(Paris) Réalisateur légendaire d’Alien, Blade Runner ou Gladiator, Ridley Scott s’est livré à une expérience : mixer l’univers ultra-masculin du film de chevalerie et le questionnement sur le consentement. Le résultat, The Last Duel (Le dernier duel), sort en salles le 15 octobre.

Agence France-Presse

Dans le film, librement inspiré de faits s’étant déroulés dans la France du Moyen-Âge, en 1386, deux chevaliers se livrent à un duel judiciaire après que l’un, Jean de Carrouges (Matt Damon, qui arbore une surprenante coupe mulet), a accusé l’autre, Jacques le Gris (Adam Driver, Kylo Ren dans Star Wars), d’avoir violé son épouse, Marguerite de Carrouges (Jodie Comer).

The Last Duel (2 h 33) a été écrit par le duo Ben Affleck et Matt Damon, qui s’étaient fait connaître il y a un quart de siècle avec Good Will Hunting, projet qu’ils avaient déjà coécrit et que Gus Van Sant avait réalisé.

Signe des temps dans un secteur qui veut réfléchir à l’égalité entre les genres et sa propension à perpétuer les stéréotypes, ils se sont adjoint les services d’une scénariste, Nicole Holofcener, comme l’ont aussi fait les scénaristes du dernier James Bond, avec la coscénariste féministe Phœbe Waller-Bridge.

Pour le réalisateur Ridley Scott, « tout ce qui peut toucher une corde sensible peut aider, petit à petit » à faire avancer les idées d’égalité. Et si le message échappe aux spectateurs « il faut juste continuer et essayer encore et encore ».

« Il est clair que ce genre de films », destinés à un très grand public, « aura un effet », a-t-il assuré lors de la présentation du film à Venise. Au-delà des scènes d’action et du grand spectacle, « il y a beaucoup de subtilités dedans, et vous devez être très attentifs ».

Car entre deux scènes d’action comme Ridley Scott les adore, le film ambitionne, au risque de l’anachronisme, de présenter les mêmes faits sous trois points de vue successifs, celui des deux chevaliers, puis du point de vue féminin (intitulé « la vérité »).

Chevauchées et patriarcat

La figure du valeureux chevalier y est tournée en dérision, les personnages de Matt Damon et Adam Driver étant présentés comme rustres, ne considérant les femmes que pour la valeur ou le prestige qu’elles peuvent leur apporter, et ne faisant aucun cas du consentement de leur partenaire dans leurs rapports sexuels — encore moins de leur plaisir.

Marguerite de Carrouges va se rebeller contre le patriarcat et décider de dénoncer publiquement son viol. C’est son mari qui portera l’affaire devant la justice royale — mais avant tout pour laver l’affront fait à son nom, et non par considération pour la victime.

Nourri de scènes de chevauchées ou de combats à l’épée, « le film est très spectaculaire et épique, mais au cœur de tout cela, il y a l’histoire humaine de cette femme », a souligné auprès de l’AFP Jodie Comer.

« À mon sens, le féminisme n’est ni une idée radicale ni une idée nouvelle », a répondu de son côté Ben Affleck. « Je pense que toute personne humaine douée d’empathie et de raison devrait être féministe ».

Grand nom d’Hollywood, Ridley Scott souligne de son côté avoir « toujours œuvré pour l’idée de (représenter) des femmes très fortes » : Sigourney Weaver dont la carrière a été lancée en 1978 avec le rôle du lieutenant Ellen Ripley dans Alien, Thelma et Louise, G.I. Jane avec Demi Moore et le combat d’une femme pour intégrer les unités d’élite de l’armée américaine, « un bastion de la domination masculine »…

Il aura peut-être rapidement une nouvelle occasion de le prouver : Ridley Scott occupera à nouveau les écrans le 24 novembre avec un projet extrêmement attendu, House of Gucci, sur les coulisses de la famille du couturier italien, avec Lady Gaga, Al Pacino, Jared Leto, Adam Driver, ou encore la Française Camille Cottin.