Le 17 juin 1972, cinq cambrioleurs à la solde du Parti républicain sont arrêtés pour introduction par effraction au quartier général du Parti démocrate, dans l’édifice du Watergate à Washington. L’affaire mènera à la démission du président Richard Nixon. Depuis, Nixon est devenu un personnage de cinéma. Tour d’horizon.

Publié le 11 juin
André Duchesne
André Duchesne La Presse

Durant une conférence tenue en 1981, le réalisateur de Star Wars, George Lucas, se fait demander si l’empereur Palpatine était en fait un Jedi. « Non, c’était un politicien, répond Lucas. Il s’appelait Richard M. Nixon. »

Le réalisateur poursuit : « Il a renversé le Sénat, a finalement pris le pouvoir, est devenu un type impérial et il était vraiment diabolique. Mais il a fait semblant d’être un gars tellement sympa. »

Contrairement à la saga, Richard Nixon n’a jamais eu la majorité au Sénat durant ses années à la Maison-Blanche. Quant au reste... le côté manipulateur, paranoïaque, menteur et antipathique du 37e président des États-Unis a largement alimenté les œuvres cinématographiques où il apparaît... ou pas.

Depuis All the President’s Men en 1976 et jusqu’à la série télé Gaslit ce printemps, Nixon a été le sujet, direct ou indirect, d’une quinzaine de films, fictions et documentaires, selon une recension de La Presse. Dans l’ensemble, son côté sombre émerge. Mais a-t-on vu toute l’étoffe de l’homme ?

  • Philip Baker Hall dans Secret Honor, de Robert Altman (1984)

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    Philip Baker Hall dans Secret Honor, de Robert Altman (1984)

  • Anthony Hopkins dans Nixon, d’Oliver Stone (1995)

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    Anthony Hopkins dans Nixon, d’Oliver Stone (1995)

  • Dan Hedaya dans la comédie Dick, d’Andrew Fleming (1999). Ici, avec Michelle Williams (à gauche) et Kirsten Dunst.

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    Dan Hedaya dans la comédie Dick, d’Andrew Fleming (1999). Ici, avec Michelle Williams (à gauche) et Kirsten Dunst.

  • Robert Wisden dans Watchmen, de Zack Snyder (2009)

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    Robert Wisden dans Watchmen, de Zack Snyder (2009)

  • Mark Camacho dans X-Men – Days of Future Past, de Bryan Singer (2014)

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    Mark Camacho dans X-Men – Days of Future Past, de Bryan Singer (2014)

  • Kevin Spacey dans Elvis & Nixon, de Liza Johnson (2016)

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    Kevin Spacey dans Elvis & Nixon, de Liza Johnson (2016)

  • Curzon Dobell dans The Post, de Steven Spielberg (2017). Les images où on le voit et l’entend sont des recréations de celles de médias captées à l’époque.

    CAPTURE D’ÉCRAN DE LA BANDE-ANNONCE

    Curzon Dobell dans The Post, de Steven Spielberg (2017). Les images où on le voit et l’entend sont des recréations de celles de médias captées à l’époque.

  • Danny Winn dans la série Gaslit, du créateur Robbie Pickering (2022). La photo a été prise dans sa loge avant le tournage d’une scène.

    PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE DANNY WINN

    Danny Winn dans la série Gaslit, du créateur Robbie Pickering (2022). La photo a été prise dans sa loge avant le tournage d’une scène.

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« Ses traits de personnalité en ont fait quelqu’un de facile à caricaturer. Il est devenu l’archétype du politicien véreux. Ce n’est pas faux, mais il n’était pas plus malhonnête que d’autres », fait observer Karine Prémont, professeure agrégée de l’Université de Sherbrooke et directrice adjointe de l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand (UQAM).

Elle rappelle à titre d’exemple qu’à l’élection présidentielle de 1960, le démocrate John F. Kennedy a aussi gagné (contre Nixon) en trichant, avec l’aide du paternel. Lyndon B. Johnson a aussi acheté des votes. « Nixon avait toutefois un sens éthique plus élastique que Kennedy ou Johnson. Une fois à la présidence, ils ont mieux compris l’importance de marcher droit. Ça n’a pas été son cas », ajoute-t-elle.

PHOTO ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

L’ancien président des États-Unis Richard Nixon en compagnie de l’ancien premier ministre du Canada Pierre Elliott Trudeau, le 15 avril 1972

Cinéaste américaine ayant réalisé le documentaire Our Nixon, Penny Lane relève que si les enregistrements du Watergate (quelque 3700 heures !) ont trahi la personnalité de Nixon, il n’y a pas d’unité de comparaison.

