Bon, c'est vrai. On exagère un peu quand on parle de documentaire réinventé. Mais à peine.

Mis à jour le 25 janv. 2019
ANDRÉ DUCHESNE LA PRESSE

Parce que Jean-Marc E. Roy n'a pas cédé au chant des sirènes. Même s'il avait un parti pris assumé et une immense admiration pour son sujet, il ne s'est pas contenté de tendre le micro à d'autres admirateurs d'André Forcier pour les faire platement témoigner à la caméra.

À travers ses films tels L'eau chaude, l'eau frette, Au clair de la lune, Embrasse-moi comme tu m'aimes et, bien entendu, Une histoire inventée, auquel le titre du film de Jean-Marc E. Roy fait un clin d'oeil, André Forcier a été, et est toujours, le cinéaste du singulier. Celui des quartiers populaires. Celui de personnages à la fois de condition modeste et plus grands que nature.

Avec cette prémisse, il fallait un documentaire sortant des ornières. C'est le cas. Et c'est d'autant plus réjouissant que Jean-Marc E. Roy a fait son film avec peu de moyens, peu de temps et peu d'argent (ni la SODEC ni Téléfilm n'ont financé la production).

Ainsi, le réalisateur a littéralement recréé des scènes phares de plusieurs films de Forcier dans lesquels la grande majorité des acteurs de l'époque ont repris leur rôle.

Mieux encore, le réalisateur a demandé à Forcier de regarder ces scènes de loin ou même de les traverser. Cette mise en scène non seulement permet de surprenants retours en arrière, mais se veut aussi une représentation extrêmement lucide du passage du temps sur tout un chacun.

Plusieurs des participants sont invités à exprimer la place qu'a eue le cinéaste dans leur carrière et son apport au cinéma québécois. Le réalisateur n'a pas non plus oublié de camper son histoire à Longueuil, que Forcier habite depuis fort longtemps.

Bien sûr, André Forcier intervient plusieurs fois dans le film pour émettre quelques réflexions tant sur sa démarche artistique que sur ce qu'il fait entre deux tournages, ses angoisses personnelles ou ses débuts très modestes.

Ailleurs, on remarque beaucoup de constance dans cet opus, que ce soit dans le rythme, l'intérêt, la force des plans. «La vie est imprévisible et la plupart des films ont le malheur d'être prévisibles», dit Forcier dans un passage. Avec son documentaire atypique et émaillé de beaucoup de tendresse, Jean-Marc E. Roy ne saurait mieux rendre hommage à cette réflexion.

* * * 1/2

Des histoires inventées. Documentaire de Jean-Marc E. Roy. Avec André Forcier, Marie Tifo, Michel Côté. 1h11.

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Image fournie par Spira Films

Des histoires inventées