(Berlin) Pendant soixante ans, les inséparables frères Taviani ont fait du cinéma ensemble. L’aîné, Vittorio est mort en 2018. Le cadet, Paolo, 90 ans, a trouvé la force de tourner seul un dernier film, en compétition à la Berlinale.

Publié le 15 février
Francois BECKER Agence France-Presse

Lors de la préparation de Leonora Addio, pendant plus de deux ans, Vittorio à qui le film est dédié, n’était plus physiquement à ses côtés. Mais « il était avec moi », a déclaré Paolo Taviani, patriarche du cinéma italien, lors d’un entretien à l’AFP.

L’idée de certaines parties de ce film-collage, imprégné de l’idée de la mort et des traces que les artistes laissent derrière eux, a d’ailleurs germé dans l’esprit des deux frères bien avant le décès de Vittorio.

C’est le cas du chapitre adaptant une nouvelle, Il Chiodo, du grand dramaturge italien du début du XXe siècle, et prix Nobel de littérature, Luigi Pirandello, raconte Paolo Taviani.

Écrite peu avant la mort de l’auteur, en 1936, elle raconte l’histoire d’un petit Sicilien qui doit suivre son père à New York, en garde une blessure intime et finira dans un accès de folie par tuer une enfant.

Cette adaptation, tournée en couleurs, Paolo la fait précéder d’une fable en noir et blanc sur le transfert des cendres de Luigi Pirandello, depuis Rome jusqu’en Sicile, quinze ans après sa mort.

Un « voyage absurde » selon Paolo, qui donne le ton d’un « film complexe, à la fois triste et pas triste ». « J’ai fait tout ce que j’ai pu pour montrer des situations tristes et grotesques, ainsi que des histoires d’amour », ajoute-t-il.

« L’arbre poussera à nouveau »

Ces histoires présentent « une telle richesse narrative, elles sont au-delà de la réalité, c’est un mélange de vrai et d’invention, une confusion comme peut l’être la vie pendant cette pandémie », a-t-il poursuivi.

« Vittorio et moi, nous avons décidé de faire du cinéma quand j’avais 16 ans et lui 18, en voyant Païsa de Rosselini », confie-t-il. « Nous avons alors compris que les films pouvaient changer la vie et nous révéler qui nous étions vraiment ».

« Des années après, nous avons gagné la Palme d’or pour Padre Padrone (1977), remise des mains de Rosselini, et c’était comme un cercle qui se refermait », souligne celui qui a également remporté le Grand prix du jury à Cannes (La nuit de San Lorenzo, 1982) et l’Ours d’or à Berlin (César doit mourir, 2012), avec son frère.

Le film est aussi un hommage d’une figure tutélaire du cinéma italien à l’âge d’or du néoréalisme, avec des citations à l’écran d’extraits de films de fiction pour évoquer les tourments de la période d’après-guerre en Italie.

« Cet âge d’or du cinéma italien était un peu comme la Renaissance, plein d’artistes extraordinaires dans leur grande période, comme Visconti, Fellini », estime-t-il.

Une période glorieuse révolue ? « C’est comme un arbre qui a fait des racines, et ces racines sont toujours là même si le vent s’est levé et que des branches sont tombées », répond-il. « Elles sont puissantes et fortes et si des jeunes trouvent de l’argent pour faire des films, l’arbre poussera à nouveau ».