« Jamais avant et jamais après n’avons-nous eu accès à autant de conversations privées, dit-elle. On peut se demander ce qu’auraient révélé d’autres conversations présidentielles. »

En raison des enregistrements, nous avions une perception d’un Nixon particulièrement vénal, vindicatif, conspirateur. C’est vrai. Mais est-ce que les autres présidents l’étaient moins ?

Penny Lane, cinéaste américaine

D’autres présidents ont fait des enregistrements dans le bureau Ovale, mais ils n’ont jamais été entendus.

Aussi dans la fiction

Certains cinéastes ont fait de Nixon un personnage fictionnel tordu. Il se retrouve même dans les films de superhéros X-Men – Days of Future Past, tourné au Québec, et Watchmen.

« Son personnage a été utilisé dans des films non historiques », note Baptiste Creps, enseignant-chercheur à l’Université Gustave Eiffel, à Paris, et spécialiste du cinéma hollywoodien. « Il devient alors une figure iconographique, presque fantasmagorique. On ne retrouve pas tout à fait la même chose pour d’autres présidents. »

PHOTO FOURNIE PAR LA PRODUCTION

John Cusack dans The Butler, de Lee Daniels (2013). Les comédiens Alex Manette et Colin Walker incarnent Bob Haldeman et John Ehrlichman, les deux plus proches conseillers de Nixon.

Et lorsque Nixon est dépeint dans sa fonction réelle, ça peut être parfois de façon très négative, poursuit M. Creps. « Dans The Butler, de Lee Daniels, le comédien John Cusack donne l’impression d’avoir pris modèle sur un rat pour l’incarner », dit-il.

Le cinéaste Philippe Falardeau relève aussi que plusieurs films ont présenté Nixon comme un « personnage un peu loufoque, caricatural », une personnification « parfois drôle, mais rarement profonde ou intéressante ».

Sa préférence va à deux films biographiques à l’opposé l’un de l’autre. Dans le premier, All the President’s Men, Nixon est pratiquement absent, alors qu’il est omniprésent dans le second, Frost/Nixon.

« Si on a deux films à regarder sur Nixon, ce sont ceux-là », dit M. Falardeau, qui a signé une fiction politique, Guibord s’en va-t-en guerre. « Ce qu’ils ont d’intéressant comme point commun, et ça rend hommage à leurs qualités, est que l’on sait ce qui s’est passé, on sait comment ça a fini, mais on est quand même au bout de notre siège. »

M. Falardeau estime que le cinéaste Ron Howard, dans son film Frost/Nixon, ne juge pas le personnage. « Il juge ce qu’il a fait historiquement, dit le cinéaste. Il ne porte pas de jugement moral sur Nixon, mais s’intéresse à la façon dont ce dernier croyait fort à ce qu’il a fait pour les bonnes raisons. »

Baptiste Creps trouve de son côté que le Nixon d’Oliver Stone fait « un portrait très ambivalent, voire humanisant de ce Nixon hanté par la figure très pesante de Kennedy, dont il est traumatisé ». « C’est très surprenant quand on connaît la carrière de Stone, dit-il. On se serait attendu à un portrait à charge de ce réalisateur perçu très à gauche et opposant du Parti républicain durant de nombreuses années. »

Encore longtemps

Passionné d’histoire américaine, John Parisella, professeur associé au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal, rappelle que la présidence de Nixon a été marquée de bons coups : la détente avec l’URSS, le voyage en Chine communiste, la création de l’Agence de protection de l’environnement, des sujets très peu ou pas retenus au cinéma (il y a eu un opéra Nixon in China).

PHOTO ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

L’ancien président des États-Unis Richard Nixon serre la main du leader communiste Mao Tsé-toung durant le voyage historique de Nixon en Chine en février 1972.

Mais il sait pourquoi les « échos du Watergate résonnent encore ». « On va toujours faire référence à cette utilisation des pouvoirs de l’État et de la Constitution pour cacher des interventions criminelles », dit le chercheur.

« Je ne sais pas s’il reste des choses à dire sur le Watergate, dit Penny Lane. Il me semble que cet évènement a été très bien couvert. Mais le personnage de Nixon va continuer à intéresser pour longtemps. Il porte l’arc dramatique le plus tragique. Et ça, c’est de la matière irrésistible. »