Présentée dans le cadre du 49e Festival du nouveau cinéma (en ligne), la comédie Tout simplement noir aborde un sujet sérieux, la condition des Noirs en France, par l’entremise de l’humour. La Presse en a parlé avec Jean-Pascal Zadi, coréalisateur et comédien principal du film.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Comment interpréter ce film ? Aviez-vous envie de rire ? De dénoncer ? De vous indigner ?

Nous partons d’un constat à l’effet que si on connaît beaucoup la condition des Noirs américains, on connaît peu celle des Noirs en France. J’avais envie de décrire cette condition française des Noirs. Après, la manière choisie est l’humour. C’est ce qui permet de fédérer le plus de personnes et faire mieux passer le message.

Et comment décrire cette condition des Noirs en France ?

Ça évolue comme partout dans le monde. Mais ça évolue lentement. Sauf qu’on vit dans une époque où l’on veut que tout aille vite. Mes parents sont arrivés en France en 1977, et je constate que les choses ont bien évolué. Elles évoluent lentement, et le film, à sa manière, participe un tout petit peu à cette évolution.

La France pourrait-elle avoir aujourd’hui un Noir ou un Arabe comme président ?

Oui, je pense. Quand Obama a été élu, personne ne l’attendait. En France, ça arrivera aussi. Si on répond non, ça signifierait que la France est un pays raciste, alors que moi, je n’y crois pas. Ça va arriver. Je ne sais pas quand ni comment, mais je suis sûr que cela va arriver.

PHOTO TIRÉE DU SITE ALLOCINÉ

Scène du film Tout simplement noir

Sur le site France TV Info, on parle de votre film comme d’un « mockumentaire » (documenteur). Est-ce un terme qui vous allume ?

Oui, ça me parle. Pour que le film marche, nous avions besoin de l’ancrer dans une réalité. Cela aide à mieux faire passer le message. Le coréalisateur John Wax et moi sommes fans de ce genre. Je pense par exemple aux films Spinal Tap (Rob Reiner), I’m Still Here (Casey Affleck) avec Joaquim Phoenix ou encore C’est arrivé près de chez vous (Poelvoorde, Belvaux, Bonzel). Ils font partie des choses que nous aimons beaucoup, et nous avions envie de l’accaparer à notre manière.

Parlant de faire passer le message, vous avez réuni une belle brochette d’artistes, dont Omar Sy, Joey Starr, Ramzy Bedia, Mathieu Kassovitz, Stéfi Celma et d’autres qui jouent leur propre rôle. Est-ce pour mieux faire passer ce que vous aviez à dire ?

Oui, c’était important d’essayer de faire un film collégial. Les questionnements que nous voulions poser, les situations à montrer justifiaient la présence de beaucoup de personnes afin que le message passe mieux et que ça intéresse davantage les gens. Et pour mieux ancrer l’histoire dans le monde réel, nous avons pris tous ces acteurs et leur avons laissé leur vrai nom. Cela donne plus de force au film.

Il y a une scène troublante dans laquelle un homme blanc mesure la largeur du nez de votre personnage qui se présente à une audience de casting. On se croyait dans un marché aux esclaves. Vous aviez envie de provoquer ce malaise ?

Bien sûr ! Au-delà du casting, cette scène met en perspective beaucoup de choses, comme le corps du Noir dans la société et la marchandisation du Noir au sens propre du terme. Oui, ça met mal à l’aise, car ça fait référence à la colonisation, à l’esclavage… On a choisi de le faire sous le prisme du casting afin de lui donner un aspect drôle, rigolo et tout. Mais, oui, on voulait donner un aspect physique à ce corps noir et à la marchandisation qu’il y a eu dans le passé.

Votre film nous semble aussi porter sur les conséquences de l’engagement. En ce sens que prendre la parole ne se fait pas sans faire face à celle des autres ?

Ah oui ! C’est aussi un film sur le nouveau militantisme. Aujourd’hui, les gens prennent la parole sur l’internet et pensent que ça fait d’eux des militants. De plus, aujourd’hui, on est très durs envers ceux qui prennent la parole, en ce sens qu’il faut qu’ils soient irréprochables. Mais est-ce réellement bien ? Quelqu’un n’a pas besoin d’être irréprochable pour donner son avis sur quelque chose. Or, tout est devenu complexe. Il y a une scène par exemple où mon personnage rencontre des militants de la brigade antinégrophobie où il se fait un peu humilier parce qu’il ne connaît pas la date d’indépendance d’Haïti. Mais cela ne signifie pas qu’il n’est pas sincère dans sa démarche !

Quel sens donner au générique de sortie, où votre personnage se retrouve dans des portraits très connus de l’histoire de France ?

C’est une manière de s’amuser et d’ancrer le Noir dans l’histoire française. Le Noir a souvent été mis de côté comme s’il n’existait pas, mais on est là depuis bien longtemps. C’était une manière de rétablir des injustices. Une façon de dire : nous aussi, on était là !

Tout simplement noir, en ligne jusqu’au 31 octobre

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