Le cinéma québécois et canadien s’est démarqué mardi avec l’annonce des candidats retenus sur les courtes listes des Oscars. Six courts métrages sont en effet en lice alors que Dune, de Denis Villeneuve, a été retenu dans quatre catégories techniques. Compte rendu.

Mis à jour le 21 déc. 2021
André Duchesne
André Duchesne La Presse

Les courts métrages de fiction Frimas, de Marianne Farley, et Les grandes claques, d’Annie St-Pierre, ont fait leur entrée dans la course aux Oscars mardi après-midi en étant présélectionnés dans la courte liste de leur catégorie.

De plus, quatre courts métrages d’animation canadiens, dont trois coproduits par l’Office national du film (ONF), sont aussi dans la courte liste de leur catégorie.

L’art dans le sang, de Joanna Quinn et Les Mills, Comme un fleuve, de Sandra Desmazières, et Mauvaises herbes, de Claude Cloutier, sont les œuvres coproduites par l’ONF. Ces trois films sont accessibles au public sur la chaîne YouTube de l’ONF.

PHOTO FOURNIE PAR L’ONF

Scène du court métrage d’animation L’art dans le sang, de Joanna Quinn et Les Mills

Enfin, le cinéaste d’origine inuite Zacharias Kunuk, avec son film Angakusajaujuq – The Shaman’s Apprentice, est lui aussi en lice dans la catégorie des meilleurs courts métrages d’animation.

L’équivalent des demi-finalistes

Les courtes listes concernent certaines catégories des Oscars et constituent l’équivalent des demi-finalistes. On retrouve normalement 15 candidats dans chacune d’elles. Les finalistes dans toutes les catégories du gala des Oscars seront par ailleurs annoncés le 8 février prochain.

Depuis sa sortie à Sundance en janvier dernier, Les grandes claques, d’Annie St-Pierre, ne cesse de faire le plein de prix. Le film se définit ainsi : « 24 décembre 1983, 22 h 50 ; Julie (Lilou Roy-Lanouette) et ses cousins ont mangé trop de sucré, le père Noël est en retard et Denis (Steve Laplante), seul dans sa voiture, angoisse à l’idée de remettre les pieds dans la maison de son ex-belle-famille pour venir chercher ses enfants. Les grandes claques réunit père et fille. »

PHOTO FOURNIE PAR H264

Chantal Baril et Karine Gonthier-Hyndman dans le court métrage Frimas, de Marianne Farley

Frimas, de Marianne Farley, est un film percutant sur l’avortement. Campé dans un futur proche, il raconte le parcours d’une femme (Karine Gonthier-Hyndman) qui se fait avorter à l’insu de son mari dans des conditions horrifiantes. La mise en scène est frontale et plonge le spectateur dans une clandestinité à la fois indescriptible et anxiogène.

Jointe par La Presse, Marianne Farley s’est d’abord dite choyée de voir pour la deuxième fois l’un de ses courts métrages (après Marguerite, finaliste aux Oscars en 2019) atteindre la courte liste.

Nous nous sommes demandé si la thématique de l’avortement allait nous aider ou nous nuire, car c’est très clivé aux États-Unis, dit-elle. Au bout du compte, nous sommes très contentes.

Marianne Farley, réalisatrice de Frimas

La cinéaste et comédienne cite les productrices Charlotte Beaudoin-Poisson et Sophie Ricard-Harvey (Ô Films), avec qui elle travaille étroitement.

Un distributeur « sans mots »

Frimas et Les grandes claques sont distribués par h264, organisme d’agrégation et de distribution. Joint par La Presse, le grand patron de la boîte, Jean-Christophe J. Lamontagne, était fou de joie de voir deux de ses films être ainsi retenus. « Je suis sans mot, lance-t-il. C’est déjà extraordinaire d’en placer un parmi cette liste de 15 films, mais le fait d’en avoir deux me touche énormément. Je capote ! »

Rappelons qu’en 2019, h264 avait vu ses courts métrages Fauve, de Jérémy Comte, et Marguerite, de Marianne Farley, se hisser parmi les finalistes à la soirée des Oscars.

« Cette année, le fait d’amener deux autres de nos courts métrages jusqu’à la short list est le fruit du travail de toute l’équipe d’h264, qui compte neuf personnes », ajoute M. Lamontagne en reprenant son souffle. « Mais le travail n’est pas terminé. Nous avons toute une campagne de promotion à amorcer pour faire voir nos films aux États-Unis. »

Doit-on rappeler que c’est au sud de la frontière que se trouve la masse critique des votants aux Oscars ?

Trois films de l’ONF

PHOTO FOURNIE PAR L’ONF

Scène du court métrage d’animation Mauvaises herbes, de Claude Cloutier

À l’ONF, le film d’animation Mauvaises herbes conduit son réalisateur, Claude Cloutier, à la courte liste pour la deuxième fois de sa carrière. Le synopsis du film se lit ainsi : « Mauvaises herbes nous entraîne dans un monde surprenant peuplé de plantes carnivores qui changent d’aspect comme un caméléon passe d’une couleur à l’autre. Le réalisateur fait rimer croissance avec concurrence, évolution avec compétition, et met en place un étonnant duel aux allures de western, de guerre froide et de jeu de société. »

« C’est une belle année pour moi et pour l’ONF, nous dit M. Cloutier en entrevue téléphonique. Le fait que nous soyons sur la liste courte avec trois films, dont deux produits par Julie Roy, est exceptionnel. »

Mon film est campé dans un décor simplifié à l’extrême, et tout repose sur l’interaction de deux personnages. Je crois que les gens ont apprécié son aspect ludique.

Claude Cloutier, réalisteur de Mauvaises herbes

Le film L’art dans le sang « examine les obsessions excentriques, mais attachantes d’une famille pour le dessin, les filets de vis, l’empaillage des animaux de compagnie et diverses autres bricoles », indique-t-on sur le site de l’ONF. Comme un fleuve est par ailleurs le récit de deux sœurs séparées par la guerre du Viêtnam et dont le seul lien est un échange épistolaire.

PHOTO FOURNIE PAR L’ONF

Scène du court métrage d’animation Comme un fleuve, de Sandra Desmazières

De courtes listes ont aussi été publiées dans certaines catégories techniques des grands films de l’année. On remarque ainsi que Dune, de Denis Villeneuve, est inscrit dans les courtes listes des meilleurs maquillages et coiffures, de la meilleure trame sonore, du meilleur son et des meilleurs effets visuels.

Par ailleurs, la course pour le long métrage québécois Les oiseaux ivres, d’Ivan Grbovic, s’est arrêtée mardi. Son film n’a pas été retenu dans la courte liste des 15 longs métrages toujours en lice pour l’obtention de l’Oscar du meilleur film international.

Dans cette catégorie, on remarque la présence de Flee, du Danemark, d’I’m Your Man, de l’Allemagne, et de Drive my Car, du Japon. Mais on remarque surtout l’absence de Titane, représentant de la France et Palme d’or cette année du Festival de Cannes.

La 94édition du gala des Oscars aura lieu le dimanche 27 mars au Dolby Theatre, à West Hollywood. La soirée sera diffusée sur la chaîne ABC.