D’un côté, il y a le réalisateur de films comme Garçon d’honneur, Salé, sucré, The Ice Storm, Tigre et dragon, Lust, Caution, bref, celui qui, deux fois déjà, a obtenu l’Oscar de la meilleure réalisation (Brokeback Mountain en 2006 et Life of Pi en 2013). De l’autre, il y a celui qui s’attaque à des productions typiquement hollywoodiennes comme Hulk ou, plus récemment, Billy Lynn’s Long Halftime Walk. Gemini Man (L’homme gémeau en version française), produit par le nabab Jerry Bruckheimer (Top Gun, la série Pirates of the Caribbean), fait résolument partie de la seconde catégorie.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Féru de nouvelles technologies, le cinéaste taïwanais a tourné son film d’action en repoussant encore les limites de la haute définition (Gemini Man a été tourné en 4K et en 3D), ce qui, pour finir, donne un résultat un peu étrange. Indéniablement, le film impressionne sur le plan technique, d’autant qu’ici, un « vrai » Will Smith âgé de 23 ans, mélange d’images de synthèse et de captures de mouvements, donne la réplique au Will Smith d’aujourd’hui, maintenant quinquagénaire.

Même si ces images visent une nouvelle forme de réalisme en permettant au spectateur de vivre une expérience immersive, elles font paradoxalement ressortir l’aspect artificiel, factice du cinéma. Dans ce contexte, les acteurs semblent avoir un peu plus de mal à offrir un niveau de jeu crédible. Et les scènes d’action, souvent vertigineuses, nous font rarement oublier toute la logistique qu’il aura fallu pour les mettre au point.

Des sensations fortes

IMAGE FOURNIE PAR PARAMOUNT PICTURES

Gemini Man

Ce film, que le producteur traîne dans ses tiroirs depuis 22 ans, ne brille pas non plus par l’originalité de son récit, mais Ang Lee en tire quand même le maximum. Le cinéaste utilise en fait cette histoire déjà maintes fois déclinée en plusieurs films — celle d’un tireur d’élite qu’on veut éliminer quand sonne l’heure de la retraite — comme un prétexte pour faire vivre au spectateur des sensations fortes. Dans ce cas-ci, le mentor et patron du franc-tireur établit un plan pour éliminer ce dernier en lui envoyant dans les pattes un clone de lui-même, d’une trentaine d’années plus jeune. La logique ? On ne peut venir à bout d’un être d’exception à moins de lui faire affronter un être tout aussi talentueux, mû de surcroît par l’énergie de sa jeunesse.

Comment en est-on arrivé là ? Quel chemin tortueux de la science et du destin aura-t-on arpenté pour créer un tel clone ? Dans quel but ? Rien de tout cela, ou à peu près, ne sera expliqué. On préfère plutôt nous entraîner dans un monde où cette réalité existe, et où la frontière entre le réel et la création artificielle est déjà tombée. Point de grande discussion philosophique sur la nature éthique et morale du phénomène, même si le personnage du mentor, interprété avec la froideur requise par Clive Owen, est l’incarnation de la déshumanisation dans laquelle le monde semble s’être engagé inéluctablement.

À l’arrivée, Gemini Man emprunte davantage les allures d’une enlevante randonnée en montagnes russes, à vivre préférablement en 3D.

★★★

Thriller. Gemini Man (V.F. : L’homme gémeau). Ang Lee. Avec Will Smith, Clive Owen, Mary Elizabeth Winstead. 1 h 47.

> Consultez l’horaire du film : https://ouvoir.ca/2019/gemini-man