André Duchesne LA PRESSE

Auteur de nombreux films documentaires, le cinéaste Guy Simoneau s’intéresse, pour une seconde fois, au peuple inuit du Nunavut. Sa plus récente oeuvre, Qallunaaliaqpallianiq-Direction Sud porte sur les Inuits qui s’installent dans les grands centres métropolitains du pays et sont, chacun à leur façon, des exemples pour leur communauté. Son film sera présenté ce soir à Zone Doc sur les ondes de Radio-Canada.

Q. Après Le voyage de Sara, vous nous proposez un second documentaire sur les Inuits. Pourquoi?

R. Au cours de mes rencontres avec les gens du Nunavit, il y a eu cette inquiétude, plusieurs fois exprimée, voulant que les Inuits soient perçus uniquement à travers leurs problèmes. Or, il y a bien autre chose. Plusieurs Inuits choisissent de descendre au Sud où ils s’installent et réussissent. À travers quelques Inuits qui ont fait cette démarche (une étudiante en droit à l’Université Laval, une travailleuse communautaire d’Ottawa, un artiste très réputé de Toronto, etc.), j’ai voulu proposer un regard différent sur ce qu’ils sont et ce qu’ils réalisent. Ce qui me frappe avec eux, c’est qu’on est rarement dans des histoires individualistes. Ils sont moins carriéristes que nous.

Q. Justement, ceux qui s’installent au Sud réussissent-ils?

R. La grande majorité d’entre eux réussissent la transition. Bien sûr, il y a des problèmes. Les «poqués» sont très visibles. D’autres vont avoir certaines difficultés d’adaptation. Par exemple, des étudiants au baccalauréat vont avoir besoin de 4, 5 ou 6 ans au lieu de trois pour faire leurs études. Mais en parallèle, il y a tous ces gens qui s’installent, travaillent (beaucoup dans les services), fondent des familles, envoient leurs enfants à l’école. Ceux-là, on ne les voit pas, mais ils forment la majorité des Inuits installés au Sud. Et il y a toute cette jeune génération qui s’exprime davantage, est plus flamboyante, etc. Ces jeunes forment des modèles positifs pour leur communauté.

Q. Un de vos personnages, Marie, déplore que les Blancs (anthropologues, journalistes) passent au Nord prennent leurs renseignements et disparaissent. Qu’est-ce que les Inuits souhaitent de la visite des Blancs?

R. Ils ont souvent l’impression que les gens de passage prennent des images, des photos, qui montrent le côté misérabiliste et négatif de leur existence. Or, il n’y a pas que ça! Au final, ce genre de comportement crée un clivage avec ces communautés. Ils seront beaucoup plus ouverts si la visite des Blancs se fait dans un esprit d’échange et d’ouverture.