario : Ivan Grbovic et Sara Mishara
Réalisation : Ivan Grbovic

« Pendant le tournage, Ivan Grbovic [scénariste et réalisateur] et Sara [Mishara, scénariste et directrice photo] ont été d’une grande générosité en nous montrant des images à la fin de chaque journée. Puis, j’ai saisi l’atmosphère du film en faisant de la postsynchro aussi. Il y a un aspect novateur dans ce film et j’ai vraiment l’impression qu’il pourrait voyager. L’histoire explore les liens entre des exploitants et des exploités dans le monde agricole de façon très cinématographique. Avec Maria Chapdelaine, ça me fait un gros automne au cinéma. Je suis tellement excitée ! »