Grand ami des stars, agent d'artistes, producteur, parfois acteur, délégué général du Festival du film francophone d'Angoulême et à l'origine de la série Dix pour cent, qu'il produit et dont il participe à l'écriture des scénarios, Dominique Besnehard est une figure incontournable du cinéma français. À la faveur d'une leçon de cinéma au Festival international du film de l'Outaouais, La Presse a pu s'entretenir avec celui qui a aussi su tisser des liens étroits avec le cinéma québécois. Morceaux choisis.

Mis à jour le 5 avr. 2018
Marc-André Lussier LA PRESSE

MARIPIER MORIN, LA NOUVELLE BARDOT !

Même s'il n'est pas impliqué dans la production de La chute de l'empire américain, le nouveau film de Denys Arcand, Dominique Besnehard a déjà eu l'occasion d'en voir un premier montage. Non seulement il est enthousiaste à propos du film, dans lequel le réalisateur des Invasions barbares se ferait cette fois très grinçant, mais il ne tarit pas d'éloges non plus à propos d'une jeune actrice qui, jusque-là, lui était parfaitement inconnue : Maripier Morin. « Elle crève l'écran, cette fille, c'est une bombe ! dit-il. Est-ce vrai qu'elle provient d'une téléréalité ? En tout cas, moi, elle m'a soufflé. À mes yeux, c'est une nouvelle Bardot ! », estime Dominique Besnehard en entrevue.

UNE VIE AU SERVICE DE SES IDOLES

Même si ses parents n'étaient pas du tout du milieu, Dominique Besnehard a grandi en nourrissant une véritable passion pour ses idoles. Il a trouvé sa vocation le jour où, âgé d'à peine 19 ans, un réalisateur l'a embauché comme directeur du casting et de la figuration d'un téléfilm.

Développant une véritable expertise dans le domaine, il révèle par la suite Juliette Binoche, Richard Anconina, Béatrice Dalle et bien d'autres. Il devient ensuite l'agent de tellement de vedettes que la liste serait trop longue à faire ici : Isabelle Adjani, Nathalie Baye, Jeanne Moreau, Charlotte Gainsbourg, Jean-Louis Trintignant, François Ozon. Depuis 10 ans, il codirige avec un associé sa propre maison de production. « C'est ce qui me passionne maintenant. Ça et la programmation du festival d'Angoulême, dont nous avons célébré le 10e anniversaire l'an dernier. »

UN ALLIÉ DU CINÉMA QUÉBÉCOIS

La première visite de Dominique Besnehard au Québec remonte à... 1975 ! À l'époque, le jeune directeur de casting a eu le mandat de trouver deux jeunes actrices québécoises en vue du tournage du film de Claude Berri La première fois. Danielle Schneider et Maryse Raymond ont eu l'honneur de travailler sous la direction du réalisateur de Germinal pour jouer les rôles de « jeunes Canadiennes » dans ce film français.

Depuis, Dominique Besnehard a régulièrement séjourné en nos terres afin de se tenir bien au fait de notre actualité cinématographique, d'autant qu'il collabore parfois avec des producteurs d'ici. L'âge des ténèbres, le film de Denys Arcand, a d'ailleurs marqué sa toute première incursion dans le domaine de la production. La productrice Denise Robert, qui le connaît depuis 30 ans, le considère comme un membre de sa famille. « Dominique est plus qu'un ami personnel, dit-elle. Nous nous appelons régulièrement et nous nous voyons chaque fois que l'un ou l'autre traverse l'Atlantique. »

À titre de délégué général du Festival du film francophone d'Angoulême, il profite aussi de ses passages chez nous pour regarder des films qui pourraient faire partie de sa sélection. « Plusieurs films québécois sont montrés en Europe pour la première fois à Angoulême, explique-t-il. Il y a quelques années, Catimini, un film remarquable de Nathalie Saint-Pierre, a d'ailleurs reçu chez nous le prix du meilleur film. Je déplore qu'il n'ait pas eu le succès qu'il mérite, ni au Québec ni ailleurs ! »

DIX POUR CENT ? C'EST SA VIE !

Les tournages de la troisième saison de la série à succès Dix pour cent, connue du public international sous le titre Appelez mon agent, auront lieu bientôt. Dominique Besnehard est évidemment ravi du succès qu'obtient cette série, largement inspirée de sa propre expérience à l'époque où il était lui-même agent d'artistes. Il attend avec enthousiasme la version québécoise que diffusera à l'automne le réseau TVA, dont les tournages des premiers épisodes commenceront à la fin du mois.

