Perchée sur le toit d’un immeuble luxueux, les deux pieds dans l’eau fraîche d’une piscine, Noémie, 15 ans, a tout l’air d’une adolescente ordinaire. Avec son amie Léa, elle rigole, lit des magazines, fait part de ses rêves. Rien ne laisse présager qu’elle tombera dans le piège de la prostitution. La Presse a visité le plateau de tournage de Noémie dit oui, premier long métrage de fiction de la réalisatrice Geneviève Albert, qui met en vedette Kelly Depeault.

Léa Carrier
Léa Carrier La Presse

« L’indignation est mon moteur créatif. La prostitution, et surtout la prostitution juvénile, est un sujet qui m’habite depuis tellement longtemps. C’est naturellement devenu le thème de mon premier film », confie Geneviève Albert, entre deux scènes tournées dans un hôtel du centre-ville de Montréal.

On lui doit des courts métrages (Reviens-tu ce soir ?, Érotisse) et des documentaires (Paul Hébert, le rêveur acharné), mais pas encore de long métrage. Noémie dit oui sera donc son tout premier, celui qui, dans les mots de la réalisatrice, doit mettre le train sur les rails.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

La réalisatrice Geneviève Albert

La question du consentement

Produit par Leitmotiv, le film suit le parcours de Noémie (Kelly Depeault), adolescente au passé trouble qui fugue du centre jeunesse où elle habite depuis trois ans lorsqu’elle perd tout espoir d’être reprise par sa mère.

En quête de repères, elle rejoint Léa (Émi Chicoine), ancienne du centre, qui la présente à une bande de délinquants, dont fait partie Zach (James-Edward Métayer), un proxénète. C’est par l’entremise de ces nouvelles relations que Noémie, attachante, mais impétueuse, dira oui à la prostitution. « J’ai voulu que mon film pose la question du consentement. Qu’est-ce que ça vaut, un oui, si c’est par une jeune fille en fugue, fragilisée, sans encadrement familial ? », demande la réalisatrice, en référence au titre du film, dont la sortie est prévue au printemps 2022.

« J’ai fait beaucoup d’expérimentations [en cinéma] par le passé. J’ai cherché ce qui m’appartenait, ce qui correspondait à ma vision cinématographique », affirme Geneviève Albert.

Au fil des années, ce que j’ai pu confirmer, c’est que les sujets qui m’interpellent profondément sont ceux qui touchent à la réalité des femmes

Geneviève Albert, réalisatrice

La cinéaste se dit avant tout féministe. Une affirmation que nous pouvons apprécier en constatant le nombre de femmes qui composent son équipe de production et par la fougue qui l’anime lorsqu’elle dénonce la prostitution juvénile.

« Il est temps qu’on revoie la présence de la prostitution dans nos sociétés. Qu’on souhaite mieux pour nos filles et nos femmes. Je porte ce film avec conviction et beaucoup de compassion. Je suis ravie d’avoir la chance de porter à l’écran un récit qui a une fonction de critique sociale », conclut-elle.

Kelly Depeault, la déesse

Lorsque Geneviève Albert a regardé La déesse des mouches à feu – dans lequel Kelly Depeault tient le rôle principal, une performance qui lui a valu le prestigieux Prix Iris Révélation de l’année 2021 —, ça l’a frappée, comme une révélation.

J’avais besoin d’une actrice hyper solide pour porter le film. Kelly a été un coup de cœur. Je lui ai offert le rôle, sans audition.

Geneviève Albert

L’actrice, qui a fêté ses 19 ans sur le plateau de tournage, ne s’est pas laissé convaincre facilement. Après tout, c’est un rôle difficile, tant psychologiquement que physiquement.

« J’ai dit oui pour toutes les femmes qui vivent de la prostitution. J’aime vivre dans la réalité, et notre réalité, elle est trash. Je préfère qu’on fasse face à ça plutôt qu’on détourne les yeux », affirme-t-elle à La Presse.

De sa relation avec Geneviève Albert, elle n’a que de bons mots. « Je n’aurais pas accepté d’être sexualisée, mais justement, Geneviève raconte le film du point de vue de la femme. C’était important pour moi. La porno juvénile me dégoûte, mais c’est difficile de parler de ça quand je dois retourner jouer juste après », poursuit l’actrice.

Il ne lui reste plus que quelques jours de tournage. Après 29 jours de travail intensif, elle quittera Noémie pour redevenir Kelly — c’est à ce point que les rôles lui collent à la peau —, ou du moins, jusqu’à son prochain rôle. C’est que, ces jours-ci, tout le monde s’arrache la déesse des mouches à feu.