(Cannes) Jesse Eisenberg, révélé par The Social Network, réalise un premier long métrage acide et jubilatoire, When you finish saving the world, projeté mercredi au Festival de Cannes en ouverture de la 61e Semaine de la critique.

Publié le 18 mai
Agence France-Presse

Derrière ses airs d’éternel adolescent, le comédien américain de 38 ans a plus d’un talent : il a déjà signé plusieurs pièces de théâtre, un livre et écrit régulièrement pour le New Yorker.

Son film, applaudi mercredi matin dans une salle comble de la Croisette, est inspiré de son livre-audio du même nom, déjà récompensé aux États-Unis dans les prix réservés à ce type d’œuvre.

Jesse Eisenberg s’attache à une famille d’une ville moyenne américaine, notamment la mère, Julianne Moore, et le fils (Finn Wolfhard, vu dans Stranger Things), qui pensent répandre le bien autour d’eux, mais carburent au narcissisme.

Le néo-réalisateur se livre à un délicieux jeu de massacre avec ces personnages qui vont droit dans le mur de leurs illusions. Eisenberg est d’autant plus à l’aise dans ce genre de satire qu’il a été à bonne école, entre Woody Allen (il a tourné dans To Rome with love et Café Society) et Noah Baumbach (Les Berkman se séparent).

PHOTO KAREN KUEHN, TIRÉE DU SITE DE LA SEMAINE DE LA CRITIQUE

Jesse Eisenberg

Pour planter le décor, Julianne Moore, directrice d’un foyer pour femmes en détresse, plombée par son déficit d’empathie, s’entiche du fils d’une de ses pensionnaires et pense à un meilleur futur pour l’intéressé, sans lui demander son avis.

L’actrice fait merveille dans la peau de cette femme dont l’horizon n’a pas les contours de la grande musique qu’elle écoute, mais se limite plutôt à la mini-voiture qu’elle conduit.

Son fils, musicien en herbe à l’ego gonflé par sa communauté de suiveurs sur les réseaux sociaux, se met en tête de passer de ritournelles post-adolescentes à un répertoire plus engagé pour plaire à l’intello-rebelle du lycée (la Somalo-Norvégienne Alisha Boe).

Le Canadien Finn Wolfhard, 19 ans, se révèle épatant. Chanter et tenir une guitare n’est pas un problème pour ce vrai musicien, dont on voit le visage aquilin sur une des pochettes de disque (Soda & Pie) de son groupe The Aubreys.

Dans le film, ses parents l’ont appelé Ziggy, comme le double créé par David Bowie et le lycéen a évidemment choisi un éclair pour symbole, inconscient du poids de la référence à Aladdin Sane.

Le père dans cette cellule familiale fissurée, incarné par Jay O. Sanders, impeccable second couteau du ciné US, est lui aussi à côté de ses chaussures. La scène où il tente de communiquer avec son fils à table est un autre grand moment du film.

Au total, 11 films seront présentés à la Semaine de la critique. La nouvelle déléguée générale, la critique Ava Cahen, a confié la présidence du jury à la cinéaste tunisienne Kaouther Ben Hania, remarquée avec La belle et la meute (2017).