Dans la brume, récompensé récemment à Fantasia, constitue une aventure particulière. Dans ce film catastrophe, une histoire de survie à Paris, l'acteur français Romain Duris a dû relever un défi d'acteur inhabituel pendant que le cinéaste québécois Daniel Roby s'est affairé à trouver des astuces de mise en scène pour être à la hauteur du genre. Pari réussi.

Mis à jour le 6 août 2018
Marc-André Lussier LA PRESSE

Avant de s'atteler à Dans la brume, Daniel Roby avait déjà travaillé en France en signant la réalisation de quelques épisodes de la populaire série Versailles. Il appert pourtant que le feuilleton historique a finalement peu à voir avec les raisons de son embauche par les producteurs du film.

« Mon film Funkytown [avec Patrick Huard] n'est jamais sorti en salle là-bas, mais il m'a valu l'attention des gens de Canal+ d'abord, qui m'ont embauché pour Versailles, et ensuite celle de la maison de production Quad, à la tête du projet Dans la brume, explique le cinéaste. Un collègue réalisateur de Versailles, Thomas Vincent, leur a parlé de moi, mais c'est quand ils ont vu Funkytown qu'ils ont accroché. Ils ont vraiment adoré. Ils ont aussi lu le scénario de Gut Instinct [le film qu'il a écrit et qu'il vient de tourner], l'ont aimé, et ils ont vraiment cherché un projet auquel nous pourrions collaborer. »

Un budget conséquent, mais modeste

«  Dans la brume s'inscrit dans un genre assez rarement abordé dans le cinéma français. D'où la volonté de s'assurer de bien pouvoir faire les choses, avec des moyens conséquents, même s'ils restent très modestes si on les compare aux productions hollywoodiennes du même genre. Le film a été produit avec un budget d'environ 15 millions de dollars.

« Il y a en France plus de moyens qu'au Québec, mais ce genre de film requiert habituellement un budget plus important quand même. Une fois que j'ai donné mon accord, je suis allé passer deux mois à Paris, seulement pour analyser la faisabilité technique dans le cadre budgétaire qu'on nous allouait. Au Québec, il faut toujours trouver des solutions pour faire plus avec moins. Cette partie de mon expertise les a sans doute séduits ! Le tournage a été complexe et le contexte budgétaire était extrêmement serré. Aussi ai-je eu l'idée de faire appel à Christian Larouche [Films Christal] pour en faire une coproduction avec le Québec et ainsi compléter le budget. La moitié des effets visuels ont été réalisés ici. Une partie de la postproduction aussi. »

Au même niveau 

Sans rien divulgâcher de l'intrigue d'un film dans lequel des êtres tentent de survivre alors que Paris est entièrement recouvert d'une fumée étrange et toxique au sol, il est indéniable que Daniel Roby a dû faire des choix sur le plan narratif. Particulièrement sur ce qu'il peut se permettre de dévoiler au spectateur. Ou pas.

« J'aime quand le spectateur est au même niveau que les personnages et qu'il n'en sait pas plus qu'eux. On vit alors l'expérience d'un même point de vue, de façon immersive. Ce fut mon parti-pris. »

- Le réalisateur Daniel Roby

Quand les producteurs ont lancé leur idée auprès de Daniel Roby, le nom de Romain Duris a été évoqué. Dans l'esprit de tout le monde, il était l'interprète idéal, d'autant qu'il fait partie des acteurs français les plus estimés.

« Sans Romain, il est certain que le film aurait été encore plus difficile à financer. Les studios n'auraient sans doute pas voulu prendre un risque sans une vedette de ce calibre. Olga Kurylenko (Quantum of Solace) faisait aussi partie des actrices suggérées par les producteurs. Ayant passé son adolescence à Paris, elle peut jouer en français sans problème. Je trouvais l'idée fort intéressante, mais il y avait des conflits d'horaire. J'ai sauté dans l'Eurostar pour aller la rencontrer à Londres et prendre un café avec elle. Ça s'est super bien passé. Et elle a pu se libérer pour le tournage ! »

Une version peaufinée

Sorti au mois d'avril en France, Dans la brume a généralement suscité des commentaires favorables. Il a attiré plus de 250 000 spectateurs dans les salles. 

Les cinéphiles québécois auront par ailleurs droit à une version légèrement différente, peaufinée par le cinéaste lui-même.

« Je tenais à modifier certaines choses, notamment le dénouement. Il est maintenant plus limpide, plus clair. J'ai aussi remplacé quelques scènes par des prises différentes, où j'estimais le jeu des acteurs encore plus juste. »

Le cinéaste dit être particulièrement sensible à l'accueil favorable que son film a reçu jusqu'à maintenant.

« Être choisi pour ouvrir Fantasia m'a très agréablement surpris. Obtenir le prix du meilleur film, encore plus ! Je trouve vraiment extraordinaire ce qui arrive ici, alors qu'au départ, il s'agit d'un film commercial de commande pour la France. Bien sûr, j'y ai mis autant de coeur que dans mes films plus personnels et je me suis autant fendu les veines que pour les autres. Je suis d'autant plus heureux de présenter ma propre version au public québécois. Cet accueil justifie mon obsession ! »

Dans la brume prendra l'affiche le 10 août.

Photo fournie par les Films Séville

Daniel Roby sur le plateau de Dans la brume