(Cannes) De Revoir Paris, sur la reconstruction après les attentats, à un film pointu d’Albert Serra qu’il porte sur ses épaules, Benoît Magimel a pris une nouvelle dimension lors du 75e Festival de Cannes qui s’achève samedi.

Publié le 27 mai
Agence France-Presse

L’année 2022 porte décidément chance à l’ancien enfant précoce du cinéma français, qui, 70 films après, n’a jamais totalement perdu la flamme qui illuminait son regard dès La vie est un long fleuve tranquille, comédie culte d’Étienne Chatiliez.

En février, il remportait le César du meilleur acteur pour De son vivant, avec un rôle très fort de malade en fin de vie — après un César dans un second rôle pour La tête haute (2016) et un prix d’interprétation masculine à Cannes pour La pianiste (2001).

Et à 48 ans, il est à nouveau en lice samedi pour le prestigieux prix, cette fois pour Pacifiction-Tourment sur les Îles, du réalisateur espagnol Albert Serra.

« Je suis à un âge magnifique et pour un homme, la quarantaine, c’est magnifique », a déclaré Benoît Magimel à l’AFP. « Il y a beaucoup de possibles et travailler avec des cinéastes comme lui… je suis ravi, c’est merveilleux ».

Dans ce film d’ambiance, tout entier porté par sa performance d’acteur en roue libre, il incarne un haut-commissaire de la République à Tahiti, qui navigue avec morgue et élégance de la haute société aux milieux interlopes, des indépendantistes aux militaires.

Un tournage épique : 580 heures de rushes et des milliers de pages de dialogue, selon la méthode habituelle du réalisateur, qui laisse une liberté sans pareille aux acteurs.

« C’est le seul à travailler comme ça. Il ne regarde pas ce qu’il fait, il prépare une situation, il met en place les caméras (mais) il n’a pas de texte. Il n’y a pas de dialogues, il y a des situations qui évoluent, qui se créent au fur et à mesure de sa réflexion et de ce qu’on tourne. Donc, il y a une liberté pour un acteur assez exceptionnelle », a expliqué Magimel à l’AFP.

Dans un tout autre registre, l’acteur avait ému la Croisette en début de festival en incarnant, dans Revoir Paris d’Alice Winocour (Quinzaine des réalisateurs), la victime d’un attentat, dans lequel il a raconté à l’AFP s’être retrouvé.

« Avec le temps, j’aime bien trouver des rôles en résonance avec des choses que je peux avoir vécues, là j’y ai trouvé des choses que je comprenais, comme se réparer à plusieurs, et puis (le personnage) ne se victimise pas », témoignait l’acteur, qui a combattu par le passé des dépendances à la drogue.