L'excision, une réalité africaine? Rien n'est moins sûr. Ici même au Québec, des centaines de femmes d'origine africaine doivent vivre avec ce «handicap».

Jean-Christophe Laurence LA PRESSE

«On ne pense pas que l'excision se pratique chez nous, observe le docteur Claude Fortin. Mais plusieurs l'ont été en Afrique, avant de d'immigrer au Canada.»

Rare spécialiste de la question au Québec, Claude Fortin en voit passer des dizaines par année. Certaines ont reçu une excision de type 1 (ablation partielle du clitoris), d'autres une excision de type 2 (ablation du clitoris et des petites lèvres). Et puis, il y a les trop nombreux cas d'infibulation où les petites et grandes lèvres ont été coupées, avant d'être cousues ensemble. C'est le cas de Sophie, dans le film Les manèges humains.

«Quand elles viennent me voir, beaucoup de ces filles veulent savoir si elles sont normales, souligne M. Fortin. Je suis obligé de dire non.»

Le gynécologue peut parfois réparer la chose. Il peut arriver que des exciseuses aient «oublié» le clitoris, qui est resté intact sous les tissus de guérison. Dans d'autres cas, dit-il, c'est «plus dramatique».

Claude Fortin dit avoir vu beaucoup de cas de femmes excisées au début des années 2000. Aujourd'hui, elles sont plus rares. Ce qui ne veut pas dire qu'elles soient moins nombreuses. Plusieurs se ferment, à cause des pressions dans la communauté. Dans d'autres cas, l'excision est tout simplement vue comme une chose normale et acceptée. «Après que sa femme ait accouché, un mari m'a déjà demandé si j'allais la refermer. Il a fallu que je lui explique qu'ici, ça ne se fait pas comme ça.»

Bien que l'excision se pratique de façon moins courante, cette tradition demeure. En Afrique noire, on rencenserait une trentaine de pays où les mutilations sexuelles féminines sont pratiquées, contre seulement 13 où elles sont officiellement interdites, selon l'UNICEF.