(Cannes) Créée en 2010, la « Queer Palm », prix LGBT, n’est toujours pas au palmarès officiel du Festival de Cannes, déplore l’acteur et réalisateur Nicolas Maury qui préside le jury 2021 de cette distinction dont il juge qu’il s’agit d’« un prix central qui ne mérite pas d’être mis à la marge ».

Jean-François GUYOT Agence France-Presse

« On n’est pas de vilains petits canards ! C’est un prix comme un autre prix. Je trouverai ça même bien qu’il soit intégré dans la cérémonie officielle », estime-t-il à dans un entretien à l’AFP.

Décerné depuis 1987 dans le cadre du Festival international du film de Berlin, le « Teddy Award », autre prix LGBT, est reconnu officiellement et intégré au palmarès de la Berlinale.

« La “Queer Palm” veut mettre en majeur tout ce qui est bien souvent en mineur dans la société, en récompensant toujours un film audacieux, proposant une ouverture et une humanité. Un film qui compte des destins de personnes parfois discriminées ou mal regardées, ou plutôt enfin regardées et écoutées », souligne Nicolas Maury, révélé dans la série française Dix % dans le rôle d’un assistant à la fois extraverti et lunaire.

« Cette année, les sélections cannoises présentent souvent des êtres fracturés et blessés qui vont peut-être réorganiser les dommages et les brutalités, avec une volonté de vouloir redresser les torts », a aussi noté le réalisateur de Garçon chiffon, son premier film.

Sciamma, Dolan, Guiraudie

Mais pour Nicolas Maury, « Ce n’est pas le temps de présence à l’écran d’un couple différent qui compte. C’est très beau de faire toute une histoire sur deux femmes qui s’aiment ».

Le jury qu’il préside réunit la chanteuse et comédienne Aloïse Sauvage, l’actrice et productrice Roxane Mesquida, la réalisatrice Josza Anjembe et le graphiste Vahram Muratyan. Ils devront choisir parmi 17 longs métrages des sélections cannoises dont Benedetta de Paul Verhoeven et Les amours d’Anaïs de Charline Bourgeois-Tacquet.

Le créateur de la Queer Palm Franck Finance-Madureira se félicite pour sa part de la présence en force de thèmes LGBT dans les sélections du Festival de Cannes : « cela prouve que la question queer infuse de plus en plus dans le cinéma ».

En 2019, le prix LGBT à Cannes a récompensé la Française Céline Sciamma pour Portrait de la jeune fille en feu, une histoire d’amour entre deux femmes au XVIIIe siècle, qui a rencontré un grand succès à l’international. Dans le passé, Laurence Anyways de Xavier Dolan ou L’inconnu du lac d’Alain Guiraudie ont été distingués aussi par la « Queer Palm ».

En attendant la remise du prix, vendredi à 22 h, Nicolas Maury porte un regard lucide sur l’exercice quotidien du tapis rouge et du glamour au Festival de Cannes : « ce n’est pas si facile d’apparaître… Parfois, c’est comme si je m’absentais de moi-même, et parfois je me rejoins… On a de beaux habits, de beaux bijoux. C’est aussi une façon de se positionner, une façon d’être au monde et de réfléchir sur tous ces codes sur la masculinité… ».