Le Centre Phi présente jusqu’au 17 octobre FNC Explore. Dix nouvelles œuvres de réalité virtuelle, dont six créations québécoises et canadiennes, proposées dans le cadre du 50Festival du nouveau cinéma. La Presse en a visionné six, dont le très beau film de Michel Lemieux, Icarus.

Éric Clément
Éric Clément La Presse

FNC Explore propose aux amateurs d’expérimenter 10 œuvres immersives autour du thème du « chez-soi » (home, en anglais). « Non seulement notre corps, mais aussi notre maison physique, notre ville, notre monde », dit Katayoun Dibamehr, responsable de la programmation Nouveaux médias au FNC.

La programmation comprenant près de quatre heures de réalité virtuelle (RV), on peut réserver deux blocs de deux heures si l’on souhaite voir toutes les œuvres. Il y a 10 stations avec des casques de RV sur place et des guides pour vous aider durant les visionnements qui se font, évidemment, avec un couvre-visage. Il est recommandé de réserver avant d’aller au Centre Phi. À noter que nous n’avons pu voir End of Night, un film de David Adler (49 minutes) issu d’une collaboration Danemark-France et qui a remporté le prix de la meilleure histoire à la Mostra de Venise 2021.

Consultez le site de FNC Explore

Icarus, par Michel Lemieux (2020). Québec, Canada. 12 minutes

En primeur au Canada, Phi nous permet de savourer (en français ou en anglais) cette œuvre délicate et totalement immersive de Michel Lemieux qui adapte le thème d’Icare. Dans la mythologie grecque, le fils de Dédale se perd dans le labyrinthe avec son père et s’en sort grâce aux ailes de cire et de plumes créées par Dédale. Mais le fils, trop aventureux, s’envole et s’approche trop du soleil. On connaît la suite, mais dans Icarus, toute la poésie de la mythologie se combine à des images majestueuses et impressionnantes. Si vous avez toujours voulu pénétrer… dans le Soleil, c’est votre chance ! Un beau film, Icarus, et parfois étourdissant quand vous faites tourner votre chaise pour augmenter le vertige…

Bystanding – The Feingold Syndrome, de Nim Shapira et Roi Lev (2021). Israël, Québec, Canada, Allemagne. 10 minutes

Bystanding – The Feingold Syndrome est une œuvre qui ébranle. Cette docufiction immersive évoque un accident de kayak qui s’est produit en 2009 sur la rivière à Tel-Aviv, en Israël. Une championne israélienne de kayak, Jasmine Feingold, avait chaviré, mais la plupart des personnes qui se trouvaient sur les berges n’étaient pas intervenues dans la rivière pour l’extirper de l’embarcation. Le film explore les confessions de ces témoins à propos de leurs réactions durant les quatre minutes et demie durant lesquelles personne n’a tenté d’aller la sauver. L’histoire qui finit bien est une occasion de nous questionner sur notre capacité à prendre des risques quand une tierce personne est en danger.

Marco & Polo Go Round, par Benjamin Steiger Levine (2021). Québec, Canada, Belgique. 12 minutes

Présentée en première mondiale au festival new-yorkais Tribeca par Item 7, Marco & Polo Go Round est la première œuvre en réalité virtuelle du studio cinématographique montréalais. Il s’agit d’un court métrage d’animation totalement immersif puisque vous vous trouvez directement placé dans une cuisine où un couple, Marco et Polo (sa blonde), est au cœur d’une chicane. Les deux personnages sont virtuellement joués par Emmanuel Schwartz et Léane Labrèche-Dor. La chicane prend des allures surréalistes quand les objets de la cuisine finissent par s’envoler au plafond. Et la tourmente n’est pas finie…

Mindfield, par Vincent Ladouceur (2021). Québec, Canada. 10 minutes

Travail de fin d’études d’un artiste québécois, Vincent Ladouceur, Mindfield est particulièrement bien fait. Le film aborde le stress post-traumatique qui frappe des militaires au retour de missions intenses et bouleversantes. Dans Mindfield, John est hanté par les combats et les atrocités qu’il a expérimentés et qui ont aujourd’hui des conséquences sur sa vie familiale. Les effets spéciaux sont très bien rendus et l’histoire, bien montée. On en aurait aimé plus, mais Vincent Ladouceur n’a certes pas dit son dernier mot…

Goliath : Playing With Reality, par Barry Gene Murphy et May Abdalla (2021). Angleterre, France. 25 minutes

Grand Prix du jury pour la meilleure œuvre de réalité virtuelle à la récente Mostra de Venise, ce film, qui évoque la schizophrénie, est narré par l’actrice britannique Tilda Swinton. Il est totalement époustouflant. Avec des situations qui changent constamment et viennent vous étourdir en permanence. Il y a également plusieurs phases de jeu durant lesquelles vous êtes invité, avec deux manettes, à interagir avec l’histoire et à jouer à des jeux vidéo. Ce sont 25 minutes très animées, avec des décors lumineux et colorés fort réussis et efficaces. Notre coup de cœur.

IMAGE FOURNIE PAR LE CENTRE PHI

Image tirée du film The Sick Rose, de Huang Yun-Hsien et Tang Zhi-Zhong

The Sick Rose, de Huang Yun-Hsien et Tang Zhi-Zhong (2021). Taiwan. 17 minutes

Voici un film d’animation ô combien actuel puisqu’il traite de la période que l’on endure depuis 2020, soit notre adaptation forcée aux conséquences de la pandémie. L’histoire se déroule à Taipei où une petite fille malade, une rose dans la main, cherche sa maman qui travaille dans un hôpital. Sa quête est ignorée par les passants. Pourtant, elle ne veut que retrouver sa mère pour lui offrir cette rose en remerciement des soins qu’elle fournit aux personnes malades. Présenté en septembre à la Mostra de Venise, The Sick Rose met en scène des personnages d’animation typiquement taiwanais dans une fable sur la réalité de la lutte contre la COVID-19 et l’espoir qui demeure de s’en sortir.