Vivant aux États-Unis depuis qu’il a été adopté à l’âge de 3 ans, un jeune homme voit sa vie chamboulée après une altercation avec l’ex de sa conjointe.

Alexandre Vigneault
Alexandre Vigneault La Presse

Très ancré dans l’émotion, Blue Bayou manque parfois d’équilibre, mais met au jour une injustice qui déchire des vies. Le film du cinéaste américain Justin Chon lève le voile sur une réalité méconnue : le sort d’enfants adoptés à l’étranger qui vivent sous la menace d’une expulsion alors qu’ils ont passé la majeure partie de leur vie aux États-Unis. Ils seraient des dizaines de milliers au sud de la frontière à avoir une telle épée de Damoclès au-dessus de la tête, comme Antonio LeBlanc, figure centrale de son plus récent long métrage.

On ne sait pas, au début du film, ce qui lui pend au bout du nez. Antonio (Justin Chon), né en Corée et adopté en bas âge par une famille américaine de la Louisiane, ne se doute de rien lui non plus. Ce qui le préoccupe, c’est de trouver un nouvel emploi pour faire vivre sa famille. Sa femme Kathy (Alicia Wikander), déjà mère d’une fillette de 6 ans qu’Antonio considère comme sa fille, attend leur premier enfant.

Sa vie, déjà précaire, prendra un tournant dramatique après une altercation avec l’ex de sa femme, qui est policier, et son coéquipier. Injustement emprisonné, Antonio est pris en charge par l’escouade chargée de lutter contre l’immigration illégale. Il apprend alors que même s’il a été adopté par une famille américaine à l’âge de 3 ans et qu’il a toujours vécu aux États-Unis, il n’est pas un citoyen comme les autres.

Justin Chon porte Blue Bayou sur ses épaules à titre d’acteur principal, de scénariste, de réalisateur et de coproducteur. Sa principale qualité – outre son très juste jeu d’acteur – est de savoir prendre son temps. Son film, qui dure près de deux heures, installe patiemment l’atmosphère, fait ressentir la lourdeur et montre avec beaucoup de délicatesse la relation qui s’est développée entre la petite Jessie (Sidney Kowalske, excellente) et celui qu’elle appelle papa.

Difficile de ne pas s’attacher à ces deux-là. Et Justin Chon le sait. Un peu trop.

Le cinéaste mise à fond sur cette relation pour tirer des larmes aux spectateurs. Quitte à jouer avec des fils narratifs gros comme des câbles, qui posent son personnage en victime parfaite, et à aller à fond dans le pathos (les musiques ne sont pas subtiles).

Blue Bayou avance avec un seul objectif en tête : dénoncer une injustice. Il manque de finesse dans la forme, mais sur le fond, on ne peut que céder à la force de son histoire et adhérer à son propos. Comment ne pas trouver inhumain que des gens soient menacés d’être renvoyés dans un pays qu’ils ne connaissent pas après avoir passé leur vie dans celui qu’ils ont toujours considéré comme le leur ?

En salle

Blue Bayou

Drame

Blue Bayou

Justin Chon

Avec Justin Chon, Alicia Wikander, Sidney Kowalske, Linh-Dan Pham, Mark O’Brien

1 h 59

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