La plus célèbre ambassadrice du cinéma français a effectué un grand retour sur la Croisette en compagnie de l’équipe du film De son vivant. Dans ce drame bouleversant, signé Emmanuelle Bercot, Catherine Deneuve incarne la mère d’un homme atteint d’une maladie incurable et fulgurante. Mais l’émotion de l’actrice ne s’est pas limitée au film.

Marc-André Lussier
Marc-André Lussier Envoyé spécial, La Presse

Catherine Deneuve fréquente le Festival de Cannes depuis ce jour où, en 1964, elle a accompagné la présentation des Parapluies de Cherbourg, le film « en chanté » de Jacques Demy qui, cette année-là, a obtenu la Palme d’or. Il s’est tellement passé de présentations, de montées des marches, de séances photos et d’activités de toutes sortes pour elle sur la Croisette en 57 ans que personne ne saurait dire combien de fois l’icône s’est rendue dans l’opulente station balnéaire.

Il se trouve pourtant que la projection officielle du film De son vivant, qui s’est déroulée samedi soir, occupera peut-être une place plus particulière dans ses souvenirs. Son entrée à l’intérieur du Grand Théâtre Lumière a d’abord été marquée par une ovation où, pendant ces quelques minutes, l’émotion qu’elle a ressentie était palpable.

Je saurai dans quelques jours si cette soirée restera l’un des moments les plus forts que j’ai vécus à Cannes. Là, il est trop tôt. Je connais ce festival depuis très longtemps et j’y ai vécu des choses très différentes. Mais nous avons vécu une grande émotion hier [samedi]. Je ne me suis jamais sentie aussi émue que lorsque je suis entrée dans la salle.

Catherine Deneuve

Retour en force

Cette vive émotion est due à la nature du film et du sujet qu’on y aborde – la perte d’un enfant adulte par la maladie –, mais il y avait plus que ça. Cette soirée a en effet marqué les retrouvailles entre une actrice et un festival dont on ne savait trop s’il se tiendrait ou pas à cause de la pandémie. Cette sortie publique est également survenue après les ennuis de santé de la comédienne qui, en novembre 2019, ont forcé l’arrêt du tournage du long métrage. Catherine Deneuve avait alors été victime d’un accident vasculaire qui, heureusement, n’a laissé aucune séquelle.

PHOTO VALÉRY HACHE, AGENCE FRANCE-PRESSE

Catherine Deneuve, Emmanuelle Bercot et Benoît Magimel lors de la montée des marches précédant la projection officielle de De son vivant.

Ce retour en force est d’autant plus éclatant que la vedette d’Indochine trouve de nouveau un rôle à sa hauteur dans De son vivant. Emmanuelle Bercot, qui avait déjà écrit pour elle des rôles où l’interprète de Belle de jour a pu explorer des facettes différentes de son talent (Elle s’en va, La tête haute), y va cette fois dans l’émotion pure en proposant un mélo, magnifiquement bien assumé.

De son vivant relate le parcours d’un quadragénaire, acteur « raté » selon son dire, qui évolue quand même dans son domaine en enseignant à de futurs comédiens. Il apprend être atteint d’un cancer dont il ne peut guérir et dont les ravages seront fulgurants. Aussi assiste-t-on à toutes les étapes menant à l’acceptation, y compris celle de la mère de cet homme, prête à tout pour faire changer la trajectoire de ce destin irrévocable.

À tirer les larmes

Emmanuelle Bercot a écrit son drame en prenant deux éléments pour points de départ. Il y avait d’abord l’envie d’écrire expressément pour Catherine Deneuve et Benoît Magimel, les deux interprètes de La tête haute, son film précédent. Aimant pleurer au cinéma, la cinéaste a également été motivée par l’envie de réaliser un mélo à faire tirer les larmes, sans recourir aux effets faciles ou « vulgaires ».

Une rencontre déterminante a suscité l’inspiration dont elle avait besoin pour trouver la manière de raconter une histoire qui tenait au départ en une idée sommaire : une mère, un fils, un cancer.

« Je suis allée présenter La tête haute à un festival de films français à New York et, après la projection, le docteur Gabriel Sara, que je ne connaissais pas, a tenu à venir me parler de son travail qui, croyait-il, pouvait peut-être m’intéresser. »

Ce médecin, Gabriel Sara, est un cancérologue qui exerce à New York en empruntant des méthodes basées sur la bienveillance et une approche plus humaine. Il a été si convaincant auprès de la réalisatrice que l’écriture de cette dernière en fut stimulée. Le médecin se retrouve même à jouer aujourd’hui son premier rôle au cinéma !

« L’approche humaniste de Gabriel m’a amenée à faire de ce film un hymne à la vie », a expliqué la cinéaste.

Un regard sur la vie

Tourné à fleur de peau, parsemé de scènes magnifiques où des élèves en théâtre sont aussi mis à contribution, De son vivant se démarque principalement grâce aux interprétations de Catherine Deneuve et de Benoît Magimel. Ce dernier, lauréat du prix d’interprétation du Festival de Cannes en 2001 grâce à sa performance dans La pianiste, de Michael Haneke, pourrait bien répéter l’exploit 20 ans plus tard. Emmanuelle Bercot parvient à trouver le ton juste en assumant pleinement ses choix.

PHOTO FOURNIE PAR TVA FILMS

Catherine Deneuve et Benoît Magimel dans De son vivant, film d’Emmanuelle Bercot

Même si le portrait dépeint dans ce drame pourrait difficilement être reproduit dans la vie (conditions idéales de personnel soignant, ressources financières adéquates, etc.), il reste que le sort de chaque individu face à une mort imminente suscite les mêmes questions. Les trois artisans principaux de ce long métrage affirment avoir d’ailleurs changé leur vision de la vie après l’avoir tourné.

« Ma perception des choses est maintenant très différente, a conclu Catherine Deneuve. L’épidémie du sida a été très douloureuse, mais là, nous sommes à une charnière terrible qui touche absolument tout le monde et qui fait que nous sommes tous liés par cette pandémie. C’est très impressionnant. »

De son vivant sera distribué au Québec par TVA Films. Aucune date de sortie n’est encore fixée.