Comment survivre à un corps qui vieillit, qui attrape toutes sortes de maladies ? Quel sens donner aux os qui craquent ou à la mémoire qui flanche ? Comment gérer cette peur de mourir quand on voit partir les siens, un à un ? À plus de 90 ans sonnés, Fernand Dansereau n’a pas fini de s’interroger…

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Dans Le vieil âge et l’espérance, dernier volet d’une série de trois réflexions sur la vieillesse – après le rire, en 2011, puis l’érotisme, en 2017 –, le prolifique réalisateur signe ici un énième documentaire, en salle vendredi, sorte de quête existentielle et spirituelle sur le vieil âge et la sérénité (ou du moins l’espoir d’enfin y accéder).

« Est-ce qu’il y a des outils pour faire face aux épreuves du grand âge ? », s’interroge-t-il encore et toujours, en entrevue. Soyez avertis : non, vous ne trouverez pas de réponse ici. Mais plusieurs pistes philosophiques à méditer, assurément.

De son côté, il ne le cache pas : « philosophiquement », il n’a aucun mal à concevoir la vieillesse (« Philosophiquement, je suis très à l’aise avec ma finitude », répète-t-il à l’écran comme en personne), mais physiquement ? 

« Quand il y a de la douleur à l’intérieur ? C’est dur… », dit-il, en nous fixant de ses doux yeux bleus.

Il faut dire que les dernières années n’ont pas été faciles pour Fernand Dansereau. L’homme qui a eu une santé de fer toute sa vie (« Je n’ai jamais passé une journée à l’hôpital de ma vie, à part une demi-journée, quand on m’a enlevé les amygdales à 4 ans ! »), à qui l’on doit plusieurs téléromans (Le parc des Braves, Les filles de Caleb) et longs métrages (La brunante), comme scénariste ou réalisateur, qui faisait encore du ski (alpin !) à 87 ans, a eu coup sur coup trois cancers, puis divers soucis cardiaques. Tout cela en trois ans. « La douleur, c’est découvrir qu’il y a des choses que je ne pourrai plus jamais faire. Des choses que j’aimais… », laisse-t-il tomber.

Mais la douleur, ce n’est pas que ces « pertes physiques », ajoute-t-il. C’est aussi des pertes affectives. « Ma femme et moi, en 24 mois, on a perdu 20 personnes proches. C’est 20 chagrins importants… »

Trouver un sens

PHOTO TIRÉE DU FILM 

Pierre-Charles, lumineux et mourant, dans Le vieil âge et l’espérance, de Fernand Dansereau 

Dans son film, pendant 90 minutes, on le voit donc partir en quête de réponses : quel sens donner à ces pertes physiques ? À cette douleur affective ? Où puiser la force de les affronter ? Est-ce seulement possible ? Fernand Dansereau interroge tour à tour ses amis (un mi-cynique, mi-comique Denys Arcand, un enjoué et résigné Marcel Sabourin), mais aussi des experts, psychologues et gérontologues, en plus de quelques personnes en fin de vie.

Étonnamment, ce sont ces dernières qui apportent les réponses les plus inspirantes et lumineuses au réalisateur. Mention spéciale au magnifique (feu) Pierre-Charles, à qui le film est dédié, aux yeux si étincelants dans un corps qu’on devine mourant, qui lance en souriant : 

« Si on ne vieillit pas, on meurt, faque à ce moment-là, imaginons vieillir ! N’ayez pas peur de vieillir, c’est la seule manière de rester en vie ! »

Le réalisateur confie aussi avoir été particulièrement marqué par les sages paroles de son ami, le réalisateur Martin Duckworth. Dans une scène d’une douceur inouïe, on voit l’homme s’approcher de sa femme, mourante, la caresser tendrement, puis se coller contre elle, les yeux fermés. « Notre amour de 46 ans était la force majeure de ma vie, dit-il ensuite à la caméra. Dans la vie qu’il nous reste, il doit y avoir une place pour la tristesse, aussi. » Pour Fernand Dansereau, il y a là une grande vérité : « Reconnaître la douleur, c’est une richesse spirituelle », avance-t-il.

S’il sait pertinemment que son film n’apportera pas vraiment de réponses (à part peut-être un consensus sur l’importance de l’amour, pour donner un sens à sa vie), Fernand Dansereau aimerait surtout qu’on retienne une chose : « S’il y a une morale, peut-être, ce serait de porter attention aux personnes. Ils sont beaux, ces humains… », conclut-il doucement, en souriant. On devine qu’il a encore bien des interrogations. Mais non, il n’en fera pas de prochain film. « Je ne pense pas, j’ai l’impression que je n’ai plus tout à fait l’énergie qu’il faut… », nous sourit-il encore, d’un air ni tout à fait résigné ni tout à fait serein.

Le vieil âge et l’espérance, de Fernand Dansereau, 90 minutes, en salle vendredi, au Cinéma Beaubien.