« Dominique nous a toujours bien soutenus », fait remarquer Richard Lalonde, producteur avec Sophie Lorain de la série québécoise, dont les épisodes sont écrits par Catherine Léger et dont la réalisation est assurée par Alexis Durand-Brault. « Nous avons même eu la chance de lire les scénarios de la série française avant même qu'ils soient produits. Ça nous a tout de suite enthousiasmés ! »

Dominique Besnehard produit aussi Pauvre Georges, un long métrage de Claire Devers dont les têtes d'affiche sont Grégory Gadebois et Monia Chokri, en collaboration avec la société québécoise Forum Films, que dirige Richard Lalonde.

DU MAL À CROIRE AU TESTAMENT DE JOHNNY...

Pour la plupart d'entre nous, l'affaire du testament de Johnny Hallyday emprunte l'allure d'un feuilleton dont l'issue semble aussi lointaine qu'imprévisible. Pour Dominique Besnehard, cette histoire comporte des résonances beaucoup plus personnelles.

Très proche de Nathalie Baye, qui a été la conjointe de la rock star dans les années 80, l'homme est aussi le parrain de Laura Smet, seule enfant née de cette union. À l'instar de David Hallyday, son demi-frère aîné, la jeune femme conteste le testament de son père, rédigé à Los Angeles en 2014, dont elle est exclue. Le tribunal aura bien sûr à trancher dans cette bataille autour de la succession. Les avocats des aînés du chanteur se sont en outre interrogés vendredi dernier sur la qualité d'exécuteur testamentaire de Laeticia, femme de l'icône, alors que cette dernière est l'unique bénéficiaire du ou des trust(s) réunissant les actifs du chanteur, selon des structures juridiques du droit américain.

« C'est très dur pour Laura, confie son parrain. Son père lui a beaucoup manqué. Ce testament, c'est quand même une claque. Je vais vous dire : j'ai vu Johnny il y a deux ans lors d'un spectacle qu'il a donné à Angoulême. C'était l'hiver. Je suis descendu en voiture de Paris exprès pour voir chanter Johnny en province. J'ai passé une soirée avec lui et il m'a parlé de Laura d'une façon très affectueuse et extrêmement émouvante. Je peux difficilement imaginer qu'il ait pu rédiger ce genre de testament deux ans auparavant. Il m'a dit : "Ma fille, elle a mes yeux, on se ressemble beaucoup, et elle a la même fêlure que moi." Il a quand même dit ça ! Cela dit, Johnny était un personnage complexe. Il était très gentil, mais c'était aussi un monstre, sacré bien sûr, mais un monstre néanmoins. Laeticia a vécu avec lui plus de 20 ans, et ça ne devait pas être simple tous les jours. Quand Laura était petite, Laeticia n'a cependant rien fait pour la rapprocher de son père. Je ne sais pas comment tout cela va finir, mais ce serait dur à prendre que la législation américaine ait préséance dans une affaire qui concerne la plus grande vedette de France, pour qui des obsèques nationales furent organisées. Pour l'image de notre pays, c'est quand même terrible. Je sais aussi que l'opinion publique est de tout coeur avec David et Laura. »

JOUER DE SON IMAGE

Dominique Besnehard est régulièrement sollicité par les cinéastes pour jouer de petits rôles. Sur ce plan, sa filmographie à titre de comédien impressionne. Plus d'une cinquantaine de participations figurent sur la liste, dont celle, marquante, d'À nos amours, le film de Maurice Pialat qui a révélé Sandrine Bonnaire en 1984. Plus récemment, on a pu le voir dans le film de Michael Haneke Happy End. « Les choix me dépassent parfois, dit-il. Dans le Haneke, la scène que j'ai eu à jouer est très forte. Elle m'a même valu une invitation à aller faire des essais en vue d'un rôle principal dans un film très attendu. C'est insensé. Le film de Pialat est resté dans la tête des gens, je crois. J'aime bien faire l'acteur pour une scène ou deux, mais sur la durée de tout un tournage, franchement, je ne sais pas. »

Photo Bertrand Calmeau, fournie par Cinémaginaire

Alexandre Landry et Maripier Morin dans La chute de l'empire américain de Denys Arcand

Photo fournie par Les Films Séville

Marc Labrèche dans L'âge des ténèbres, un film de Denys Arcand que Dominique Besnehard a coproduit avec Denise Robert