Dans les années 1940, la populaire chanteuse de jazz Billie Holiday est harcelée par les autorités au nom d’une croisade anti-drogue. On tente surtout d’empêcher l’artiste de chanter la chanson Strange Fruit, qui dénonce le lynchage des Noirs dans le sud des États-Unis.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Nous nous retrouvons ici devant le même cas de figure que La môme (La vie en rose) ou Judy. C’est-à-dire qu’à l’instar de Marion Cotillard pour Édith Piaf et Renée Zellweger pour Judy Garland, Andra Day transcende les écueils du biopic classique en offrant une performance éblouissante. En se glissant dans la peau de l’immortelle chanteuse de jazz Billie Holiday, en lui prêtant aussi sa voix, au timbre si particulier, la chanteuse, qui trouve ici son premier grand rôle au cinéma, affiche du même coup un remarquable talent d’actrice.

Il y a près de 50 ans, Diana Ross, citée aux Oscars, avait marqué les esprits dans Lady Sings the Blues, un film réalisé par Sidney J. Furie, dans lequel la vie de Billie Holiday était retracée depuis l’enfance. Lee Daniels (Precious, The Butler), qui porte ici à l’écran un scénario de Suzan-Lori Parks, inspiré du livre Chasing the Scream, de Johann Hari, s’attarde plutôt à l’acharnement dont a fait preuve le FBI en faisant de la chanteuse la figure emblématique de leur croisade antidrogue. En cette époque encore ségrégationniste, la seule interprétation de la chanson Strange Fruit, considérée comme subversive parce qu’elle dénonce le lynchage de Noirs par des suprémacistes blancs dans le sud des États-Unis, pouvait lui valoir l’intervention de la police, même au beau milieu d’un concert.

Il se trouve que sur le plan narratif, le récit est un peu éparpillé. Lee Daniels a aussi parfois recours à des effets de style qui ne se révèlent pas toujours heureux dans les circonstances. Cela dit, The United States vs. Billie Holiday est un film à voir, d’abord pour la performance d’Andra Day (on se précipite sur la trame sonore !), mais aussi parce que ce drame biographique de Lee Daniels s’inscrit dans le courant de ces œuvres – Judas and the Black Messiah en tête – à travers lesquelles les cinéastes afro-américains se réapproprient leur histoire.

The United States vs. Billie Holiday sera offert en vidéo sur demande le 2 mars, en version originale anglaise.

AFFICHE FOURNIE PAR LES FILMS SÉVILLE

The United States vs. Billie Holiday, de Lee Daniels

Drame biographique
The United States vs. Billie Holiday
Lee Daniels
Avec Andra Day, Natasha Lyonne, Garrett Hedlund
2 h 10
★★★½