À partir du 30 octobre, le Cinéma du Parc en ligne présente le documentaire Jimmy Carter : Rock & Roll President. Consacré à la grande culture musicale du 39e président des États-Unis, le film se démarque par une douceur faisant contrepoids à l’ambiance actuelle aux États-Unis. Nous en avons discuté avec la réalisatrice Mary Wharton.

André Duchesne
André Duchesne La Presse

De la Pennsylvanie rurale où nous l’avons jointe, la cinéaste et documentariste américaine Mary Wharton avait une question avant de répondre à celles de La Presse. « Est-il vrai, demande-t-elle, que tous les Canadiens ont actuellement l’impression de vivre dans l’appartement au-dessus d’un laboratoire de méthamphétamine [meth lab] ? »

Cette blague, que Robin Williams avait lancée en 2013, nous ramène inévitablement à la situation actuelle autour de l’élection présidentielle américaine extrêmement polarisée et au climat sulfureux qui règne chez nos voisins du Sud.

Pour faire contrepoids aux frasques et au langage ordurier de l’actuel locataire de la Maison-Blanche, difficile de trouver mieux que le documentaire Jimmy Carter : Rock & Roll President consacré à la présidence de Jimmy Carter, sa grande culture musicale, son ouverture à l’autre.

On suggère à Mme Wharton que l’écoute de ce film a un effet curatif dans les circonstances actuelles.

« Je suis d’accord, répond-elle. J’aborde tous mes projets à cœur ouvert. »

Je cherche l’humanité à travers les histoires. Ce projet fut très inspirant. Je l’ai fait dans le but de partager espoir et inspiration avec les gens. Je l’ai amorcé dans une période que je qualifierais de noire et où nous étions très divisés. En le terminant, je ne pouvais pas croire que nous étions engoncés davantage dans un tel climat.

Mary Wharton

Avec la pandémie, ajoute Mme Wharton, l’industrie cinématographique en arrache. Le succès financier frôle le mirage. Mais qu’importe, elle voulait faire partager son film maintenant. « Il parle du pouvoir rassembleur de la musique et le besoin qu’a notre peuple à se rapprocher, dit-elle. Pour nous, il importait que ce message sorte maintenant. Et j’espère sincèrement qu’il apportera un rayon de soleil aux gens. »

Dylan, Nelson et cie

Produit entre autres avec la participation de CNN Films, Jimmy Carter : Rock & Roll President devait être lancé au printemps au Tribeca Film Festival, à New York. En raison de la pandémie, il a plutôt eu droit à des lancements en ligne pendant d’autres festivals. Il fut aussi projeté dans des cinéparcs et des cinémas, surtout dans le sud des États-Unis, ce qui est facile à comprendre puisque l’ancien vice-président est originaire de Plains, dans l’État de Géorgie.

Survol de la présidence de M. Carter, avec ses bons coups, mais aussi ses moments sombres, comme l’épineuse gestion de la crise des otages américains en Iran, le film met en lumière les intérêts musicaux du président, allant de Bob Dylan à Willie Nelson (deux amis qui lui donnent du « Jimmy »), en passant par The Allman Brothers Band, Aretha Franklin, Trisha Yearwood, Paul Simon, le gospel, le jazz, le country, etc.

« Jimmy Carter était aussi un scientifique, indique Mary Wharton. Dans la marine, il faisait de la physique. Or, il y a une relation très forte entre sciences et musique. Les enfants qui font de la musique sont meilleurs en mathématiques. Et M. Carter est aussi un homme très spirituel. Dans son cas, la musique nourrit sa spiritualité et son âme. »

Le pouvoir de la musique

Gagnante d’un Grammy pour un documentaire sur l’auteur-compositeur-interprète Sam Cooke, Mme Wharton a travaillé sur des films consacrés à Enrique Iglesias, Elvis Presley, The Beatles, U2, Elton John et plusieurs autres. Elle croit fermement que la musique a aidé Carter à gagner la présidence (1977-1981) et lui a été utile durant celle-ci, comme lorsqu’il a fait des démarches pour envoyer l’ambassadeur de la Chine découvrir Nashville.

« Pendant la campagne présidentielle de 1976, l’Amérique n’était pas la même qu’aujourd’hui, dit-elle. Il n’y avait pas de saturation des médias de masse. L’appartenance, sincère, que montrait Jimmy Carter à la musique et à la contre-culture lui a permis de séduire les jeunes. Dans le contexte de la guerre du Viêtnam et l’ombre du Watergate qui planait toujours, il envoyait un signal de changement. Et une fois élu, il s’est servi de la musique pour tendre la main à ses opposants républicains. »

La musique n’a toutefois pas sauvé la présidence de Carter, battu par Ronald Reagan à l’élection de novembre 1980. En revanche, elle a continué d’être au cœur de l’existence de cet homme aujourd’hui âgé de 96 ans qui sourit toujours comme un gamin en faisant jouer, dans sa maison, une version 33 tours de Mr Tambourine Man.

À voir sur le site du Cinéma du Parc dès le 30 octobre.

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