Dans le monde très fréquenté du portrait de l’adolescence, Anne Émond débarque de façon inattendue. Avec ses atours de tendre comédie, Jeune Juliette ne pourrait être de tonalité plus différente de Nuit #1, Les êtres chers et Nelly, les trois longs métrages précédents de la cinéaste.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

En évoquant l’époque charnière qu’est la préadolescence, la réalisatrice, qui porte à l’écran son propre scénario, s’inscrit d’emblée dans la lignée de films récents à la Eighth Grade (Bo Burnham) et Booksmart (Olivia Wilde).

Jeune Juliette fait partie de ces œuvres qui parviennent à saisir de façon très juste le questionnement existentiel lié à ces étapes cruciales de la vie que sont les passages menant à l’adolescence et à l’âge adulte.

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Alexane Jamieson dans Jeune Juliette, un film d’Anne Émond

Juliette (formidable Alexane Jamieson) est une jeune fille de 14 ans « enrobée ». La question de son apparence ne lui avait jamais vraiment effleuré l’esprit jusqu’à son arrivée à l’école secondaire. Là se situe d’ailleurs le prix de cette Jeune Juliette : jamais la préadolescente ne se pose en victime. Le regard qu’elle porte sur son existence reste toujours très tranchant – et très drôle –, même si de vrais déchirements intérieurs se révèlent parfois, avec cette envie d’aller voir ailleurs si elle y est, sans vraiment savoir non plus ce qu’elle cherche.

Le point de vue de Juliette

Le récit emprunte toujours le point de vue de Juliette, autant dans ses rapports avec sa meilleure – et seule – amie (Léanne Désilets) qu’avec ceux qu’elle entretient avec son frère un peu plus âgé (Christophe Levac), dont le meilleur copain (Antoine Desrochers) nourrit allègrement ses fantasmes en se plaçant au cœur d’une grande histoire d’amour imaginaire. Il y a Arnaud (irrésistible Gabriel Beaudet), le petit garçon « différent » qu’elle garde de temps à autre. Il y a aussi ceux qui tentent de l’intimider à l’école, à qui elle répond souvent de verte façon, sans oublier tous les adultes de son entourage.

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Jeune Juliette

À cet égard, on souligne les présences de Karl Farah, impayable en prof de gym, Stéphane Crête, prof solidaire, Myriam Leblanc dans le rôle de la mère – un peu intense – d’Arnaud, et surtout Robin Aubert. Grâce à son sens de la réplique et à son attitude paternelle compréhensive, jumelés au personnage qu’il a interprété dans Une colonie, de Geneviève Dulude-Decelles, cette composition pourrait faire de l’acteur l’incarnation même du papa de l’année !

Magnifiquement dialogué, parsemé aussi de scènes qui font rire sans jamais forcer le trait, le récit est visiblement nourri de la propre expérience d’une cinéaste qui semble prendre ici une douce revanche sur sa propre adolescence.

En dessinant un personnage avec du répondant, à l’imagination très fertile, qui ne s’excuse aucunement d’exister, Anne Émond propose un portrait très actuel, même si les phénomènes associés à notre époque ne sont pas directement abordés. L’histoire est en effet davantage axée sur les personnages plutôt que sur leur vie virtuelle et l’influence des médias sociaux. D’où cette authenticité émanant d’un long métrage qui, à l’instar de plusieurs autres films de même nature (on pense à L’effrontée de Claude Miller), devrait aisément franchir l’épreuve du temps.

★★★★ Jeune Juliette. Comédie dramatique d'Anne Émond. Avec Alexane Jamieson, Léanne Désilets, Robin Aubert. 1 h 33. > Consultez l'horaire du film