À Rome, ville meurtrie par un grave attentat terroriste, JJ, un soldat américain solitaire et énigmatique, tente de prévenir d’autres attaques tout en essayant de retrouver la trace de son frère Justin, devenu un dangereux anarchiste. Prix de la meilleure réalisation au Festival de Locarno en 2021.

Publié le 21 janvier
André Duchesne
André Duchesne La Presse

Intégrer la pandémie dans une histoire portée au cinéma n’est pas une mince affaire. Or, le prolifique et toujours imprévisible Abel Ferrara (Bad Lieutenant, The King of New York) y parvient dans ce thriller de fin du monde porté par un Ethan Hawke en grande forme.

Ici, en fait, les objets de la pandémie (masques, bouteilles de gel désinfectant) ne sont pas des éléments obstruant l’histoire. Au contraire, ils font corps avec celle-ci et constituent la caisse de résonance à une dystopie bien ancrée dans le XXIsiècle.

Les masques font parfaitement écho à cette histoire dans laquelle les bons sont difficiles à séparer des méchants. Le Purell a une fonction d’onction, de purification dans cette ville (Rome) abritant le Vatican, siège du catholicisme.

Les symboles, ainsi, se multiplient dans ce film tout à la fois beau et insaisissable. Insaisissable, car le réalisateur, qui campe l’action essentiellement au cœur de la nuit, a construit une intrigue destinée à laisser le spectateur avec plus de questions que de réponses.

Brillant, son titre nous renvoie à un monde manichéen et binaire collant à une expression autrefois employée par le président américain George W. Bush : « Vous êtes avec nous ou contre nous. »

Ethan Hawke, qui adore travailler dans des films indépendants et hors norme tels que First Reformed de Paul Schrader, incarne à la fois JJ et son frère Justin en plus de faire une narration hors champ qui permet de trouver quelques points de repère.

La direction photo est ici comme un théâtre d’ombres. La pellicule est granuleuse, rugueuse, âpre. L’ensemble est si déconstruit qu’il a des allures d’œuvre expérimentale. La musique assourdissante se mélange à un cocktail de violence, de drogue, de sexe, de torture.

Quand le jour, enfin, se lève, à la toute fin, le spectateur, sonné, pousse pratiquement un soupir de soulagement. Il est venu pour voir un film. Il a vécu une expérience déstabilisante qui s’est beaucoup nourrie, nous a-t-il paru, des divisions de la société occidentale dans laquelle nous vivons actuellement.

Le plus ironique est qu’Ethan Hawke apparaît au début comme à la fin du film pour nous dire que, oui, il est possible que vous n’ayez pas tout compris même si vous avez aimé ce que vous avez vu. À cela, on ajoutera qu’il se peut que vous détestiez aussi ce thriller sans véritable héros. Chose certaine, Zeros and Ones est notablement singulier.

En VSD

Zeros and Ones (V. F. : Frères mercenaires)

Thriller

Zeros and Ones (V. F. : Frères mercenaires)

Abel Ferrara

Avec Ethan Hawke, Christina Chiriac, Phil Neilson

1 h 25

½