Notre choix

André Duchesne André Duchesne
La Presse

La Révolution tranquille n’est pas le fruit d’une génération spontanée. Elle est la résultante d’une lente mais inévitable marche des Québécois vers la réappropriation de leur identité, de leur langue, de leur culture.

Or, les fondements d’un tel mouvement se trouvent forcément en amont, que ce soit dans le système d’éducation ou ailleurs. On laissera à d’autres le soin de débattre de l’impact qu’ont eu les religieux sur le système d’éducation du Québec. Dans le cas de ce très beau film campé en 1949, disons simplement que le réalisateur Benoît Pilon nous fait voir (nous rappelle ? ) qu’il n’y avait pas que des ténèbres, mais des zones de lumière, dans la Grande Noirceur.

Cette lumière est ici portée par le frère Jean (Sébastien Ricard), intraitable progressiste au sein de sa communauté religieuse qui est tout sauf homogène. Dans ce microcosme de soutanes, il y a des adeptes du changement, des conservateurs, des éveillés, des bons vivants, etc. Par l’entremise d’un personnage, le réalisateur effleure aussi le scandale des prêtres abuseurs sans que ce soit le sujet de son film.

Mais revenons au frère Jean. À la fois passionné par l’enseignement, l’histoire et l’archéologie, il démontre un engagement qui déborde, et de loin, les heures d’enseignement. Son club Vinland, nom renvoyant au nom donné par les explorateurs vikings aux côtes de l’Amérique explorées au tournant de l’an 1000, en constitue la preuve. Ce club rassemble quelques-uns des élèves du frère Jean pour faire de l’archéologie en dilettante. Et sans doute pour pouvoir s’évader de la routine du quotidien…

PHOTO FOURNIE PAR LES FILMS OPALE

Une scène du Club Vinland

C’est dans ce contexte que Jean accueille dans sa classe Émile (Arnaud Vachon), un jeune homme qui peine à se retrouver dans la tempête de sentiments contradictoires qui l’habitent (c’est un ado) en plus d’avoir l’âme noircie par la colère d’avoir perdu son père trop jeune.

Avec grâce, le frère Jean représentera ce père, ou à tout le moins un grand frère, retrouvé. Avec lui viendra l’émulation. Et la découverte, pour Émile, de sa propre passion, le cinéma.

La comparaison avec La société des poètes disparus de Peter Weir est inévitable. D’ailleurs, Le club Vinland commence là où La société des poètes disparus se termine (ou presque) : sur une scène de théâtre, lieu de tous les éveils à une autre époque. Et l’ascendant qu’a Jean sur les garçons est aussi émouvant que celui de John Keating.

Mais il est aussi intéressant de noter que, comme Dans la passion d’Augustine, de Léa Pool, film dans lequel des religieuses faisaient l’éducation musicale de jeunes filles, les deux éléments les plus progressistes de deux communautés mènent le bal. Ailleurs, ces deux films sont très différents, mais c’est un autre débat.

Écrit en collaboration avec Normand Bergeron et Marc Robitaille, le scénario du film de Benoît Pilon a beaucoup de densité, fait bien le tour du sujet, compte plusieurs rebondissements. Tout cela se traduit par un rythme soutenu.

Le travail de l’ensemble des acteurs est à l’avenant. En frère Rosea, le supérieur psychorigide, Guy Thauvette est excellent. Tout comme Rémy Girard en frère Léon, un directeur d’école qui voit bien que le statu quo est impensable, ou Émilie Bibeau, mère aimante d’Émile et un brin amoureuse du frère Jean.

Film grand public, film d’époque, Le club Vinland est aussi un hommage aux éducateurs du Québec. Un clin d’œil leur est d’ailleurs fait dans le générique de fin où, à côté du nom de chacun des acteurs principaux, se trouve celui d’un réel enseignant, religieux ou laïque, inspirant. Décidément, ce film est tissé de belles idées jusqu’au bout.

En salle dès ce vendredi

IMAGE FOURNIE PAR LES FILMS OPALE

Le club Vinland, de Benoît Pilon

Le club Vinland

Drame de Benoît Pilon. Avec Sébastien Ricard, Arnaud Vachon, Rémy Girard.

2 h 05

★★★½