Quatrième adaptation au cinéma du roman de Louis Hémon, le film Maria Chapdelaine de Sébastien Pilote met en vedette Sara Montpetit dans son premier grand rôle. Pour elle, Maria est une jeune femme qui accepte son devoir tout en étant libre, alors que Sébastien Pilote évoque un roman de la métamorphose. Rencontre.

Publié le 21 sept. 2021
André Duchesne
André Duchesne La Presse

La première fois que Sébastien Pilote a rencontré Sara Montpetit en audition pour le rôle de Maria Chapdelaine, il a constaté qu’elle possédait toutes les qualités recherchées. Puis, il est allé manger dans un café où, quelques minutes plus tard, est entrée…. Carole Laure.

Un hasard qui a tous les attributs de l’alignement des planètes. « Je suis allé voir Carole [la Maria Chapdelaine du film de Gilles Carle en 1983] et lui ai dit que je venais de rencontrer la prochaine Maria, même si le processus des auditions allait se poursuivre, dit-il. Sara a une présence, une intériorité, une psyché très intéressantes. Elle possédait aussi cette intelligence dans la lecture du scénario, dans les dialogues, en plus d’avoir une bonne intuition, ce que j’aime. »

On comprend l’analyse du cinéaste en regardant le film. Taciturne, énigmatique, tout en étant dévorée par un grand feu intérieur qui se manifeste à travers son regard et son sourire en coin, Maria Chapdelaine est le personnage pivot du film. Elle est le témoin qui observe en silence le microcosme d’une petite société évoluant à l’intérieur comme autour de la maison parentale.

En somme, tous les chemins mènent à Maria.

En entrevue, Sara Montpetit, étudiante en théâtre au cégep de Saint-Laurent qui s’est fait connaître pour ses convictions écologistes avec le mouvement Pour le futur Montréal, raconte avoir apprivoisé sa Maria étape par étape.

« J’ai écouté les trois autres films avant la première audition, dit-elle. Puis, j’ai lu le roman avant de faire la deuxième audition. Je ne voulais pas le faire avant, car je savais que j’allais m’attacher au projet. »

Une fois le rôle obtenu, elle a construit le personnage en travaillant d’abord sur la posture. « J’ai commencé par mon corps en me disant que Maria devait se tenir droite. Avoir le cou droit, la tête droite. Cela m’a permis de sentir son énergie », indique la jeune comédienne, qui fait du théâtre depuis le début de l’école primaire.

Roman de la métamorphose

Campée au Lac-Saint-Jean, Maria Chapdelaine est une histoire du terroir au début du XXsiècle. Ayant obtenu une concession loin du village, Samuel Chapdelaine (Sébastien Ricard) travaille à la dure avec sa femme Laura (Hélène Florent) et ses enfants. Trois jeunes hommes, François, Eutrope et Lorenzo, commencent à fréquenter les lieux et expriment leur intérêt pour Maria.

Amour d’enfance de Maria, François semble être le choix tout désigné. D’ailleurs, il fait une promesse à Maria de revenir auprès d’elle pour toujours le printemps suivant. Mais le jeune homme est un électron libre, un coureur des bois dont le destin est lié à sa volonté intransigeante de ne jamais être enchaîné. C’est alors que surgiront Eutrope et Lorenzo.

Sébastien Pilote insiste sur l’idée que Maria n’a pas trois, mais deux prétendants. « Choisir François Paradis est choisir de ne jamais choisir, dit-il. Maria doit choisir entre un des deux côtés de François, entre le côté fraternel et l’exotique. Entre rester et partir. »

PHOTO LAURENCE GRANDBOIS BERNARD POUR MK2 | MILE END

Sara Montpetit en Maria Chapdelaine

Par ailleurs, le réalisateur rejette l’image « figée, statique, qui ne change jamais » que certains donnent à l’histoire comme au personnage de Maria.

C’est en fait un roman de la métamorphose. On assiste à toutes sortes de métamorphoses dans le roman. Il y a les saisons, le territoire en transformation, les personnages qui changent comme Laura qui, vers la fin du film, se met à parler comme Samuel.

Sébastien Pilote

Et Maria aussi se transforme dans le dénouement du film. Elle devient la mère de la fratrie à la place de la mère. Et lorsqu’elle répond à la timide demande en mariage de l’un des trois jeunes hommes, les quelques mots qu’elle laisse tomber sont teintés de mystère.

Le devoir dans la liberté

Quel mot employer pour qualifier Maria ?, demande-t-on à Sara Montpetit.

« Résilience, répond-elle après un moment de réflexion. Dans le sens qu’elle accepte son avenir, son devoir, ce qui se passe autour d’elle et ce qui s’en vient. Elle a des choix à faire, des décisions à prendre et elle accepte cela. On peut avoir l’impression que le devoir est quelque chose de très conservateur, mais je pense que c’est faux. Maria est très libre dans son devoir. Elle est toujours en train de changer. Son destin n’est pas dans un enfermement. »

En salle le 24 septembre

Une photographe de talent

PHOTO SARA MONTPETIT

Sara Montpetit fait des photos polaroid (comme ici) et en argentique.

Baignant dans le monde des arts depuis sa naissance, Sara Montpetit s’intéresse à plusieurs aspects de la culture, comme la photographie. Son compte Instagram (@smontpetit) ne compte que 25 entrées, mais elles évoquent un talent certain et une vision du monde singulière. « J’adore la photographie, dit la comédienne, rayonnante. Je fais de la photo argentique et au polaroïd. Et je viens de trouver un Rolleiflex. Suivre d’autres photographes m’a permis de découvrir mon style. » Nous lui avons demandé de choisir une photo pour publication, et elle a retenu ce cliché non retouché de son père marchant dans une tempête de neige.

Trois prétendants

François Paradis (Émile Schneider)

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

L’acteur Émile Schneider

« François est un ami d’enfance, et lui et Maria se retrouvent après des années, note Émile Schneider (Le club Vinland). Une étincelle surgit entre eux. Mais François est un peu ça, une étincelle dans la nuit. Il représente la liberté. Ce qu’il propose à Maria est une vie sans dogme, sans frontière, sans barrage. On connaît peu son passé. Il est un bon fêtard, s’est débrouillé très jeune, a eu une vie à part des autres. »

Eutrope Gagnon (Antoine Olivier Pilon)

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Le comédien Antoine Olivier Pilon

« Mon personnage représente la tradition, dit Antoine Olivier Pilon, récemment vu dans le long métrage Sam. Sa façon de vivre sur sa terre est similaire à celle des Chapdelaine. Il est une valeur sûre. Il suit les traces des parents de Maria, en demeurant sur la terre et, donc, sur place. Il est doux et respectueux. C’est aussi le voisin le plus proche des Chapdelaine. Même s’ils vivent à une bonne distance, ils sont de bons amis. »

Lorenzo Surprenant (Robert Naylor)

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Robert Naylor incarne le personnage de Lorenzo.

« Lorenzo est l’opposé de François et Eutrope, car il apporte quelque chose de nouveau, suggère Robert Naylor (Répertoire des villes disparues). Il est mystérieux, mais d’une autre façon que Paradis. Il propose à Maria de changer de monde, de recommencer sa vie, sans oublier ses racines. Il représente la modernité. Il débarque et a une mission envers Maria. Il lui déclare : “Je suis revenu pour toi.” C’est lui le plus prétendant. »