(Paris) Depuis ses débuts couronnés par le César 1996 du meilleur espoir, Sandrine Kiberlain « se cache dans des personnages ». L’actrice rêvait de passer derrière la caméra. C’est chose faite avec un premier long métrage, Une jeune fille qui va bien, portrait d’une Parisienne en mai 1942.

Agence France-Presse

« Je ne me lasse pas d’être actrice, mais j’avais envie aussi de raconter une histoire pour en faire un film, même si ça me paraissait une montagne », raconte à l’AFP Sandrine Kiberlain sélectionnée pour cette première réalisation à la Semaine de la critique, section parallèle du Festival de Cannes.

Dans l’insouciance de sa jeunesse, cette « jeune fille qui va bien » est Irène, Française juive. En cet été 42, elle vit l’élan de ses 19 ans rythmé par ses amis, un premier amour et surtout sa volonté chevillée au corps de devenir comédienne.

« J’ai inventé un père que je n’ai plus, un frère que je n’ai pas. Irène est beaucoup de moi à son âge : juive d’origine polonaise et passionnée de théâtre. Cette histoire que j’ai écrite est née de tout ce que je suis et de questions sur la folie humaine et inhumaine de l’épuration qui nous interrogent tous », souligne Sandrine Kiberlain.

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Sandrine Kiberlain

Rebecca Marder, 26 ans, benjamine de la troupe de la Comédie-Française, incarne merveilleusement cette « jeune fille qui va bien », au côté d’André Marcon et Françoise Widhoff.

« Dans son insouciance, Irène n’est pas du tout écervelée. Elle ressent les choses qui sont en train de passer. Simplement, elle ne veut pas s’empêcher de vivre. D’ailleurs, tous les témoignages avant les premières rafles vont dans le même sens : malgré le pressentiment, il y avait une puissance de vie folle, d’autant que personne ne pouvait imaginer l’inimaginable… », souligne Sandrine Kiberlain.

L’actrice et désormais réalisatrice de long métrage (elle avait déjà réalisé un court en 2016) confie encore son immense joie de retrouver la Croisette après les confinements : « le festival, qui réunit tous les passionnés de cinéma du monde, m’a manqué. Cela n’a pas de prix d’être là. Quand j’ai appris que la Semaine de la critique m’avait sélectionnée pour mon premier film, j’ai débouché le champagne ! ».

« J’ai été très heureuse de diriger une équipe. J’attends une prochaine histoire à raconter qui vaut le coup d’être filmée, pour me lancer dans un deuxième long », ajoute-t-elle. « Des choses arrivent et repartent… L’inconscient joue énormément. Je prends mon temps ».