Un été, quatre enfants se découvrent d’étonnants pouvoirs et jouent à tester leurs limites, loin du regard des adultes. Mais ce qui semblait être un jeu d’enfants, prend peu à peu une tournure inquiétante...

Publié le 13 mai
Martin Gignac collaboration spéciale

Qu’y a-t-il de plus angoissant au cinéma qu’un enfant méchant ? C’est la pauvre fillette possédée de The Exorcist, le vil Damien de The Omen ou les frimousses blondes de Village of the Damned. Des figures aussi angéliques qu’inquiétantes qui n’ont rien à envier à celles des Innocents, le plus récent film de genre d’Eskil Vogt (Blind), qui est surtout connu pour avoir coscénarisé toutes les créations de Joachim Trier.

Le voilà qui présente sa propre version des Fantastic Four qui serait revue et corrigée par le M. Night Shyamalan de la belle époque. Une plongée dans un imaginaire qui redéfinit le fait de croire au merveilleux et qui oblige le cinéphile à se questionner sur l’innocence même de ses jeunes héros. Pourquoi ces derniers se satisferaient-ils de la télékinésie ou du fait de pouvoir donner la parole à une personne autiste non verbale s’ils peuvent, lors d’une simple colère, mettre en péril l’existence même de leur entourage ? Cet âge est-il à l’empathie ou à la violence ?

Des comportements qui amènent rapidement une multitude de questions morales sur le Bien et le Mal, sur ces jeux d’enfants souvent malsains. D’autant plus que le scénario, particulièrement subversif, ne lésine pas sur la cruauté physique et psychologique, insufflant une ambiguïté qui est la bienvenue. Il y a du Michael Haneke dans ce climat de malaise qui s’installe, contaminant le jeu des jeunes comédiens, tous excellents dans des rôles malicieux et peu aimables. Certaines séquences sont tellement tordues que le rire nerveux se mêle à l’effroi et à la répulsion.

Glacial jusqu’à en susciter l’inconfort, le récit déploie une tension lourde qui agit d’abord en sourdine, avant de se resserrer progressivement sur le spectateur. Malgré la présence de certains clichés liés à l’utilisation des ombres et des effets sonores, l’atmosphère tendue et insidieuse renforce le sentiment de solitude, déjà maximisé par le rythme lent et la superbe photographie qui se plaît à filmer les lieux sombres et déserts.

De minces filets de lumière finissent pourtant par percer de ce cauchemar ténébreux qui en gardera plusieurs éveillés tard dans la nuit. Non, on ne verra plus sa progéniture de la même façon.

Les innocents

Suspense

Les innocents

Eskil Vogt

Avec Rakel Lenora Fløttum, Alva Brynsmo Ramstad, Sam Ashraf

1 h 57

½