Chantal Guy LA PRESSE

Elle a beau être la digne fille de Francis Ford, Sofia Coppola appartient, cinématographiquement parlant, à la famille de Gus Van Sant (Gerry, Elephant et Last Days). Comme lui, elle s'intéresse à l'adolescence ; comme lui, elle compose un triptyque impressionniste sur le sujet (Virgin Suicide, Lost in Translation), qui culmine avec l'appropriation d'une figure connue ; Kurt Cobain pour Sant, Marie-Antoinette pour Coppola. Deux personnages qui ont perdu la tête, faut-il le rappeler... Et des univers où la vacuité apparente ne sert qu'à masquer une tragédie plus profonde.

En fait, Sofia Coppola s'offre plus qu'elle nous donne ce Marie-Antoinette, sorte de délire girly orgiaque qui risque de donner la nausée à plusieurs tant il est sucré et rose-bonbon. Les gars, surtout, vont s'y plaire autant qu'à une longue séance de shopping avec leurs blondes. L'égérie fashion des designers et l'héritière du clan Coppola s'est payée la totale (Versailles qu'elle remplit des pâtisseries de Ladurée) et fait joujou avec son cadeau pendant deux bonnes heures, qui seront interminables pour certains, ravissantes pour d'autres. Elle va jusqu'à redéfinir le genre «film à costumes» - Kirsten Dunst ne porte jamais deux fois la même robe - pour n'en faire que cela : un magazine de mode parfumé d'où la «vraie vie» est absente, comme on sait. Le désir de Marie-Antoinette d'accéder à une existence plus simple et dépouillée, loin du faste de Versailles, n'en est que plus pathétique ; se créer une bulle rose dans une cage dorée n'est pas précisément voir la réalité en face.

La cour de Versailles comme cour d'école ou cercle privilégié de Hollywood, de toutes façons, les codes sont les mêmes dans une microsociété qui ne tourne qu'autour de son nombril, indifférente au reste du monde, qu'on soit dans les années 80 du XVIIIe siècle ou du XXe siècle. Sofia Coppola peut bien y ajouter les pièces favorites de son Ipod (Siouxsie and the Banshees, The Cure, New Order, Bow Wow Wow), elle demeure en terrain connu - nous aussi. Et Marie-Antoinette est la petite nouvelle, forcée de se tailler une place et une identité dans cette microsociété puérile, vaine et superficielle. Comment devenir soi entouré de faux, même s'il est beau?

Dans cet exercice personnel (probablement trop!), audacieux mais pas toujours des plus réussis, la vérité historique importe peu, et pourtant, Sofia Coppola dresse ici l'un des portraits les plus fidèles peut-être de Marie-Antoinette, qu'on a rarement incarnée au cinéma au bon âge, avec tant de candeur. Si la réalisatrice dit s'être inspirée de la biographie d'Antonia Fraser, on pense surtout à celle de Stefan Zweig, qui nous a fait découvrir que cette petite reine étourdie de 18 ans n'avait d'autre souci que d'être la femme la plus admirée du royaume, à cause de la stérilité de son couple. On ne voit pas le peuple, on n'apprend rien de la politique? Normal, Marie-Antoinette non plus ne voyait pas ces choses tellement son monde était sous verre. La Révolution n'en sera que plus cruelle, du moins pour elle.

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MARIE-ANTOINETTE, drame de Sofia Coppola. Avec Kirsten Dunst et Jason Schwartzman.

Un portrait coloré et audacieux de Marie-Antoinette, dernière reine de France guillotinée en 1793.

Ceci n'est pas un film historique.