(Toronto) Au moment où la paix est précaire en Irlande du Nord, Kenneth Branagh signe avec son film Belfast, qui a fait sensation au festival de Toronto, une lettre d’amour à sa ville natale qu’il a fuie lorsqu’il était enfant.

Andrew MARSZAL Agence France-Presse

Inspirée de son histoire personnelle, cette comédie dramatique en noir et blanc, qui sortira en salle en novembre en Amérique du Nord, montre l’éclosion des violences dans la province à la fin des années 1960 à travers le regard de Buddy, un garçon de 9 ans.

C’est à cet âge-là que Kenneth Branagh et sa famille ont déménagé en Angleterre pour échapper aux « Troubles » qui ont ensuite déchiré l’Irlande du Nord et Belfast.

« Une histoire comme celle-ci tente de montrer que même au milieu du chaos et de la violence, cette ville a des qualités incroyables », raconte l’acteur-réalisateur à l’AFP sur le tapis rouge du festival du film de Toronto.

Les habitants de Belfast sont résilients et « ont surmonté un nombre incroyable de défis » et ce n’est pas terminé, a-t-il ajouté.

L’Irlande du Nord a été secouée ces derniers mois par des violences sans précédent depuis plusieurs années après que le Brexit a ébranlé une paix fragile.

Des violences qui font resurgir le spectre des « Troubles » et leurs 3500 morts, qui ont opposé durant trois décennies sanglantes républicains, principalement des catholiques partisans de la réunification avec l’Irlande, et unionistes protestants, fervents défenseurs de l’appartenance au Royaume-Uni.

Dès la première scène, le spectateur plonge justement dans la violence de l’époque : le film débute dans la rue à l’été 1969 quand des groupes de protestants s’en prennent à des familles catholiques pour les forcer à quitter les rues où les deux groupes vivaient côte à côte.

PHOTO MARK BLINCH, REUTERS

« La crainte des bombes chaque week-end lorsque vous essayez de rencontrer vos amis en ville… ce genre de choses qui étaient devenues si normales pour nous paraissent folles avec le recul », se souvient l’acteur Jamie Dornan qui a également grandi à Belfast.

Les troupes britanniques sont déployées et le père de Buddy est confronté à la difficile décision de déraciner sa famille.

Humour

« La crainte des bombes chaque week-end lorsque vous essayez de rencontrer vos amis en ville… ce genre de choses qui étaient devenues si normales pour nous paraissent folles avec le recul », se souvient l’acteur Jamie Dornan qui a également grandi à Belfast.

« Il y aura toujours des troubles en Irlande du Nord malheureusement », ajoute l’acteur connu notamment pour avoir joué l’un des rôles principaux des aventures érotiques 50 Shades of Grey.

Mais dans Belfast, la violence est en partie atténuée par le regard de l’enfant (Jude Hill) qui n’a qu’une compréhension partielle de la gravité de la situation. Et le film fait aussi la part belle à de nombreux moments d’humour.

Le long métrage, ovationné par le public de Toronto et vu par une partie de la critique comme un bon candidat pour les Oscars en mars prochain, est aussi porté par une distribution de vedettes : Jamie Dornan, Judi Dench, Caitriona Balfe mais aussi Ciaran Hinds.

Le Britannique Kenneth Branagh, à la carrière éclectique qui va des adaptations de Shakespeare à Thor, raconte qu’il réfléchissait à Belfast depuis des décennies. Mais c’est finalement le premier confinement en Angleterre qui lui a donné l’occasion de l’écrire.

« Cette menace du virus très dangereux, qui nous a tous enfermés, nous a aussi tous rendus très introspectifs, je pense », estime-t-il.

Le Festival international du film de Toronto (TIFF), l’un des grands rendez-vous du septième art en Amérique du Nord, a vu cette année le retour des vedettes d’Hollywood pour la première fois depuis deux ans à cause de la pandémie.