Il a beaucoup été dit que No Time to Die (Mourir peut attendre en version française) était le plus émotif des 25 films officiels mettant en vedette le plus célèbre agent secret de Sa Majesté. C’est tout à fait juste.

Marc-André Lussier
Marc-André Lussier La Presse

En évoquant d’une façon inédite la vie sentimentale et familiale de James Bond, les scénaristes Neal Purvis et Robert Wade, avec l’apport de Phœbe Waller-Bridge et du cinéaste Cary Joji Fukunaga (premier Américain à signer un film de la série !), ont très bien rempli le cahier des charges « bondien », mais ils y ont ajouté une dimension supplémentaire.

Le récit aborde en effet la condition d’un homme quinquagénaire, appelé à évoluer dans un monde où les repères ne sont plus tout à fait les mêmes, y compris dans sa vie personnelle. On sent aussi que No Time to Die a d’évidence été élaboré pour clore la fin d’un cycle, avec une nette volonté d’offrir à Daniel Craig — le meilleur des Bond, toutes époques confondues (désolé, Sean Connery !) – le plus beau cadeau de départ qui soit.

Est-ce à dire que No Time to Die, comme certains l’ont affirmé dans la presse britannique, est le meilleur James Bond de tous les temps ? À nos yeux, il se classe parmi les plus réussis de l’ère Craig, mais quand même une petite coche sous Skyfall.

On apprécie cependant la façon dont les scénaristes sont parvenus à attacher tous les fils en ramenant plusieurs des personnages déjà vus dans Spectre, l’opus précédent.

Si le personnage de Madeleine, qu’incarne Léa Seydoux, gagne en importance, d’autres ne font que passer. C’est notamment le cas de Blofeld (Christoph Waltz), le temps d’une séquence assez forte, tout comme Paloma, une nouvelle venue qui, sous les traits d’Ana de Armas, laisse néanmoins sa marque.

Des scènes spectaculaires

On ne divulguera ici rien des détails du récit, mais on peut quand même souligner la présence de Lashana Lynch dans le rôle de Nomi, nouvelle héritière du matricule 007 depuis que James a pris sa retraite en gardant quand même certains liens avec la CIA américaine. Bien entendu, les deux devront se croiser à la faveur d’une mission à laquelle le vétéran sera mêlé. Cette dynamique entre les deux agents donne d’ailleurs lieu à des scènes intéressantes.

PHOTO FOURNIE PAR METRO-GOLDWYN-MAYER

Léa Seydoux et Daniel Craig dans No Time to Die (Mourir peut attendre), un film réalisé par Cary Joji Fukunaga

Cela dit, ce n’est un secret pour personne, la réussite d’un James Bond tient aux scènes d’action spectaculaires (elles y sont), à l’humour pince-sans-rire (il y en a), à l’exotisme (on voyage), et aussi à la qualité des vilains qu’on lui met dans les pattes. Le Chiffre, magnifiquement campé par Mads Mikkelsen, a marqué les esprits dans Casino Royale, tout comme Silva, brillamment interprété par Javier Bardem, dans Skyfall. Or, Lyutsifer Safin, qu’incarne Rami Malek, paraît quand même un peu fade aux côtés de ses illustres prédécesseurs. On peut d’ailleurs en dire autant de la chanson de Billie Eilish, plutôt ordinaire.

En vérité, No Time to Die est un épisode empreint de nostalgie, un sentiment que ressent à coup sûr le spectateur en assistant au chant du cygne d’un acteur qui, sans compter le plus de films, est quand même celui ayant prêté ses traits à James Bond le plus longtemps*. Et qui, grâce à son talent d’acteur, a donné au personnage une nouvelle profondeur.

Il est d’ailleurs évident que, de la même manière qu’ils l’avaient fait lors de l’entrée de Daniel Craig avec Casino Royale, les artisans devront maintenant relancer la série sur de toutes nouvelles bases. On leur souhaite bonne chance, car la barre sera très haute.

* Never Say Never Again, dans lequel Sean Connery a repris du service en 1983, ne fait pas partie de la série officielle.

No Time to Die (Mourir peut attendre en version française) est présenté dès le 6 octobre dans quelques salles. Il prend l’affiche partout le 8 octobre.

No Time to Die

Drame d’espionnage

No Time to Die

Cary Joji Fukunaga

Avec Daniel Craig, Léa Seydoux, Rami Malek

2 h 43

½