Dans Crisis, thriller sur le trafic de fentanyl campé à la frontière canado-américaine, Guy Nadon incarne un criminel québécois dont le répondant américain est un agent double incarné par Armie Hammer. En entrevue à La Presse, M. Nadon se réjouit de voir le Québec apparaître sous une « forme ressemblante » dans une telle œuvre.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Au bout du fil, Guy Nadon se souvient, hilare, du long métrage 49th Parallel dans lequel Laurence Olivier incarnait un coureur des bois québécois avec un accent francophone terriblement prononcé.

« Tout ce qui lui manquait était une paire de cuillères dans les mains, lance le comédien en riant. Alors, quand on me demande de faire un truc comme Crisis, on est venu cogner à la bonne porte. Je suis capable de faire apparaître le genre de Québécois très indiqué dans la géographie nord-américaine. »

Il est vrai que 49th Parallel est un film de propagande remontant à la Seconde Guerre mondiale. Mais il est aussi vrai qu’au fil des ans et des décennies, certaines incarnations de Québécois dans des films internationaux n’ont pas toujours été un succès.

Dans le cas présent, Crisis, du réalisateur Nicholas Jarecki, propose une histoire qui se passe entre Detroit et Montréal et dont les protagonistes sont anglo-saxons (Hammer, Gary Oldman, Evangeline Lilly, Michelle Rodriguez) et québécois (Nadon, Éric Bruneau, Paul Ahmarani, David Boutin). Lily-Rose Depp joue une jeune Américaine paumée tandis que Benz Antoine est un flic américain.

Tous évoluent à travers trois histoires de trafic de fentanyl qui vont plus ou moins se télescoper. L’intrigue centrale est celle de policiers américains qui piègent des trafiquants québécois. Dans une deuxième histoire, une architecte (Lilly) cherche à se venger à la suite de la mort par surdose de son fils. Enfin, un professeur d’université tente, dans le troisième segment, de sonner l’alerte sur les dangers d’un médicament qu’il met au point. Mais ce professeur (Oldman) subit d’énormes pressions de son entourage.

Guy Nadon s’est senti interpellé par le propos de Crisis.

Je ne connais personne pris avec ça. Mais il me reste suffisamment de conscience sociale pour me rendre compte que c’est un véritable problème dans plusieurs communautés.

Guy Nadon

Que le Québec soit un lieu d’échanges illégaux ne le surprend pas. Ça ne date pas d’hier, rappelle-t-il. « En raison de ses grandes frontières avec les États-Unis, le Québec a été, depuis la prohibition, un terrain très fertile pour que des gens puissent pratiquer des activités criminelles ou, parfois, carrément immorales. »

Montréal : un personnage

Dans Crisis, Montréal est un personnage. La ville est filmée sous plusieurs angles grâce au travail des techniciens de l’image, dont Nicolas Bolduc à la direction photo.

Quelques scènes aériennes montrent le centre-ville de la métropole dans son ensemble. À d’autres moments, on reconnaît facilement l’aéroport Montréal-Trudeau, la rue Notre-Dame, le tunnel Ville-Marie, le pont de la Concorde, la Société Saint-Jean-Baptiste, l’hôtel Omni et l’ancien hôpital Royal Victoria notamment. Tournées dans le port de Montréal, quelques scènes d’action sont endiablées.

Excellente collaboration

Le comédien Armie Hammer a fait les manchettes ces derniers temps pour de très mauvaises raisons. Les rumeurs de cannibalisme et d’infidélités sont arrivées après le tournage durant lequel, foi de Guy Nadon, Hammer était d’un commerce très agréable.

« Un gars très fin sur le plateau, se rappelle M. Nadon. Il était très gentil. On a tourné le film au temps où Donald Trump était président et je lui disais [à Hammer] qu’il était un des meilleurs ambassadeurs que les États-Unis pouvaient avoir. Il parlait un peu français et je l’aidais à corriger sa prononciation. »

Par ailleurs, M. Nadon a bien ri lorsqu’on lui a annoncé que son personnage de criminel s’appelait… Mother.

Le réalisateur Nicholas Jarecki ne savait pas qu’un ancien chef des Hells Angels s’appelle… Mom Boucher.

Guy Nadon

Le comédien a voulu donner à son personnage un côté patiné et au bord de la retraite. « Je trouvais important de faire apparaître une certaine lassitude chez Mother, dit-il. Il veut probablement faire un très bon coup et lâcher ça. Il doit être tanné des tensions que cela crée, de toujours se surveiller. »

Dans le cas de Guy Nadon, le comédien, il n’est pas question de rien lâcher. Il lit beaucoup de propositions de rôles, mais, dit-il, il est encore trop tôt pour faire des annonces de projets à venir.

Coproduction Canada-Belgique, Crisis est disponible en VSD sur Club Illico, YouTube, Amazon Prime et Cineplexstore.

IMAGE FOURNIE PAR ENTRACT FILMS

Affiche du film Crisis

Thriller
Crisis
de Nicholas Jarecki
Avec Guy Nadon, Éric Bruneau, Armie Hammer, Gary Oldman
1 h 58