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Les coulisses d'Incendies : plonger dans le décor

Anaïs Barbeau-Lavalette... (Photo:Simon Chabot, La Presse)

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Anaïs Barbeau-Lavalette

Photo:Simon Chabot, La Presse

En parallèle du travail de recherche pour son deuxième long métrage de fiction, dont l'action se déroule en Palestine, la cinéaste Anaïs Barbeau-Lavalette (Le ring) a accepté de réaliser le making-of d'Incendies, de Denis Villeneuve, qui s'ests déroulé en grande partie en Jordanie. Histoire d'un projet plus révélateur que prévu.

Sur le tournage d'Incendies, il y a presque toujours deux caméras. Celle de Denis Villeneuve et celle d'Anaïs Barbeau-Lavalette. Mais l'objectif de la cinéaste de 30 ans n'est pas toujours tourné vers le réalisateur d'Un 32 août sur terre et de Polytechnique. Le plus souvent, elle scrute les alentours, filme les acteurs, les figurants ou les passants, à la recherche des petites histoires en orbite autour de la grande, tirée de la pièce de Wajdi Mouawad en cours d'adaptation pour le grand écran.

«L'expérience est vraiment plus riche que je ne l'aurais cru, raconte Anaïs Barbeau-Lavalette, assise sur le toit d'un immeuble qui offre une vue magnifique sur Amman, la capitale de la Jordanie, où Incendies a été tourné en partie, plus tôt ce mois-ci. C'est plus qu'un simple making-of; je vais pouvoir dire que j'ai fait un nouveau film. Je suis super contente.»

Ce film, dont l'objectif est en quelque sorte de montrer l'envers du décor, a pris forme au fil de rencontres marquantes. Avec des réfugiés, surtout. Exemple: «Dans un camp, on a réussi à se faufiler chez les gens pour filmer l'équipe d'Incendies de différents points de vue, explique Anaïs Barbeau-Lavalette. Dans la maison, un vieux Palestinien magnifique, presque aveugle, réfugié en Jordanie depuis 1948, nous raconte que, d'après lui, malheureusement, les guerres ne se terminent jamais. Dans ses bras, il porte un bébé presque naissant qui s'appelle Gaza. Des trésors de rencontres comme celles-là, on en a fait plein.»

Anaïs Barbeau-Lavalette a habité un temps la Palestine, où elle aimerait bien tourner son prochain film, Inch'Allah, toujours en développement. Ce séjour lui a permis d'apprendre l'arabe, qu'elle comprend et parle assez bien pour franchir la barrière de la langue. Pour ouvrir des portes ou lancer des discussions, elle compte aussi sur l'aide d'une assistante jordanienne.

Une soixantaine de rôles parlants ont été attribués en Jordanie. Sans compter tous les figurants. Une tâche colossale pour la production, mais aussi une formidable occasion d'échanges pour Anaïs Barbeau-Lavalette.

«Sur le crime d'honneur, qui est présent dans Incendies, nous avons eu des discussions incroyables avec des femmes qui jouent dans le film, relate la cinéaste. Si, comme un personnage du film, une de leurs filles avait eu un enfant hors mariage avec un homme d'une autre communauté religieuse, c'est certain, disent-elles, qu'elles auraient tué et la fille et l'enfant. Pour elles, c'est indiscutable.»

Le tournage d'Incendies, qui récrée des scènes de guerre, ravive parfois des plaies mal cicatrisées. «Dans une scène, un figurant se fait tirer une balle dans la tête, se souvient Anaïs Barbeau-Lavalette. Il nous raconte ensuite qu'on lui a déjà posé un fusil sur la tempe quand il travaillait pour Saddam Hussein. La scène est comme une reconstitution de son souvenir. C'est très puissant. Même si c'est très dur pour ces gens de nous raconter leur histoire, on sent chez eux un soulagement que la guerre soit dite, partagée, même si c'est au cinéma.»

Le prix de la paix


La Jordanie a la réputation d'être un havre de paix dans une région du monde souvent éprouvée par la guerre. Le pays a accueilli des millions de réfugiés palestiniens, en plusieurs vagues, depuis la création d'Israël en 1948. Puis des centaines de milliers d'Irakiens après l'invasion américaine en 2003. Or, dans un tel contexte, la paix a un prix, a constaté Anaïs Barbeau-Lavalette.

«Ici, on a l'impression que tout va bien, avance-t-elle. Personne ne dit rien, pourtant il y a des tensions entre les Palestiniens et les Jordaniens, comme il y en a entre les réfugiés palestiniens et irakiens. Tout est réprimé, personne ne peut parler. C'est super troublant, il y a comme une entente tacite pour garder le secret, faire comme si tout allait bien. Si ces injustices étaient nommées, tout risquerait de péter. On se rend compte que la Jordanie, c'est une poudrière. La paix, elle est achetée, en fait.»

En Jordanie, le silence est d'or, comprend-on, et certains ont avantage à ce qu'il ne soit pas brisé. «On est parfois surveillés par l'armée et la police, raconte encore Anaïs Barbeau-Lavalette. On nous met des bâtons dans les roues quand on cherche à recueillir des récits personnels. En Palestine, la violence est plus présente, mais tout peut être dit. Pas ici. C'est ma plus grosse découverte en Jordanie.»

Anaïs Barbeau-Lavalette raconte son expérience de tournage en Jordanie sur le blogue incendies.wordpress.com. Le making-of d'Incendies, produit par micro_scope, sera diffusé par Radio-Canada.




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