Pour son 25anniversaire, Fantasia a concocté une programmation hétéroclite, que l’on pourra découvrir en présentiel ou en ligne à partir du site du festival. Jusqu’au 25 août, place au meilleur du cinéma de genre d’ici et d’ailleurs. Voici nos suggestions.

martin Gignac collaboration spéciale

Under the Open Sky

Le Japon est à l’honneur cette année à Fantasia. Entre la minirétrospective accordée à l’influent Shunji Iwai et la présentation du délirant Funky Forest, il ne faudra pas rater ce drame profondément humain de la cinéaste Miwa Nishikawa. Comment réapprendre à vivre après avoir passé trop d’années en prison ? C’est ce que tente de découvrir un ancien yakuza (magistral Kôji Yakusho) qui possède encore la rage au ventre. Entre l’étude de société et celle de personnage, cette fiction refuse de choisir, prenant le parti de la vie quotidienne dans ce qu’elle a de plus beau, douloureux et humiliant. L’espoir qui s’en dégage va droit au cœur, teintant d’une empathie supplémentaire ce qui était déjà une riche proposition cinématographique.

Offert sur demande.

Ghosting Gloria

Érotisme, comédie romantique et surnaturel font bon ménage dans cet ovni uruguayen. N’ayant jamais eu d’orgasme, une femme qui travaille dans une librairie atteint le septième ciel grâce à un fantôme ! Ludique et mélancolique à la fois, le scénario parsemé de trouvailles amusantes multiplie les hommages au septième art, offrant à la lumineuse Stefania Tortorella un rôle céleste. C’est elle qui mène le bal lorsque le récit s’étiole et vient bien près de verser dans la simple farce. La réalisation décontractée de Marcela Matta vitamine l’ensemble qui ne manque surtout pas de félicité. À côté de ça, Mon fantôme d’amour (Ghost) fait figure de simples préliminaires. Les droits du remake ont évidemment déjà été vendus à l’étranger.

Présenté les 11 août à 18 h 30 et 13 août à 9 h.

Petit Vampire

Encore une fois cette année, il y a plusieurs surprenantes animations qui sont programmées à Fantasia, que l’on pense à Poupelle of Chimney Town ou The Deer King. Une des plus charmantes et mordantes est certainement Petit Vampire (Little Vampire). Le prolifique Joann Sfar (Le chat du rabbin) était sans doute la seule personne pour transposer l’essence de ses propres bandes dessinées, respectant leur caractère unique tout en proposant quelques révolutions technologiques. Peu importe son âge, il y aura amplement matière à rire et à réfléchir dans cette ode à la famille et à l’amitié. Les attachants personnages monstrueux se succèdent au tournant, passant leur temps à regarder… de vieux films de monstres !

Présenté les 8 août à 15 h et 10 août à 9 h

Dreams on Fire

Expatrié au Japon depuis une dizaine d’années, le Montréalais Philippe McKie propose un premier long métrage saisissant. La prémisse classique — une jeune femme tente de percer dans le milieu de la danse — n’est qu’un prétexte à une succession éblouissante de chorégraphies spectaculaires. Le son et les mouvements mènent le bal, entraînant le cinéphile au cœur d’un Tokyo aussi séduisant que menaçant, prêt à vampiriser quiconque se trouve sur son chemin. La danseuse Bambi Naka ne s’en laisse pas imposer, tentant de garder la tête haute dans un univers toxique où le paraître et la séduction règnent. Un voyage au bout de la nuit qui n’aurait pas déplu à Nicolas Winding Refn et David Lynch.

Présenté les 8 août à 21 h et 10 août à 9 h.

Baby, Don’t Cry

PHOTO FOURNIE PAR FANTASIA

Baby, Don’t Cry, de Jesse Dvorak

Les chroniques pour adolescents finissent toutes par se ressembler. Celle-ci, mise en scène par Jesse Dvorak, fait figure d’exception par sa symbiose de beauté et de noirceur, de poésie et de cruauté. Même si l’on retrouve les thèmes habituels — initiation à l’amour et au sexe, adaptation difficile au quotidien, avenir ambigu — enracinés au cœur du rêve américain, le résultat plutôt énigmatique ne s’oubliera pas de sitôt, hantant longuement après la tombée du générique. Le récit minimaliste permet au passé de contaminer le présent, laissant notre héroïne médusée. Tout passe d’ailleurs par son regard, son animalité latente. En réincarnation de Björk, Zita Bai (qui a également signé le scénario) livre une performance hallucinante.

Présenté les 11 août à 21 h et 13 août à 9 h.

Satoshi Kon – The Illusionist

Fantasia a toujours eu un lien particulier avec Satoshi Kon, le grand maître de l’animation japonaise qui est mort dans la fleur de l’âge à 46 ans. C’est là que Perfect Blue a été présenté en première mondiale et le festival décerne même un prix en son honneur. Dans ce documentaire conventionnel, mais extrêmement intéressant qui vient tout juste d’être présenté au Festival de Cannes, le Français Pascal-Alex Vincent décortique l’œuvre capitale du créateur de Millenium Actress et Paprika, recourant notamment à une impressionnante liste de participants qui inclut Darren Aronofsky et Mamoru Oshii (Ghost in the Shell). Bien qu’on en apprenne au bout du compte peu sur l’homme, le désir sera grand de revoir toute sa filmographie.

Offert sur demande.

The Sadness

PHOTO FOURNIE PAR FANTASIA

The Sadness, de Rob Jabbaz

Rare œuvre de Fantasia à bénéficier d’une mise en garde, ce cauchemar de Taiwan joue à fond la carte de la transgression et de la dépravation. Lorsque le variant d’un virus devient incontrôlable, c’est la population tout entière qui en subit les conséquences, multipliant les gestes les plus sadiques et insoutenables ! Construite comme une pièce de post-rock avec ses moments de tension et de détente, cette réflexion maculée d’humour noir sur la condition humaine émane de l’esprit nihiliste du Canadien Rob Jabbaz. La progression de plus en plus malsaine et inquiétante pourrait paraître quelque peu répétitive, mais elle donne rapidement froid dans le dos. On imagine déjà la horde de spectateurs à l’estomac sensible se ruer vers la sortie…

Présenté le 21 août à 21 h 30.

Prisoners of the Ghostland

PHOTO FOURNIE PAR MÉTROPOLE FILMS

Prisoners of the Ghostland, de Sion Sono

L’association entre Nicolas Cage et le cinéaste nippon Sion Sono tombe sous le sens. Ce sont probablement les deux artistes les plus cinglés de leur génération. Leur rencontre au sommet donne d’ailleurs le film le plus fou et imprévisible de l’année : une sorte de Mad Max punk et grotesque qui verse avec volupté dans le grand-guignolesque et la surenchère. La quête d’une fille kidnappée ne se fera pas sans heurts, entraînant son lot de combats violents et de membres trucidés. Et si l’exercice tourne rapidement à vide, l’intérêt demeure constant tant la liberté y est présente, le chaos bien décadent et l’orgie de couleurs particulièrement flamboyante. On en redemande.

Présenté les 20 août à 21 h 45 et 23 août à 19 h.

Consultez le site du festival