(Paris) Les personnages perçus comme « non-blancs » sont très minoritaires dans les films français, plus souvent cantonnés à des rôles de délinquants, et ont plus de chance de mourir à l’écran, selon une étude du collectif 50/50 dévoilée lundi, rare initiative permettant de quantifier le phénomène.

Publié le 6 déc. 2021
Agence France-Presse

Selon cette étude, réalisée par des universitaires sur une centaine de films français, 81 % avaient un personnage principal « perçu comme blanc », 7,5 % un personnage principal « perçu comme arabe », 7,2 % « perçu comme noir » et seulement 1,5 % « perçu comme asiatique ».

Les films analysés sont les 115 longs métrages ayant le plus gros budget ou ayant rencontré le plus grand succès en salle en 2019 — le déséquilibre est toutefois légèrement moins marqué qu’à la télévision, ont souligné les responsables de l’étude, baptisée Cinégalités.

La différence est aussi marquée en prenant en compte le genre : un personnage principal sur deux est « un homme perçu comme blanc », contre seulement 6 % de personnages principaux qui sont des « femmes perçues comme non blanches ».

Les chercheurs se sont penchés sur les rôles attribués aux personnages non blancs : ils ont trois fois plus de chance d’interpréter un criminel ou un délinquant. Quant aux personnages « perçus comme musulmans », ils ont six fois plus de chance de jouer ces rôles. « Les figures de la marginalité sont d’abord des étrangers », analyse Maxime Cervulle (Université Paris VIII), qui a codirigé l’étude.

Les personnages arabes ont quant à eux deux fois plus de chance de mourir à l’écran : un sur dix décède au cours du film, contre un sur vingt pour l’ensemble des personnages.

L’étude permet également de poser des chiffres sur la façon dont sont représentées les classes sociales (un personnage sur deux dans les films est un cadre, alors qu’ils ne représentent qu’un Français sur cinq), ou les handicapés (18 % de la population française en situation de handicap, mais seuls 2,9 % des personnages de film le sont).

L’étude, dont les premiers résultats ont été dévoilés lundi lors des assises de ce collectif fer de lance des questions de diversité au cinéma, « donne beaucoup d’espoir, parce qu’on va pouvoir avoir une base pour entraîner les pouvoirs publics », a souligné Laurence Lascary, l’une des coprésidentes.

Pour « tout ce qui relève de la diversité ethnoraciale, on était enfermés dans un trou noir de l’incantation, de l’intuition […], parce qu’il n’y avait pas de chiffres », a-t-elle ajouté.