Élevant seule ses deux jeunes enfants à la campagne, une femme doit se démener pour tenter de garder son emploi de femme de chambre dans un palace parisien, tout en espérant décrocher ailleurs un travail répondant davantage à ses aspirations.

Publié le 29 avril
Marc-André Lussier
Marc-André Lussier La Presse

La vie de Julie ressemble en tous points à celle de toutes ces femmes, héroïnes anonymes, qui parviennent par miracle à colmater toutes les brèches de leur quotidien démentiel pour empêcher leur vie – et celle des leurs – de s’écrouler. Le cinéaste franco-québécois Éric Gravel, installé dans l’Hexagone depuis des années, a su parfaitement traduire cet état de tension permanent, à travers lequel surgissent quand même parfois des parcelles de ce qui fait le sel de l’existence.

Le récit d’À plein temps est construit autour du grain de sable imprévu qui vient enrayer toute une mécanique savamment élaborée, parfaitement réglée, laquelle permet à Julie de se rendre au bout de sa journée. Et de recommencer le lendemain. Habitant à la campagne – à mi-chemin entre Paris, son lieu de travail, et l’endroit où vit le père de ses jeunes enfants –, celle qui gagne actuellement sa vie, plutôt modestement, en dirigeant l’équipe de femmes de chambre d’un palace parisien voit son train-train chronométré à la seconde près être complètement chamboulé à cause d’une grève dans les transports publics.

PHOTO FOURNIE PAR AXIA FILMS

Laure Calamy est la vedette d’À plein temps, un film écrit et réalisé par Éric Gravel.

Alors elle court, Julie. Sans arrêt. Elle court après la pension que tarde à lui payer son ex pour régler le loyer. Elle court pour trouver des solutions à tout : les déplacements, la gardienne qu’elle perd parce que les heures supplémentaires s’accumulent, le boulot où elle risque le licenciement à cause de ses trop nombreux retards, les mensonges qu’elle doit raconter afin de pouvoir honorer le rendez-vous qu’elle a pris chez un employeur plus intéressant, dont elle attend ensuite les nouvelles. Bref, la superwoman commence à en avoir sa claque. Et voudrait bien qu’on lui donne un break, ne serait-ce qu’un petit…

En Laure Calamy, Éric Gravel a d’ailleurs trouvé l’interprète idéale pour évoquer les multiples tourments intérieurs de Julie, même si son personnage est toujours en action. Révélée grâce à la série Appelez mon agent (Dix pour cent), consacrée grâce à sa performance dans Antoinette dans les Cévennes (Caroline Vignal), qui lui a valu un trophée César l’an dernier, Laure Calamy module tous les registres avec une maîtrise admirable.

Ayant remporté le prix de la meilleure réalisation et du prix de la meilleure actrice de la section Orizzonti de la Mostra de la Venise (un peu l’équivalent de la section Un certain regard à Cannes), À plein temps est actuellement à l’affiche.

En salle

À plein temps

Drame

À plein temps

Éric Gravel

Avec Laure Calamy, Anne Suarez, Geneviève Mnich

1 h 27

½