(Venise) La Mostra de Venise a envoyé un nouveau signal féministe en décernant à l’unanimité son Lion d’or à une réalisatrice, Audrey Diwan, pour un film cru et intimiste sur l’avortement, L’évènement, deux mois après la Palme d’or à une autre Française.

Francois BECKER Agence France-Presse

« Malheureusement quand vous travaillez sur l’avortement, vous êtes toujours dans l’actualité », a déclaré en recevant son prix la réalisatrice de 41 ans. « J’ai fait ce film avec colère et désir, je l’ai fait avec mon ventre, avec mes tripes avec mon cœur ».

« Je voulais que ce soit une expérience », un « voyage dans la peau de cette jeune femme », a ajouté celle qui succède à la Sino-Américaine Chloé Zhao couronnée l’an dernier pour Nomadland avant de triompher aux Oscars.

Quatre ans après l’affaire Weinstein et le début du grand examen de conscience du 7e art, l’ouverture très progressive des palmarès les plus prestigieux aux réalisatrices se confirme : en juillet, le Festival de Cannes avait distingué lui aussi une jeune réalisatrice française, Julia Ducournau, Palme d’Or avec l’ovni Titane, un film féministe à sa façon qui dynamite les frontières entre les genres.

« Quelque chose est en train de changer. Une femme a gagné l’Oscar, une femme a gagné la Palme d’or, une femme a gagné le Lion d’Or. Ca signifie forcément quelque chose, ça ne peut pas être le hasard », a souligné Audrey Diwan.

L’évènement, lui, adapté du récit autobiographique éponyme de la romancière Annie Ernaux, se déroule dans la France des années 1960, avant la légalisation de l’avortement. Il montre le parcours d’une jeune étudiante qui tombe enceinte, interprétée par la Franco-Roumaine Anamaria Vartolomei.

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L’actrice Anamaria Vartolomei

C’est le deuxième film d’Audrey Diwan, romancière et journaliste française d’origine libanaise, qui a co-signé le scénario de plusieurs films dont Bac Nord ou La French de Cédric Jimenez, puis est passée à la réalisation (Mais vous êtes fous). Elle devient la quatrième réalisatrice à recevoir le prix le plus prestigieux à Venise depuis l’an 2000.

Jane Campion et Maradona

Dans le reste du palmarès, plusieurs films sont marqués eux aussi par le féminisme et les questions des rapports entre les genres : c’est le cas du Pouvoir du Chien, de Jane Campion, qui a permis à la Néo-Zélandaise de remporter le prix de la meilleure réalisation, 28 ans après sa Palme d’Or pour La leçon de Piano.

Le film, huis clos étouffant dans un monde de cow-boys, avec Benedict Cumberbatch et Kirsten Dunst, aborde la question de la masculinité exacerbée et toxique. « Un mur de Berlin est en train de tomber », a déclaré Jane Campion, à propos de la présence des femmes au palmarès.

Il présente la particularité d’être produit par Netflix, et ne devrait donc pas sortir en salles en France, tout comme un autre lauréat du palmarès établi par le jury du Sud-Coréen Bong Joon-Ho (Parasite) : Paolo Sorrentino. Le réalisateur italien a décroché le Grand Prix pour La Main de Dieu, sur son enfance à Naples, à l’époque du footballeur Diego Maradona, brisée par la mort de ses parents.

Les plateformes de vidéo en ligne, sorties renforcées de la pandémie face aux grands studios historiques étaient une nouvelle fois présentes en force lors de cette 78e Mostra, et leur influence se mesure une nouvelle fois au palmarès.

Côté interprètes, le jury a décerné le prix de la meilleure actrice à Penélope Cruz, pour son rôle dans Madres Paralelas, de Pedro Almodovar, qui continue avec son actrice fétiche à célébrer la force des femmes et des mères face à des hommes lâches ou absents.

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Penélope Cruz

L’Américaine Kristen Stewart est finalement repartie bredouille. Elle avait pourtant convaincu nombre de festivaliers en Lady Di dans Spencer de Pablo Larrain, une plongée dans l’intimité de cette femme refusant de renoncer à sa liberté dans l’univers corseté des Windsor.

Chez les acteurs, le jury a distingué le Philippin John Arcilla pour son rôle de journaliste en quête de vérité dans On the Job 2 : The Missing 8.

Après une édition 2020 en demi-teinte, marquée par la pandémie et un manque de films marquants en compétition, la Mostra de Venise, le plus ancien des festivals de cinéma du monde, a retrouvé tout son lustre.

Et son influence s’est une fois de plus mesurée à l’aune des stars américaines, qui se sont pressées sur le tapis rouge du Lido, devenu au fil des années une rampe de lancement avant la saison des Oscars.

Matt Damon et Ben Affleck ont monté les marches pour Le dernier Duel, de Ridley Scott, quelques jours après les vedettes de Dune : Timothée Chalamet, Rebecca Ferguson, Oscar Isaac et Javier Bardem.