Amin a fui l’Afghanistan à la fin de l’adolescence après la disparition de son père. Avec l’aide de passeurs, il s’est retrouvé en Russie où il a attendu pendant des mois avant de pouvoir se rendre au Danemark. Flee raconte bien plus que sa fuite : ce documentaire animé révèle les cicatrices profondes qui restent en lui et le secret nécessaire qui menace de faire basculer la vie qu’il s’est construite.

Publié le 17 déc. 2021
Alexandre Vigneault
Alexandre Vigneault La Presse

« Si j’étais resté, ils m’auraient probablement tué moi aussi », dit Amin, après avoir raconté la mort de tous les membres de sa famille. Son ton est celui d’une confession. Il ressemble aussi à celui qui est employé en thérapie. Flee, tel qu’il est raconté par le réalisateur Jonas Poher Rasmussen, est à cheval entre les deux.

La vie d’Amin a basculé à la fin de la guerre entre l’Afghanistan et l’Union soviétique, alors que les moudjahidines gagnent en influence. Son père est enlevé sans que sa famille sache s’il est mort ou vivant. L’armée enrôle de force les hommes et les adolescents, si bien que les jeunes fuient à toutes jambes dès que des soldats se présentent dans un lieu public.

Fuir devient une question de vie ou de mort pour Amin qui aboutit à Moscou, un an après la chute du régime communiste. Sans papiers, il doit éviter la police ou tenter de se sauver dès qu’il aperçoit un agent. La Russie d’alors est exsangue. Les supermarchés sont vides. Les gens ont faim. La situation comporte des avantages : les policiers, corrompus, ferment les yeux quand on peut leur refiler de l’argent.

Pendant des mois, Amin vit dans la peur et l’ennui, dans un appartement de Moscou, jusqu’à ce que, après avoir tenté – sans succès – de rejoindre son frère en Suède, il se rend au Danemark avec l’aide d’un passeur. C’est là qu’il va refaire sa vie, en gardant le silence sur ce qu’il a vécu. En gardant aussi un secret imposé par son immigration clandestine.

Coupé de lui-même

Flee est bien plus que le récit d’un réfugié, c’est le récit intime d’un homme coupé d’une part de son identité. « La plupart des gens ne peuvent même pas imaginer comment fuir de cette façon peut t’affecter, ce que ça signifie pour tes relations avec les autres, à quel point ça te détruit », confie Amin.

Jonas Poher Rasmussen raconte l’histoire d’Amin sous la forme d’un dessin animé réaliste dans lequel il intègre des images d’archives. Le choc est parfois brutal : si l’animation permet d’entrer dans l’intimité du principal protagoniste, elle permet aussi une distance saine avec les horreurs que le film raconte alors que les séquences d’archives filmées en Russie ou en Afghanistan montrent la misère et la mort de façon crue.

Ce va-et-vient entre les deux types d’images nourrit le film, qui se concentre néanmoins sur la trajectoire intime d’Amin. Il se révèle peu à peu en racontant pour la première fois la vérité sur son passé, mais en dévoile aussi les répercussions sur sa vie d’adulte, entre autres dans sa relation avec Kasper, son amoureux d’origine danoise. Flee, après avoir déjà remporté plusieurs prix, représente le Danemark pour l’Oscar du meilleur film international. C’est une œuvre puissante au sujet des fêlures de l’âme et des réconforts parfois inattendus venant de ceux qu’on aime.

En salle. À l’affiche ce vendredi au Cinéma du Parc et partout au Québec au début de 2022.

Flee

Documentaire

Flee

Jonas Poher Rasmussen

1 h 23

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