(Cannes) La compétition du Festival de Cannes s’est achevée vendredi avec la projection des deux derniers films en lice, un manifeste pour le contrôle des armes et un drame sur la bipolarité, avant que le jury ne se retire pour délibérer.

Francois BECKER Agence France-Presse

Sur la Croisette, il faut se méfier jusqu’au bout des bonnes surprises : en 2019, la compétition avait été complètement rebattue dans ses derniers jours, Parasite, du Sud-Coréen Bong Joon-ho s’imposant immédiatement comme un chef-d’œuvre. Le film avait logiquement reçu la Palme d’or.

Vendredi, deux derniers films sont projetés, au terme d’un festival marquant les grandes retrouvailles du cinéma mondial, et qui s’est déroulé sans encombre malgré la crise sanitaire. De Sharon Stone à Tilda Swinton, en passant par Matt Damon, des vedettes internationales ont monté les marches et des films du monde entier, du Maghreb à la Chine, ont pu être projetés.

Côté compétition, le premier film programmé vendredi est Nitram qui aborde le sujet brûlant, surtout dans le monde anglo-saxon, du contrôle des armes à feu. Il promet de revisiter la genèse d’une fusillade en Australie, qui avait fait 35 morts en 1996, en se concentrant sur le profil du tueur. Le projet, porté par le réalisateur Justin Kurzel (Macbeth, Assassin’s Creed avec Michael Fassbender et Marion Cotillard) fait déjà polémique en Australie parmi les familles de victimes.

Le dernier film en compétition est un projet très personnel du cinéaste belge Joachim Lafosse, Les Intranquilles. Inspiré de sa propre expérience, il s’attaque au drame de la bipolarité, à travers le portrait d’une famille rongée par la maladie du père (Damien Bonnard) et avec laquelle la mère (Leïla Bekhti) tente de composer, pour protéger leur jeune fils.

Plusieurs films marquants

Ces films ont-ils renversé la table ? Pour l’heure, un film se détache, pour la critique internationale, d’après le recensement établi par Screen International : Drive my Car, du Japonais Ryusuke Hamaguchi. Ce film-fleuve à l’esthétisme éblouissant, adapté d’une nouvelle de Haruki Murakami, met en scène deux êtres hantés par le passé.

Il raconte l’histoire de Yusuke Kafuku un acteur et metteur en scène de théâtre hanté par la mort de son épouse, et qui va se dévoiler auprès d’une jeune femme effacée qu’on lui assigne comme chauffeur. Tous deux se résignent à faire face, ensemble, à leur passé.

Dans d’autres genres, les films marquants n’ont pas manqué cette année, que ce soit le film d’ouverture Annette, opéra rock de Leos Carax, Red Rocket, de l’Américain Sean Baker, sur le retour dans sa ville natale du Texas d’une vedette du porno déchue, ou encore Julie (en 12 chapitres), fine observation des mœurs amoureuses de la jeunesse d’aujourd’hui, par le Norvégien Joachim Trier.

À moins que la Palme d’Or ne revienne à une réalisatrice, pour la deuxième fois seulement dans l’histoire du festival. Boudée par les critiques, la benjamine de la compétition Julia Ducournau a néanmoins marqué la Croisette avec Titane, un film ultra-violent, qu’on aime ou qu’on déteste. La Hongroise Ildiko Enyedi ne doit pas être oubliée, avec L’histoire de ma femme, l’un des films les plus léchés visuellement de la compétition, une somptueuse histoire d’amour et de marin avec Léa Seydoux.

Les pronostics, une science inexacte

Mais les pronostics restent une science hautement inexacte, et rien ne permet de présumer ce que donnera l’alchimie du jury, présidé cette année par Spike Lee, premier artiste noir à ce poste. Il compte aussi des personnalités aussi diverses que le réalisateur brésilien Kleber Mendonça ou la chanteuse Mylène Farmer.

Au sein du jury, « on n’aime pas tous les mêmes chansons ni les mêmes émissions télévisées et, à la fin, les neuf membres votent » a expliqué Spike Lee aux premiers jours du festival. « J’ai promis aux gens du jury que je ne serai pas un dictateur, que je serai démocratique… mais jusqu’à un certain point puisque, si le jury est partagé à quatre contre quatre, c’est moi qui décide ! On va se marrer ! », avait-il ajouté. Verdict samedi soir.

En attendant, le prix d’Un certain regard est allé vendredi soir à la Russe Kira Kovalenko pour un drame, Les poings desserrés, qui suit une jeune femme dans une société cloisonnée, en Ossétie du Nord. Et la Queer Palm, prix LGBT indépendant, est allée à Catherine Corsini pour La Fracture qui met en scène un couple de femmes (Marina Foïs et Valéria Bruni-Tedeschi) coincé à l’hôpital un soir de manifestations et répressions violentes des « gilets jaunes ».