L’astronaute installe au plafond un tapis roulant d’exercice. Bien retenu par un harnais, il commence son entraînement, la tête en bas. Mais nous sommes dans la Station spatiale internationale : il n’y a ni haut ni bas. Le cerveau doit se dépatouiller avec des repères devenus inutilisables.

Marie Tison
Marie Tison La Presse

Bien enfoncé dans son fauteuil poire, le spectateur est un brin déstabilisé, mais surtout fasciné par cet environnement hors du commun.

Le film Voyageurs stellaires : la vie en orbite prend l’affiche le 28 septembre au Planétarium Rio Tinto Alcan. Il met notamment en vedette l’astronaute québécois David Saint-Jacques, qui a tenu à participer au projet pour deux bonnes raisons.

« Premièrement, c’est tellement une expérience rare qu’on vit, on a vraiment envie de la raconter, explique-t-il dans un lien vidéo depuis Houston, lors d’une petite conférence de presse organisée au Planétarium pour marquer la sortie du film. Deuxièmement, cette caméra venait de Montréal : il y avait un petit côté personnel de fierté montréalaise, je voulais m’assurer personnellement que le projet décolle. »

Rendre les images accessibles

Voyageurs stellaires est une production de la boîte montréalaise Felix & Paul Studios, en collaboration avec Time Studios. Il s’agit d’une adaptation d’une production de réalité virtuelle en quatre épisodes. Felix & Paul Studios, qui avait déjà travaillé avec la NASA pour documenter l’entraînement des astronautes sur Terre, a obtenu la permission d’envoyer une caméra 3D 360 degrés dans la Station spatiale internationale.

Évidemment, il n’était pas question de transmettre directement des images en haute résolution vers la Terre. « La NASA a besoin de son internet pour autre chose que notre projet », indique Félix Lajeunesse, cofondateur de Felix & Paul Studios.

Les astronautes ont toutefois essayé de télécharger le plus de données possible, en basse résolution, pendant les périodes plus calmes, comme la nuit.

Les cartes mémoires revenaient sur Terre à l’occasion des missions de ravitaillement. L’équipe de Felix & Paul Studios les recevait alors dans de petits sacs Ziploc qui étaient traités avec le plus grand soin.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Félix Lajeunesse, cofondateur de Felix & Paul Studios

Quand on a commencé à voir les images, on s’est dit qu’il fallait que le plus de gens possible voient ce contenu-là. Ce n’est pas tout le monde qui a des technologies de réalité virtuelle à la maison.

Félix Lajeunesse, cofondateur de Felix & Paul Studios

Jusqu’au 7 novembre prochain, le Studio Phi présente à l’Arsenal une expérience de réalité virtuelle avec les images captées par Felix & Paul Studios à bord de la Station spatiale internationale.

Mais Félix Lajeunesse et Paul Raphaël voulaient aller plus loin.

« On a réfléchi à ça, poursuit M. Lajeunesse. Les planétariums travaillent également avec de grandes images. Le processus de tournage pour leur imagerie n’est pas foncièrement différent de ce qu’on est en train de faire. »

Felix & Paul Studios a donc travaillé avec le Planétarium Rio Tinto Alcan pour apporter les ajustements nécessaires afin de transférer les images sur un dôme de 180 degrés.

« Au début, c’était décevant, ça allait trop vite, ça rendait les gens malades », se rappelle le directeur du Planétarium, Olivier Hernandez.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Le directeur du Planétarium Rio Tinto Alcan, Olivier Hernandez, et le cofondateur de Felix & Paul Studios, Félix Lajeunesse, se tiennent sous le grand dôme du planétarium où l’on présente le film Voyageurs stellaires : la vie en orbite.

Les équipes ont ralenti le rythme, ont travaillé sur les images, le son. Le résultat final est un premier épisode d’une trentaine de minutes qui documente les premières expériences de David Saint-Jacques et de l’astronaute Anne McClain à bord de la Station spatiale, puis l’arrivée de deux autres collèges, Nick Hague et Christina Koch.

Troublant de réalité

Ce qui est particulièrement fascinant, c’est l’intérieur de la Station spatiale, un « beau fouillis organisé », pour reprendre les termes d’Olivier Hernandez. Il y a des câbles et des instruments sur toutes les surfaces, il y a des ballots fixés ici et là.

« Avec une caméra à 360 degrés, la station complète devient la scène, il n’y a pas de backstage, on ne peut pas se cacher, note David Saint-Jacques. Je dois avouer qu’on a fait un peu de ménage avant d’allumer la caméra. »

Olivier Hernandez se réjouit du résultat.

C’est très puissant en termes de communication scientifique. C’est exactement de cette façon qu’on aime communiquer la science.

Olivier Hernandez, directeur du Planétarium Rio Tinto Alcan

Pour David Saint-Jacques, l’expérience est presque troublante de réalité. Les images ont évidemment intéressé ses enfants. Mais ce qui a été le plus émouvant, selon lui, c’est la réaction des gestionnaires, des ingénieurs de la NASA.

« Pendant des années, ces gens-là ont imaginé la Station spatiale, ils l’ont bâtie, mais ils ne sont jamais allés. Ils ont été très émus. »

Le premier épisode de Voyageurs stellaires fera la tournée de différents planétariums d’Amérique du Nord, et peut-être d’autres marchés. Quant au deuxième épisode, il portera sur une sortie dans l’espace.

Consultez l’horaire des représentations au Planétarium Rio Tinto Alcan