Même si elle dit être un peu distante de nature, Valérie Lemercier a dû partager une intimité avec un partenaire de jeu comme elle ne l'avait jamais fait auparavant. Dans le nouveau film de Valérie Donzelli, l'expression «relation fusionnelle» prend tout son sens...

Mis à jour le 22 juill. 2013
Marc-André Lussier LA PRESSE

Même s'ils n'avaient jamais travaillé ensemble au cinéma auparavant, Valérie Lemercier, Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm se connaissent depuis longtemps. Après La guerre est déclarée, un film qui n'exploitait aucun pathos, mais dont le sujet était quand même grave (la maladie d'un enfant), Valérie Donzelli avait envie d'écrire - avec son fidèle complice Jérémie Elkaïm - une histoire plus légère, plus fantaisiste. Dans laquelle Valérie Lemercier pourrait faire valoir une facette différente de son talent.

«C'est tout ce que j'ai su au départ, raconte l'actrice au cours d'une interview accordée à La Presse en marge des Rendez-vous du cinéma français, un événement annuel organisé par Unifrance. Valérie m'avait dit que Jérémie et elle allaient écrire une histoire campée dans le milieu de la danse, mais il s'agit du seul indice dont j'ai pu disposer. Nos amis communs avaient même reçu l'ordre de ne rien me dire! Même si j'étais en confiance - je connais Valérie et j'aime son univers -, j'avoue que j'appréhendais quand même un peu la chose. Quand quelqu'un écrit un scénario sur mesure pour vous et que ça ne vous plaît pas, c'est plutôt moche. Cela peut aussi être difficile à gérer. Par chance, son scénario m'a plu. J'ai été très rassurée.

«Et puis, poursuit-elle, la perception d'un script à la lecture est évidemment tributaire de la personnalité de l'auteur. S'il avait été signé Audiard, il est évident que j'en aurais fait une autre lecture. Or, j'ai lu ce scénario en essayant de me mettre dans l'oeil de Valérie. Je sais ce qu'elle dégage physiquement, je connais son genre d'énergie, j'aime sa façon d'être toujours en mouvement. Avec elle, on se laisse emporter par la tornade!»

Comme des danseurs

Dans Main dans la main, Valérie Lemercier se glisse dans la peau d'Hélène Marchal, directrice de la prestigieuse école de danse de l'Opéra Garnier à Paris. Plutôt solitaire de nature, cette femme entretient une relation très forte avec sa meilleure amie (Béatrice de Staël), basée sur une dynamique un peu malsaine de dépendance. Le destin bascule le jour où se développe de façon complètement inattendue une relation fusionnelle non désirée avec Joachim (Jérémie Elkaïm), un ouvrier venu installer un miroir au studio de répétition. Ce dernier, qui entretient déjà une relation quasi incestueuse avec sa soeur (Valérie Donzelli), se retrouve ainsi collé sur cette femme plus mûre, au point où une force étrange l'oblige à mimer tous ses gestes.

«On s'est entraînés comme des danseurs, explique l'actrice. Habituellement, on n'entretient pas de relation intime avec un partenaire de jeu. Là, c'était différent, car Jérémie et moi avons été confinés dans un studio pendant des semaines. C'est dire que nous avons beaucoup travaillé physiquement, au point où nos corps se connaissent parfaitement bien. Je n'avais jamais vécu une intimité de cet ordre avec un autre acteur ou une autre actrice. Cela devient un jeu. On sait que c'est plutôt inusité. On sait que cette occasion ne se reproduira probablement jamais. Les choses ont aussi été facilitées du fait que Jérémie est un ami. Et puis, il n'est pas dégoûtant!»

L'actrice n'a par ailleurs pas été étonnée de reconnaître des aspects de sa propre personnalité dans le personnage qu'elle a eu à jouer.

«Valérie a imaginé ce personnage de telle sorte que je puisse emmener un peu de moi-même dans le rôle, dit-elle. Cette Hélène Marchal est le produit de la perception que Valérie a de moi. Je dois reconnaître qu'il y a beaucoup de points communs entre le personnage et moi. Je suis peut-être un peu moins mélancolique qu'elle, moins solitaire aussi. Mais j'ai ce côté moins facilement familier, un peu distant, un peu pudique, très en contrôle...»

Une méthode libre

Valérie Lemercier dit apprécier en outre la méthode libre de toute recette qu'utilise l'auteure-réalisatrice pour fabriquer ses films.

«Quand j'ai vu le film la première fois, je ne m'attendais pas à être bouleversée par ces deux personnages de cette façon. Je ne sais pas comment Valérie s'y est prise, mais il y a une espèce de magie qui s'installe, hors des conventions. On ne peut voir aucun truc, aucune ficelle.»

Au cours des deux dernières années, le programme de Valérie Lemercier a été infernal. À titre d'actrice, elle a tourné pas moins de sept films, parmi lesquels Adieu Berthe (Bruno Podalydès), L'amour dure trois ans (Frédéric Beigbeder), sans oublier Astérix et Obélix - Au service de sa Majesté, dans lequel elle prêtait sa dégaine à la désormais célèbre mademoiselle MacIntosh. Ce programme a aussi été ponctué de spectacles sur scène. Elle a également tourné l'an dernier son quatrième long métrage à titre de réalisatrice, 100% cachemire, une comédie dramatique inspirée d'un fait divers, sortira en France au mois de décembre.

L'actrice reprendra évidemment du service dans Les vacances du petit Nicolas, suite du film à succès de Laurent Tirard Le petit Nicolas. Elle consacre aussi ses énergies - avec Brigitte Buc (Palais Royal) - à la conception d'un film d'animation. Nini dans les grands magasins devrait en principe prendre l'affiche en 2015.

_____________________________________________________________________________

Main dans la main prend l'affiche le 26 juillet. Les frais de voyage ont été payés par Unifrance.

Photo: fournie par Films Séville